29 avril 2011
Les Syriens devront se débrouiller seuls
« Pourquoi intervenir en Libye, mais pas en Syrie? » La question se pose avec acuité depuis que les massacres en cours à Deraa, Homs, et ailleurs dans les villes syriennes se poursuit, avec des histoires d'horreur sans doute pires que celles qui nous provenaient de Libye, début mars, avant l'intervention occidentale : protestataires désarmés, arrosés de balles, encerclés par les chars, privés d'eau et d'électricité, femmes et enfants tués, etc.
Des histoires qui – si l'on utilise l'intervention en Libye comme base de comparaison « morale » – justifieraient que l'on accoure aujourd'hui pour aider ces populations en danger, ainsi que le stipulent les principes officiels de l'ONU sur la « responsabilité de protéger », adoptés en 2005.
Mais bien sûr, il n'y aura pas d'intervention militaire occidentale en Syrie, quelle que soit l'étendue du massacre perpétré par la dictature de Bachar el-Assad. Fin avril, le compte était d'au moins 500 morts, auxquels on peut ajouter, pour la seule journée du 29 avril, une cinquantaine de nouvelles victimes à Deraa, au sud du pays.
Des raisons de ne pas intervenir
Quelques raisons expliquent qu'on intervienne en Libye, mais pas en Syrie :
La Syrie, malgré son positionnement traditionnellement anti-occidental et anti-israélien, est un pays paradoxalement « respecté et respectable », qui a toujours été traité avec considération, y compris par Washington, Paris... sans oublier Moscou, l'éternel ami.
Pourquoi? Regardez une carte : la Syrie est située à un confluent géographique, à la lisière d'Israël, du Liban, de la Turquie et de l'Irak. Alliée de l'Iran, et intermédiaire entre ce pays et ses importants « clients » que sont le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien. Un pays-mosaïque, avec des minorités multiples, chrétienne, druze, kurde... et la minorité dominante, celle de la famille élargie de Bachar el-Assad : les Alaouites (secte dissidente du chiisme), qui avec à peine plus d'un dixième la population, a confisqué le pouvoir et le conserve depuis 40 ans.
Sans oublier la majorité sunnite, qui compose plus des deux tiers du pays, et dont le mouvement actuel – selon certaines interprétations « ethniques » de la révolte syrienne – pourrait constituer un « réveil sunnite » à tonalité religieuse.
Il existe toutefois une interprétation alternative, qui voit plutôt dans cette révolte un « réveil syrien », démocratique et citoyen – en phase avec le Printemps arabe. Un mouvement de toute la société contre la dictature, qui unifierait aujourd'hui cette mosaïque contre le régime en place.
Lu sur une affiche, durant une manifestation en banlieue de Damas, dans une image transmise par Twitter : « Vendredi saint. Une seule main, un seul peuple, un seul coeur, un seul but. » Sous-entendu : tous ensemble, chrétiens, sunnites, druzes, etc., pour la chute du régime et la démocratie.
L'insaisissable régime syrien
Quoi qu'il en soit de la nature exacte de cette révolte – dont plusieurs détails nous échappent encore, pour cause de black-out officiel – le régime de Damas a presque toujours échappé au jugement des autres États. Exception à cela : sa retraite précipitée du Liban, en 2005, après l'assassinat de Rafic Hariri, a représenté une rare défaite dans l'histoire de la diplomatie syrienne.
Malgré les horreurs et les crimes de ce régime, comme le fameux massacre de Hama, en février 1982 (20 000 morts) où l'on avait écrasé une révolte massive, inspirée à l'époque par les Frères musulmans, malgré les rapports répétés d'organisations comme Human Rights Watch et Amnistie internationale, la Syrie s'en est toujours tirée à faible coût, et a continué à être considérée comme un interlocuteur important et valable... Juste avant que n'éclate le « Printemps arabe », Washington, par exemple, était en plein processus de rapprochement avec Damas.
Pourtant, en quoi a consisté, depuis des décennies, la stratégie diplomatique fondamentale des el-Assad père et fils? Pour l'essentiel, à se tenir au milieu de la place, comme un Sphinx, à ne rien dire ou presque, à ne rien faire ou presque... et à laisser les autres attendre, espérer et faire des suppositions.
Ce faisant, la Syrie conservait un considérable pouvoir de « nuisance stratégique ». Ses dirigeants donnaient toujours à penser que la réforme s'en venait, qu'elle était imminente, que Damas allait enfin bouger, faire la paix avec Israël, se détacher peu à peu de l'Iran au profit des Occidentaux, ouvrir son système politique interne, etc.
Chaque fois, c'était un mirage... et chaque fois, on recommençait! Mais aujourd'hui, on peut penser que cette réserve de patience et de complaisance s'est épuisée. Mais sans pour autant que l'Occident, au-delà de quelques sanctions, n'intervienne directement.
Enregistré le 24 avril par la BBC, ce cri de désespoir d'un habitant de Deraa, la ville martyre où tout a commencé, et où, au moment d'écrire ces lignes, tout continue : « Laissez Obama venir et prendre la Syrie. Laissez Israël venir et prendre la Syrie. Laissez les Juifs venir. Tout cela est mieux que Bachar el-Assad! »
Il n'y a aucune chance pour qu'un tel appel soit entendu. Mais il reste possible que la dynamique interne de la dictature, aujourd'hui bien mise à nu et incontestable, ne la mène à sa perte... sans intervention extérieure.
Écoutez les analyses de François Brousseau sur notre page
« International »
François Brousseau est le chroniqueur-analyste de Radio-Canada pour les affaires internationales.
François Brousseau est souvent allé sur le terrain à l'étranger. Il a notamment signé, surtout dans Le Devoir, des reportages d'Haïti, d'Italie, de Pologne, de l'ex-Tchécoslovaquie et de l'ex-Yougoslavie, d'Israël, de Taïwan et de Cuba. Au fil des ans, il a pu interviewer des personnalités comme Mikhaïl Gorbatchev, Lech Walesa, Jean-Bertrand Aristide, Kim Dae-Jung, Shimon Peres, Ariel Sharon, José Ramos-Horta, Oscar Arias et Giulio Andreotti.
Entré à l'emploi de la première chaîne radio de Radio-Canada en 2002, il avait déjà une longue expérience en journalisme écrit. Il a notamment fait sa marque comme reporter et éditorialiste aux affaires internationales pour le quotidien Le Devoir de 1991 à 1997, journal dans lequel il a également tenu une chronique hebdomadaire de 2005 à 2007.
En 1994, il a reçu la Bourse Michener pour journalistes. Cette récompense lui a permis de mener un séjour prolongé de recherche en Italie et de ramener plusieurs reportages de ce pays.
Après un mandat de trois ans (1997-2000) comme directeur des communications à la Délégation générale du Québec à New York, il est revenu à Montréal où il a retrouvé sa passion: le journalisme. D'abord à l'écrit en tant que reporter au magazine L'actualité en 2001-2002. Il a été récipiendaire, à ce titre, d'un National Magazine Award pour l'article «Sommes-nous seuls dans l'Univers?», paru en août 2001. Mais aussi et surtout à la radio, qui est devenue, à partir de 2002, son nouveau médium de prédilection.
En 2003 et en 2004, il a été responsable de la revue de presse internationale quotidienne à l'émission Maisonneuve en direct. De 2004 à l'automne 2007, il était responsable des affectations des correspondants, envoyés spéciaux et collaborateurs à l'information internationale pour les nouvelles à la radio.
Passionné des cultures étrangères, François Brousseau parle six langues: français, anglais, espagnol, italien, portugais et polonais.
5 mai 2011
La Syrie (comme vous l'avez dit) se trouve dans un carrefour stratéque, en même temps, elle se trouve dans la plus jolie et la meilleure partie du monde, bon gré mal gré, ils existent depuis 15,000 ans, si ce n'est pas plus et reconnue mondialement comme la première civilisation. Ils ont choisi à se développer et à améliorer leur sort, ils ont passé par des hauts et des bas.... La démocratie a passé dans leur vie sous différentes formes plus que 35 fois... d'autres formes de pouvoir aussi.
Pour ne pas réécrire mon livre LE PRÉSIDENT de 800 pages, je vous conseille tous de laisser les Syriens se débrouiller tout seuls, mais pour l'amour de Dieu... sans leur faire des complots, ni mettre la zizannie, ni parler à l'envers et se croire.
Sur ce, Monsieur Brousseau, votre titre est juste et bon:
Les Syriens devront se débrouiller seuls.
Mais il faut ajouter ceci et ne pas sauter sur la moitié de ce qui se dit et l'afficher et cacher la vérité comme Radio-Canada ne cesse pas de le faire (avec tous mes respects à radio-Canada quand il est neutre)
Jean David Obégi, Montréal
5 mai 2011
Sur cette phrase, j'aime exprimer mon avis, que j'ai donné comme titre: L'autre Avis.
« Laissez Obama venir et prendre la Syrie. Laissez Israël venir et prendre la Syrie. Laissez les Juifs venir. Tout cela est mieux que Bachar el-Assad!»
Si Obama doit prendre chaque pays ou une personne n'est pas d'accord, Obama serait le Président du monde entier.
Après avoir lu votre article, et lu les 13 commentaires des participants, permettez moi de m'exprimer et de vous demander de l'afficher et ne pas faire comme votre collègue Jean François Chabot le soir de La Marche des Syriens Pro Assad aux nouvelles.
M. Chabot a avalé ses mots en parlant de la manifestation pro Assad et a surtout Accentué sur les Anti Assad, et voilà la preuve (copiez ce lien et collez le sur votre URL pour voir le reportage - Note: vous allez apercevoir 15 secondes de publicité avant - désolé):
http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2011/RDI2/TelejournalSurRdi201103302100_1.asx&epr=true
Voici mon point de vue:
Assad est un Président élu démocratiquement, Assad est apprécié par une majorité considérable de sa population, Assad et un président juste et honnête.
Les Syriens souhaitent un Président comme Assad, les Syriens sont un peuple de tradition, les Syriens aiment l'occident (contrairement à ce que vous avez écrit), les Syriens sont anti fondamentalistes (des trois religions: les Croisées du temps des chrétiens, des Islamistes depuis l'Islam et bien après Les Sionnistes sous le parapluie des Judaïsme)
L'occident est influancé (soit positivement ou soit négativement) des trois fondamentalismes, sous plusieurs prétextes, entre autre: Lobby, média, invasions, folie de pouvoir, force, ventes dMarmement, aller plus haut, aller plus loin, être plus grand, changer son look et des millions d'autres complexesm des fois de supériorités, des fois diaboliques etc....
(j'ai dépassé le maximum alors la suite se trouve sur l'autre commentaire)
Jean David Obégi, Montréal
4 mai 2011
Il serait intéressant que M. Brousseau prenne contact avec Mère Agnès-Mariam de la Croix
Elle est religieuse carmélite. En 1993, elle restaure les ruines du monastère de Saint Jacques le Mutilé à Qâra en Syrie, et fonde l'Ordre de l'Unité d'Antioche.
Elle est toujours en Syrie et livre un témoignage s'intitulant:
« Au crible des informations tendancieuses, la situation en Syrie »
On peut lire son témoignage ici:
http://www.legrandsoir.info/Au-crible-des-informations-tendancieuses-la-situation-en-Syrie.html
Évidemment, il faudrait se rendre sur place pour confirmer ses dires, mais son point de vue donne un regard intéressant sur la situation syrienne et même sur la situation générale du printemps arabe.
En lisant Mère de la Croix, on constate qu'une même réalité est vue de façon bien différente.
Comment expliquer qu'une même réalité nous donne des versions à ce point différentes ?
Si nous avions plus de faits tangibles et vérifiables, nous pourrions sans doute séparer l'ivraie du bon grain. Mais les nouvelles nous parvenant de Syrie ne sont que témoignages anonymes et journalistes très émotifs et moraux aux frontières.
L'information repose sur des impressions.
De plus, on met volontairement de côté la malhonnêteté très possible de gens disant vouloir le bien et tuant massivement au grand jour (comme en Libye).
Tout le monde sait aussi qu'il existe des groupes spécialisés pour favoriser la violence. Lors des manifestations, ici comme ailleurs, il y a de ces groupes. Les journalistes en sont conscients. Pourquoi ces groupes ne semblent pas exister en Syrie ou en Libye ?
Nous savons tous que les rapports entre le gouvernement syrien et Israël et donc les ÉU sont tendus depuis des années (comme c'est le cas en Libye), pourquoi donc jamais l'hypothèse que des groupes des services secrets favorisant la déstabilisation et la violence n'est jamais émise ?
Peut-être que Monsieur Brousseau peut répondre à ces questions ?
Salutations,
Serge Charbonneau
Québec
Serge Charbonneau, Québec
30 avril 2011
Je ne suis pas convaincu que la situation syrienne corresponde au portrait médiatique actuel, et mes raisons sont simples. On a affaire ici à un gouvernement nationaliste du tirs-monde, qui s'est donné pour tâche de redresser la situation interne d'un pays qui a longtemps été un simple marche-pied pour les puissance occidentales. La liste des réalisations concrètes de plusieurs de ces gouvernements est documentée. Elle est longue et impressionnante - y compris celle de Kadhafi, nassérien convaincu... - et fait pâlir le bilan des gouvernements dits progressistes de l'occident, que ce soit ceux d'Obama, de Mitterrand, de Clinton, ou de Blair...
Or, qu'a fait l'occident dans tous les cas semblables? Pour Nasser, Suharto, Hussein, Kadhafi, Gbagbo, etc, on a orchestré une campagne de diabolisation internationale, prélude à une intervention militaire. À chaque fois, l'opinion a prêté foi aux nouvelles des horreurs perpétrées par ces dirigeants, et presque systématiquement, l'histoire est venue apporter, trop tard, un démenti clair aux affirmations qui avaient servi à précipiter leur chute. À chaque fois, le régime qui s'est installé à leur place s'est montré extrêmement coopératif avec les agendas occidentaux, et les peuples ont vu leur niveau de vie chuter dramatiquement.
Je demande donc : pourquoi cette fois-ci serait différente? Voit-on dans l'histoire récente le moindre signe indiquant que les puissances occidentales aient renoncé à l'idée d'intervenir dans le destin des peuples comme bon leur semble et au gré de leurs intérêts? L'indépendance journalistique est-elle en progression dramatique ces derniers temps?
La Syrie gêne, et on n'a certainement pas envie qu'elle soit encore debout pour soutenir la population égyptienne, victime du même scénario il y 40 ans, qui vient de se débarrasser de l'administration corrompue qui en était issue, et qui dénonce maintenant majoritairement les accords de paix signés par Sadate...
Serge Henri, Montréal
29 avril 2011
La situation en Syrie ne ressemble pas du tout à la Tunisie. Votre article va confondre les québécois qui sont déjà le peuple qui se tient le moins informer au monde.
En Libye des Villes étaient sous contrôle de milices armées qui affrontait Kadhafi. Ils ont formés un genre de gouvernement qui a demandé de l'aide et s'en est vu offrir.
En Syrie l'Armée tue dans les villes. Les manifestants n'ont pas encore fait le choix militaire et n'ont pas pris le contrôle de villes.
Par conséquent intervenir en Syrie serait identique à la libération du Koweit, c'est à dire qu'il faudrait amasser de 50 à 100000 soldats pour aller libérer le peuple.
Si les manifestants en Syrie se transforment en rebelles, qu'ils prennent les armes, contrôlent des villes alors vous verrez Sarkozy et bien d'autres arranger une assistance au minimum aérienne pour appuyer la révolution et protéger la population.
De grâce cessz d'utiliser des arguments rétrogrades. Informez-vous. Même dans ces pays arabes on entend de moins en moins de discours anti-occidentaux. Pourquoi le faites-vous ici?
Carl Bilodeau, St-Bruno
29 avril 2011
J'espère que vous ayez raison, Monsieur Brousseau.
Ça fera un massacre de moins.
Par contre, jusqu'ici, le scénario est totalement conforme à celui de la Libye. On diabolise le gouvernement, on caricature en sanguinaire le dirigeant et on prépare l'opinion publique pour une invasion «humanitaire».
Vos 5 points semblent bien logiques.
Cependant, le noeud "diplomatique de la Syrie est bien relatif.
Il pourrait s'avérer être un argument tout autant pour une intervention que contre.
Tout pays étant un peu trop "leader", autonome ou pouvant devenir un exemple de "nationalisme" devient un élément à renverser. Ce genre de pays devient un mauvais exemple pour la région. C'était le cas de la Libye.
L'armée de 300 000 hommes est puissante, mais face à des drones, et une armada nourrie par plus de 700 milliards annuellement, c'est bien peu.
Le pétrole n'est pas nécessairement «l'élément» des guerres. Il y a l'idéologie véhiculée (par exemple Cuba qui n'a rien de vraiment riche, mais qui est un ennemi à abattre par le mauvais exemple qu'il enseigne), il y a la position géostratégique, collée sur l'Irak et bien positionnée pour attaquer l'Iran.
Concernant les ressources pour faire la guerre, il est toujours surprenant de voir qu'elles semblent inépuisables et renouvelables rapidement.
Pour la Chine et la Russie, c'est présumer de leur intention, de leur réaction et de leur analyse de la situation.
De mon côté, je crois que la Syrie est autant dans le collimateur de la réduite «communauté internationale» que la Libye pouvait l'être.
Selon Wesley Clark,
http://www.youtube.com/watch?v=TY2DKzastu8&feature=player_embedded
la Syrie fait partie des 7 pays que l'on visait envahir en 5 ans.
Laissons parler le futur, nous verrons bien.
Serge Charbonneau
Québec
Serge Charbonneau, Québec
29 avril 2011
Merci pour votre analyse qui m'en apprend un peu plus sur les dessous de cette crise.
Robert Nicole, Saint-Joseph-du-Lac
29 avril 2011
La Russie est un pays voyou voir comment ce poutine avec sa tête de terroriste se donne des airs de prétentions un dictateur de première, laisser tuer des enfants des femmes etc par bachar el assad est un crime contre l'humanité, et ce mec devrait être punis juger pour non assistance de personnes en danger
marc pat, nice

