16 février 2011
Bev Oda doit-elle démissionner?
À lire les éditoriaux du Toronto Star, du Ottawa Citizen et du National Post, et la chronique de ma collègue Manon Cornellier dans Le Devoir, on constate qu'il n'y a pas que les trois partis d'opposition qui réclament la démission de la ministre Bev Oda. Au contraire, il semble qu'une quasi-unanimité sur la question émerge.
Une indignation qui, pour l'instant, n'ébranle pas le premier ministre Harper. Face à cette pluie de critiques, il a défendu sa ministre et son intervention pour refuser une subvention de 7 millions de dollars au groupe caritatif Kairos.
« Ici et au comité, à plusieurs reprises, la ministre a été claire : c'est sa décision et non celle de ses fonctionnaires. C'est la responsabilité de la ministre de s'assurer que les objectifs d'aide humanitaire sont atteints par ce gouvernement grâce à l'utilisation des fonds publics », a-t-il répété à maintes reprises lors de la période des questions.
Le problème c'est que là n'est pas le débat.
Il s'agit de savoir si elle a transgressé les règles élémentaires de la bonne foi dans les débats parlementaires en refusant d'admettre le 9 décembre dernier que c'est à sa demande qu'un document officiel de l'ACDI a été modifié, pour renverser la recommandation de ses fonctionnaires.
Il s'agit de savoir si elle a profité de la confusion entourant la signature du dit document pour faire porter à la présidente et au vice-président de l'ACDI le poids de sa décision dans le dossier.
Il s'agit donc de savoir si, depuis plus d'un an, Bev Oda a menti en laissant croire que c'est son ministère qui avait décidé de ne pas renouveler la subvention de Kairos après une étude approfondie, alors que c'est elle qui est intervenue personnellement (de son propre chef ou sous les ordres de son premier ministre).
Sur la sellette, la ministre a affirmé lundi : « Je n'ai jamais dit que la décision liée au financement avait été prise par le ministère. J'ai déclaré très clairement, à maintes reprises, en répondant aux questions posées à la Chambre et au comité, que la décision liée au financement avait été prise par moi. »
Ses déclarations passées laissent plutôt entendre le contraire.
Comme le 8 mars 2010 où, dans une réponse écrite à un député libéral qui lui demandait d'expliquer la décision d'annuler le financement de Kairos, la ministre a écrit : « La décision de l'ACDI de ne pas continuer à financer Kairos était basée sur l'évaluation générale de la proposition. »
Ou le 28 octobre 2010 lorsqu'elle a affirmé en Chambre que « tous les projets sont évalués par l'ACDI [...] et [qu']il a été déterminé que la proposition de Kairos ne répondait pas aux critères du gouvernement ».
En fin de compte, c'est le président de la Chambre des communes qui tranchera le débat.
Si l'histoire de Bev Oda et du financement du groupe caritatif Kairos peut sembler bien marginale, le débat soulevé touche néanmoins le coeur de la vie démocratique au pays, soit le devoir pour le gouvernement de rendre compte de ses décisions et le rôle fondamental de l'opposition de les remettre en question.
Les principes, donc, qui animent cette controverse valent pour des débats politiques bien plus larges, comme celui sur la lutte contre le déficit, les coûts de construction de nouvelles prisons, l'achat d'avions de chasse et les baisses d'impôts aux grandes sociétés.
Emmanuelle s'est jointe à l'équipe de Radio-Canada en mai 2005, après être passée par le bureau parlementaire de TVA et la chaîne parlementaire CPAC.
En 10 ans à Ottawa, elle a vu défiler aux Communes trois premiers ministres et huit chefs de l'opposition officielle. Elle a couvert les grands événements politiques de la dernière décennie, de la fusion de la droite, à la commission Gomery, en passant par les courses successives à la direction du Parti libéral et les soubresauts des gouvernements minoritaires qui se sont succédé.
Elle a sillonné les routes du pays dans les caravanes électorales. Elle a couvert la guerre en Afghanistan et accompagné le premier ministre dans ses déplacements à l'étranger.
Ses reportages et analyses sont présentés dans le cadre des grands bulletins de Radio-Canada.
Emmanuelle participe régulièrement au panel d'analyse de l'émission politique hebdomadaire Les coulisses du pouvoir.
Diplômée en études allemandes contemporaines et en économie de l'Université McGill, Emmanuelle détient une maîtrise en journalisme de l'Université Carleton, à Ottawa.
18 février 2011
Madame Latraverse.
Maxime Bernier donna sa démission : il n'avait pas le choix.
Et avec regret Mr Harper se voyait obligé d'agir.
Pourquoi se poser la même question?
Claire Thibaudeau, Sherbrooke
17 février 2011
Quel beau cas d'éthique, un(e) ministre ment devant la chambre des communes et son excellence Harper s'en lave les mains. Une vraie comédie! De plus en plus je me rend compte que ce gouvernement n'a aucun principe autre que celui après moi le déluge! Je suis vraiment tanné de ce genre d'hypocrisie!
Sylvain Gosselin, Gatineau
16 février 2011
Encore une fois, notre illustre Premier Ministre a sacrifié un membre de son équipe, la Ministre Bev Oda.
À quand le prochain scrutin électoral. Cette fois, j'espère que tous les Canadiens ne vont pas sacrifier leur vote et élire un seul homme qui décide pour tous avec ou sans approbation!
Sylvie Haviernick, Montréal
16 février 2011
Franchement doit-on se posé la question?
Se posé la question c'est d'y répondre...
Jean-Paul Vinet
Farnham
Jean-Paul Vinet, Farnham
16 février 2011
Il est étonnant qu'au yeux de certains une fourberie comme essayer de faire porter le chapeau d'une décision impopulaire, modifiée à la main sans initiales ou identification de l'auteur sur un document officiel, est un acte de courage quant au contraire pour d'autres il s'agit de la soumission abjecte à l'autorité absolue d'un personnage imbu de son image de droiture ou devrait-on dire, d'extrême droite.
Mais en démocratie, il faut respecter l'opinion des autres et surtout le droit de l'exprimer même si on est en complet désaccord.
En fait c'est surtout le discours de négation tenu précédemment qui blesse ici l'opinion publique, maintenant que le chat est sorti du sac et qu'on sait que la ministre à mentit au parlement.
Il me semble que c'est loin d'être un acte de courage.
Pierre Jones, Valleyfield
16 février 2011
Ce qui me surprend, c'est de voir que la subvention avait été accepté.
7 millions pour un groupe religieux! Franchement, il y a des règles d'attribution de nos impôts qui doivent être resserrer. Pouvez-vous imaginer tout l'argent que l'on perd si toutes les, sois-disant, groupe religieux demandent 7 millions par année.
C'est totalement hônteux de voir mes impôts servir pour ça. La religion dans vos maison. POINT
Sylvain Lavoie, La Prairie
16 février 2011
Je suis tout à fait d'accord avec le commentaire de Monsieur Carrière. Madame Oda doit démissionner car le lien de confiance avec la Chambre et avec l'électorat est définitivement rompu. Écrira-t-elle ses mémoires comme il le pense? J'en doute...Elle ne semble pas être le couteau le plus tranchant de la coutellerie!
Pierre DuBois, Laval
16 février 2011
Au Canada, le titre d'"honorable" revient aux membre du "Conseil privé de la Reine pour le Canada". (Très honorable réservé au PM, GG et Juge en chef).
C'est un peu compliqué, mais en somme, les ministres sont membres d'office du Conseil privé et obtiennent le titre d'"honorable" avec leur limousine de ministre! ;-) Ce titre est à vie, à moins qu'il ne soit révoqué.
Donc, on ne devient pas Honorable par sa conduite...
Mathieu Nadeau, Gatineau
16 février 2011
Ne pas tout dire pour des raisons stratégiques est certainement le lot de la politque telle que pratiquée de nos jours et laisse quand même la posibilité à ceux et celles qui savent lire entre les lignes de comprendre les choses. Mais mentir carrément, c'est à dire induire sciement les parlementaires et les citoyens en erreur est à l'inverse inacceptable et tout à fait condamnable. Pas étonnant que des voix s'élèvent pour demander la démission de cette ministre et que la confiance envers les élus s'érode encore un peu plus avec le temps.
Marc Levasseur, Montréal
16 février 2011
Chère madame Latraverse,
Dans votre précédent carnet, nombre d’internautes reprochaient aux Évangélistes d’avoir le contrôle du gouvernement, ce qui signifie qu’on blâme certains groupes religieux d’en mener un peu trop large à Ottawa.
Aujourd’hui, on réprimande la courageuse Bev Oda d’avoir refusé une importante subvention à Kairos, un regroupement prétendument œcuménique (ce qui signifie : universel) qui regroupe exclusivement des églises réformées anglophones hormis la Conférence des évêques catholiques du Canada. Kairos entend faire la promotion de la justice ici et partout dans le monde. En quoi un tel regroupement est-il représentatif de la diversité culturelle du Canada ?
Pourquoi dans ce généreux cadre œcuménique ne retrouve-t-on pas les sikhs, les hindouistes, les musulmans, les juifs, les chrétiens orthodoxes, les animistes, les mormons, les communautés autochtones qui honorent le shamanisme, les bouddhistes, les évangélistes, les baptistes, les taoïstes et les adeptes du tantrisme ? – Liste non exhaustive.
Où est l’œcuménisme dans Kairos ? En quoi les positions pro palestiniennes de Kairos reflètent-elles la justice, la paix, l’appel de la vérité ? En quoi leurs positions opportunistes recouvrent-elles la réalité des problématiques de la bande de Gaza où règnent diverses formes de corruption ? Pourquoi Kairos ne reconnaît pas le droit aux israéliens de vivre en sécurité ?
Pourquoi les laïques et les membres de la société civile comme moi ne sont pas membres à part entière de Kairos ? En quoi cette proposition de subvention annuelle à Kairos ne représentent-elle pas un paiement indirecte au denier du culte de certaines églises ? En quoi est-ce de l’argent public bien placé ?
Kairos est un regroupement liturgique qui fait de la promotion de la foi chrétienne. Leur mission ne relève pas du financement du ministère de la Coopération Internationale. Pourquoi le budget de Kairos était-il 4 millions en 2008 et devrait-il être bonifié de 7 millions supplémentaires maintenant ?
Serge Drouginsky, Longueuil
16 février 2011
C'est tellement grossier qu'il n'est pas déraisonnable de penser que l'ordre de refuser la subvention venait du bureau du premier ministre et que Bev Oda comme tous les autres ministres du cabinet Harper ne sont que des marionnettes au service de l'idéologie de droite du parti Conservateur..
Claude Desjardins, Montréal
16 février 2011
Question:
Que veut dire l'expression"Très Honorable" ? Comme dans la "Très Honorable Bev Oda" ou encore.. le "Très Honorable Stephen Harper" ?
Est-ce parce qu'ils sont "Très Honorables" qu'ils ne mentent jamais ?
Laurent Emond, Québec
16 février 2011
Évidemment et c'est un minimum,
Notre système démocratique est basé sur la confiance et il m'apparaît très clair qu'elle a consciemment trompé la chambre en faisant passer cette bourde sur le dos des fonctionnaires. Le lien de confiance étant brisé, elle doit démissionner, il en va de l'intégrité de son poste.
Pour ce qui est de savoir si c'est à la demande de son patron qu'elle a fait le travail, elle le dévoilera elle même lorsqu'elle écrira ses mémoires.
Il y a un prix a payer pour être servile.
Réjean Carrière, Repentigny













