28 février 2011
Ces Allemands qui ne veulent plus de l'euro
Les ténors du monde économique allemand sont de plus en plus nombreux à remettre en question la zone euro. Pourquoi?
Principalement, parce que la crise qu'a connue la monnaie européenne a forcé les 17 pays qui en sont membres à revoir plusieurs des principes qui ont présidé à sa création.
« Le traité de Maastricht était très clair : il ne devait pas y avoir de plan de sauvetage. Et c'est monsieur Sarkozy qui a poussé Mme Merkel à sauver la Grèce l'an dernier. S'il ne l'avait pas fait, je serais encore aujourd'hui un adepte de l'euro. »
Celui qui parle ainsi, c'est Hans-Olaf Henkel, l'ancien patron des patrons allemands, président de la puissante Fédération des industriels allemands de 2000 à 2005. Son livre intitulé Sauvons notre argent, l'Allemagne est bradée, sorti il y a quelques mois, fait un malheur en librairie.
Déjà en troisième position sur la liste des best-sellers, l'ouvrage prône ni plus ni moins la partition de la zone euro. D'un côté, des pays à l'économie forte et compétitive, comme l'Allemagne, la Finlande et les Pays-Bas. De l'autre, les pays qu'il appelle quelque peu dédaigneusement « les pays de l'huile d'olive », soit la Grèce, le Portugal, l'Espagne et même... la France.
À Berlin, dans son élégant bureau de la Fridrichstrasse, Henkel nous reçoit avec l'assurance tranquille de celui qui sait que l'histoire lui donnera raison. Il était un fervent partisan de l'euro au moment de sa création. Aujourd'hui, il se sent trahi par les politiciens.
Et la situation des dettes souveraines de plusieurs pays membres de la zone lui fait dire qu'ils risquent d'entraîner tous les autres dans leur chute, y compris la puissante économie allemande.
« La seule solution à la crise que connaissent les pays du sud de l'Europe c'est de se doter de leur propre monnaie, qu'ils pourront dévaluer, ce qui va augmenter leur compétitivité et leur permettra de renouer avec la croissance. »
Même son de cloche dans un autre élégant bureau de Berlin, celui du think tank Europolis, fondé par Markus Kerber, professeur d'économie et de finances publiques à l'Université technique de Berlin. Dans un français impeccable, cet europhile convaincu, mais critique, nous dit que la situation catastrophique de plusieurs économies de la zone euro a ni plus ni moins poussé l'Allemagne à abdiquer sa souveraineté et à violer ainsi sa propre constitution.
« L'Allemagne est responsable d'à peu près 30 % de la dette européenne actuellement. Ça prend des proportions extraordinaires! Nous avons fait des calculs, le parapluie de sauvetage (qu'on est en train de mettre sur pied dans la zone euro), c'est à peu près la totalité des recettes fiscales du gouvernement fédéral allemand. Un pays qui transfère la totalité de sa recette fiscale à un organisme difficile à contrôler (un organisme européen), perds sa souveraineté », fulmine-t-il.
Il vient de déposer une plainte devant la Cour constitutionnelle allemande. Appuyé par une cinquantaine d'intellectuels et de personnalités du monde des affaires (comme le petit fils de l'ancien chancelier allemand, Patrick Adenauer), il est bien décidé à aller jusqu'au bout et reconnaître comme inconstitutionnels les différents plans de sauvetage des pays de la zone euro dont l'Allemagne est le pilier.
Mais si plusieurs sondages montrent que de plus en plus d'Allemands rêvent à un retour du bon vieux deutsche mark, aucune formation politique ne semble en tenir compte dans son programme. L'idée d'une zone euro à deux vitesses ne trouve pas non plus d'adeptes parmi les politiciens. Du moins, pour l'instant.
Ce n'est pas étonnant, selon le professeur Arnaud Lechevalier, maître de conférence à l'Université Paris1 et chercheur au Centre Marc Bloch, à Berlin. « Sur le plan strictement économique, si l'euro venait qu'à être remis en cause, ce serait une catastrophe avant tout pour l'Allemagne. Parce que tous les autres pays européens verraient leurs monnaies se dévaluer rapidement par rapport à la future monnaie allemande, de sorte que les gains de compétitivité qu'a faits l'économie allemande au cours des dernières années seraient réduits à néant du jour au lendemain », affirme-t-il.
Tiraillée entre son succès économique des dernières années, la solidarité financière dont plusieurs de ses partenaires de la zone euro ont aujourd'hui cruellement besoin et son opinion publique qui semble favoriser le repli, l'Allemagne est à la croisée des chemins.
À 150 km au sud de Berlin, au bureau de chômage de la petite ville de Bitterfeld, sur le territoire de l'ancienne République démocratique, Thomas Junik, 44 ans, un électricien à la recherche d'emploi fait partie de ceux qui sont sceptiques à l'égard de l'euro. « D'abord, on a eu le mark est-allemand, après est venu le deutsche mark et maintenant nous avons l'euro. C'est la troisième monnaie que je connais dans ma vie. Je ne crois pas que ce sera la dernière. »
Regardez les reportages d'Alexandra Szacka sur notre page
« International »
Elle a été journaliste aux émissions Enjeux (1990-1998 et 2000-2002) et Zone libre (2002-2005). Elle a aussi été coordonnatrice du bureau des réseaux français de Radio-Canada à New York (1998-2000).
Elle a travaillé à la salle des nouvelles de la télévision de Radio-Canada de 2005 à 2007, proposant notamment des séries de reportages tournés en Afghanistan, dans des conditions extrêmement difficiles, et en Pologne.
Correspondante en Russie de 2007 à 2010, elle a couvert, entre autres, la guerre en Géorgie en 2008, les élections en Iran en 2009, les événements en Kirghizistan au printemps de 2010. Elle a aussi brossé un portrait inédit de la Tchétchénie et de son président controversé Ramzan Kadyrov.
Plusieurs prix ont récompensé son travail, dont le prix Judith-Jasmin à deux reprises. La journaliste a obtenu ce dernier notamment en 1989, avec un reportage sur la dette extérieure du Mexique, pour lequel elle a également gagné le prix du meilleur reportage étranger de la Communauté des télévisions francophones. En 1994, elle a remporté la Plaque de bronze du Festival de Columbus, et en 2004, le prix Gémeaux du meilleur texte pour le reportage « Chili, trente ans plus tard ». En avril 2010, elle a obtenu le Prix Grands diplômés de l'Université Laval.
Détentrice d'une maîtrise en anthropologie de l'Université Laval, Alexandra Szacka parle couramment cinq langues: français, anglais, espagnol, polonais et russe.
Depuis l'automne 2010, elle est correspondante pour l'Europe.
12 mars 2011
Excellente information. Il serait pertinent que vous puissiez nous faire un suivi sporadique sur l'évolution des faits car l'impact peut s'avérer important pour ceux qui transigent avec l'Allemagne. À ceci j'aimerai bien savoir ce qu'en pense les voisins forts et faibles et que pourraient-ils faire pour empêcher l'Allemagne de procéder. Merci
Jean Fleury, Trois-Rivières
7 mars 2011
L'Union fait la force !
Je ne suis pas un expert financier, mais je suis sensible à ce qui se passe dans le monde. Je sais aussi qu'actuellement dans l'Union Européenne plusieurs pays battent de l'aile, en particulier, la Grèce, l'Espagne, le Portugal, la France aussi, l'Irlande, la Finlande, l'Angleterre et possiblement l'Italie. Je présume aussi que tous ces anciens satellites de l'U.R.S.S. peuvent être des canards boiteux. Bref tout n'est pas rose, il y a de gros points d'ombrages, pour ne pas dire des points d'interrogations.
Par contre lorsque ces pays ont signé un accord mettant en place l'Union Européenne, et faisant de l'Euro la monnaie commune, il y a dû avoir un certain consensus et que les pour et les contre ont dû faire le sujet d'âpres discussions.
Il est vrai que la crise financière de 2008, provoquée par les Etats-Unis, a aussi précipité l'Union Européennne dans un état de crise entre autre par la bulle immobilière. Donc conséquemment tout le monde se ressent des impacts, et maintenant s'ajoute à cela la crise dans le monde arabe et par biais une crise du pétrole. Tous les pays sont intrer-reliés
La question est de savoir si chacun des ces pays européens en retrournant à leur ancienne monnaie propre, seraient sérieusement avantagés.
Les Romains du temps de l"Empire romain ont
appliques la methode: Diviser pour mieux regner. Pour ma part je crois que l"Union Eurpeenne pour prouver que sa vision etait bonne se doit de rester unie et d'affronter ainsi la tempete et que plus tard ceci la situera comme etant une vraie force, et non un groupe de pays qui se replient sur eux-memes a la moindre tempete.
J'ai eu un probleme d'accent sur mon ordi, c'est ce qui explique qu'il n'y ait d'accents graves, d'accents aigus, ou circonflexes, ou meme de tremas.
Michel D. Gauthier, st-jérôme
1 mars 2011
Bonjour,
Il existe une entreprise privée en Allemagne qui est un extracteur d'or et un raffineur, cette entreprise s'appelle KB Gold.
Pour faire cela simple, en combinant la technologie et les KB Card qui est littéralement l'équivalent d'une vraie monnaie qui est référencé à l'or, selon les taux de change.
L'entreprise est en train de s'implanter PARTOUT sur la planète. C'est encore à petite échelle mais quand même, fort intéressant.
La beauté, c'est qu'en ayant ces cartes d'or, qui ressemble à des cartes de plastique avec une quantité d'or dedans, on peut les utiliser comme moyen d'échange dans des milliers de magasins et commerçants.
À la place d'échanger formellement de l'Euro ou des dollars, on s'échange des quantités d'or qui eux sont codés / numéros de série / authentifié et attaché à une base de données encrypté, etc. comme un compte de banque. Bref, comme c'était dans le temps des certificats d'or, lorsqu'on regarde l'histoire de l'argent.
C'est en train de devenir une alternative au système monétaire mondial (fiat currency) qui est seulement que de l'air, une monnaie qui flotte par rapport à une autre monnaie, une monnaie par décret.
Toutes les "fiat currency" dans l'histoire de l'humanité se sont effondrées. Il y en aurait eu plus de 4,000. Il n'y a même pas un seul et unique exemple identifiable dans l'histoire ou les archives historiques qui montre que ces systèmes (fiat currency) sont viables à long terme. Ce ne sera pas différent avec le système mondial actuel. C'esy une question de temps.
Donc, je fais un grand détour, mais je comprends les allemands de vouloir retourner au mark Allemand. Techniquement, la transition pourrait se faire que quelques mois mais les conséquences seraient mondiales...
Mais ça Mme Szacka, j'en parle là, mais jamais vous allez voir une annonce ou des nouvelles en parler parce que c'est "contre" le système monétaire que les gouvernements nous forcent / dictent à utiliser (ce billet à cours légal), etc.
Yan ***Fortin, Lachine
1 mars 2011
L'Euro est malade parce que les principaux acteurs Européens (à l'exception de l'Allemagne) ne respectent en rien la conduite financière minimale requise pour la bonne marche des affaires.
Les Règlement Européens ont été formulé sous l'influence de pays lourdement handicapés par des économie chancelantes.
La course à L'adoption par l'Europe de nouveaux Pays n'a pas réussi à dissiper le malaise des comptes truqués...bien au contraire, les nouveaux arrivants ont amplifié les problèmes de l'Euro et de l'Europe.
C'est du chacun pour soi, un faux libre échange qui ne favorise que certains pays au détriment des autres (on espère que Charest ne sera pas le dindon de la farce dans ses approches avec l'Europe).
L'Europe, depuis 15 ans est devenu le Centre Mondial de la Magouille désorganisée. Il n'y a qu'à voir les pitreries diplomatiques face à la crise du monde Arabe pour comprendre que c'est du chacun pour soi.
L'Euro a été tenu artificiellement à 35% au dessus de sa valeur, les magouilles qui spéculaient pour remplacer le dollar par l'Euro se sont soldé et se solderont par des pertes financières phénoménales.
Gaston Lamotte, Laval
28 février 2011
Beaucoup de personnes n'ont pas pris le temps de lire le Traité de Maastricht y compris les personnes du monde politique, je suis de ceux sans prétention qui ont pris le temps de le lire, et de ceux qui ont voté pour. Si précisément nos politiciens européens avaient pris le temps de bien lire le Traité, ils auraient pris en compte l'ensemble des tenants et des aboutissements, ils auraient pris le soin de respecter les limites des déficits publics versus le PIB. Et nous n'en serions pas là, quand pourtant nous y sommes !
La réalité est que le PIB ou du moins la manière dont il est calculé, ne prend pas en compte tous les paramètres de l'économie, ne permet pas d'établir si un pays est réellement riche ou bien ne l'est pas. Ne permet pas d'établir si la richesse est répartie de manière équilibrée ou bien pas. Ne permet pas d'établir si un pays est en mesure de faire face à ses obligations financières ou bien pas.
Les Allemands oublient que leur réunification a coûté cher et continue de coûter cher, que grâce à l'Euro, ce sont tous les européens qui participent aux dépends de cette réunification. Sur le plan politique, il y avait aussi urgence de réunir plusieurs pays issus de l'ancien bloc soviétique. L'Euro et l'intégration à l'Europe ont très bien servi la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne ou même des petites républiques comme la Slovénie. Il était difficile au début des années 90 de prévoir
cette nécessité d'accélérer la construction de l'Europe à l'est, l'Allemagne en bénéficie.
Si le traité de Maastricht ne prévoit pas de plans de sauvegardes, c'est qu'il ne devrait pas y en avoir, nonobstant l'ensemble des membres de l'Union se doivent assistance mutuelle. Cette réciprocité et cette solidarité s'entend pour tous les aspects de la politique européenne, ce qui s'applique aussi aux aspects monétaires et financiers.
Ce qui est problématique c'est la spéculation qui s'opère, y compris sur les marchés monétaires, donc sur l'argent, donc sur le pouvoir d'achat citoyen.
Serge Drouginsky, Longueuil

