10 décembre 2010
Relations Chine-Occident : le facteur Liu Xiaobo
Avant que le comité Nobel ne lui attribue son prix de la paix, Liu Xiaobo était peu connu à l'extérieur de la Chine. Aujourd'hui, ce vétéran de la dissidence est devenu le nouveau visage de la lutte pour la démocratie en Chine.
C'est un combat personnel que Liu Xiaobo, un poète et critique littéraire, a commencé en 1989. Il était rentré de New York pour assister au mouvement de protestation de la place Tiananmen. Il le payera cher. Il a passé une majorité des 20 dernières années en prison ou en camp de rééducation pour ses activités politiques.
Contrairement à d'autres militants, il a toujours refusé l'exil. Sa dernière campagne, une pétition réclamant le droit de vote sur Internet, baptisée la Charte 08, lui a valu une condamnation à 11 ans de prison. Elle lui a également valu le prix Nobel.
Il vient de se joindre aux grands dissidents politiques, tels les Sakharov et Mandella. En lui attribuant le prix, la Norvège vient de changer les rapports de l'Occident avec la Chine.
À Pékin, le gouvernement avait tout fait pour bloquer la transmission des images de la cérémonie du prix Nobel à la télévision. La présence policière était plus forte et les autorités avaient bouclé le quartier où l'épouse de Liu Xiaobo est toujours en résidence surveillée. Tous les dissidents susceptibles de faire un coup d'éclat ont été détenus ou envoyés à l'extérieur de la capitale.
Loin d'amorcer un rapprochement avec les pays occidentaux, l'attribution du prix Nobel à Liu Xiaobo a provoqué un schisme. Il sera d'autant plus difficile de le réparer qu'il illustre une différence fondamentale de points de vue sur la question de la démocratie et des droits de la personne.
La Chine ne considère pas ces libertés comme étant de nature universelle, mais comme une autre tentative de l'Occident de refaire la Chine à son image. Après des années à ne pas trop savoir comment composer avec une Chine émergente et de plus en plus puissante, les pays occidentaux disposent maintenant d'un nouvel argument sur la question des réformes politiques : Liu Xiaobo.
Il ne faut pourtant pas s'attendre à un déblocage rapide. La Chine n'est plus le parent pauvre de l'Asie qui pouvait accepter de libérer des dissidents de prison en échange de faveurs économiques. Elle est la deuxième puissance mondiale, une puissance qui n'a pas l'intention de recevoir de leçons de qui que ce soit. Il serait surprenant que Liu Xiaobo, malgré sa nouvelle notoriété, recouvre sa liberté d'ici peu.
Regardez les reportages de Michel Cormier sur notre page
« International »
Avant d'entrer en fonction comme correspondant de la télévision de Radio-Canada et de la CBC à Pékin, Michel Cormier a été correspondant à Paris et à Moscou, chef de bureau de la colline Parlementaire à Québec et correspondant du Point à Ottawa. Auparavant, il a été correspondant national de l'émission Sunday Morning, à la radio de la CBC et journaliste à l'émission Présent-dimanche à Montréal. Natif de Cocagne, au Nouveau-Brunswick, il a commencé sa carrière au réseau atlantique de Radio-Canada à Moncton. Il détient un baccalauréat en journalisme de l'Université Carleton et une maîtrise en science politique de l'Université Laval.
Michel Cormier a été le premier journaliste canadien à pénétrer en Afghanistan à la veille de l'offensive américaine. Il a interviewé Hamid Karzaï et Vladimir Poutine, a couvert la tragédie du Koursk et le conflit en Tchétchénie; il a été l'un des rares journalistes à assister au renversement populaire du président géorgien Édouard Chevarnadze, dont la couverture lui a valu une mention pour le prix Gemini. De Paris, il a couvert la crise des banlieues, les attentats de Londres et la mort du pape Jean-Paul II; il s'est aussi rendu maintes fois en Israël et dans les territoires occupés.
Il a obtenu les prix Anix et Judith-Jasmin et il est l'auteur de trois livres: Un dernier train pour Hartland, biographie de l'ancien premier ministre Richard Hatfield, écrite avec Achille Michaud; La révolution acadienne, biographie de l'ancien premier ministre Louis Robichaud, pour laquelle il a reçu le prix France-Acadie. À l'automne 2007, il a publié chez Leméac La Russie des illusions, une série d'essais dur la Russie, que Le Devoir a salué comme un livre « fascinant [...] qui s'inscrit dans la tradition des ouvrages signés par des grands reporters qui allient l'acuité du regard sur l'autre et la compassion à une écriture solide ».
15 décembre 2010
Un amateur de colonialisme au 21e siècle qui se retrouve récipiendaire du prix Nobel de la paix ?
Qu'est-ce qu'il a vu qui a bien pu lui donner ses convictions actuels ?
Hugo Manningham, Montréal
15 décembre 2010
Et on vous paie pour écrire ce que tout le monde sait déjà ou peut lire sur wikipedia...
jean jacques desmarais, France
13 décembre 2010
Je dois dire que cette controverse entourant Liu Xiaobo me perturbe. Peut-être est-ce dû au fait que nous soyons né la même année ? – Ce que je comprends, c’est que Liu Xiaobo s’inscrit dans une mouvance de liberté qui a inspiré beaucoup de personnes de notre génération. Dans un monde alourdi par toutes formes de bureaucraties, qu’elles soient étatiques ou dirigées par des intérêts privés ou en partenariat public privé. Le résultat est que lorsqu’on est amoureux de la liberté et de la vérité. On ne peut que se sentir oppressé.
Ce qui me turlupine, c’est d’observer que le dindon de la farce n’est autre que Lui Xiaobo. Son nom a circulé pour le Nobel, en raison de deux évènements concourants : La diffusion de la « Charte 08 » qu’on peut télécharger sur le site de Droit & Démocratie ; suivie par son arrestation, conséquente d’allégations malfaisantes qui en faisaient l’auteur principal. Ce qui n’est pas vrai. La Charte est un simple document collectif inspiré par de nombreux écrits précédents et Lui Xiaobo en fut signataire parmi 303 autres personnes.
Son arrestation lui a valu le soutien de plusieurs prix Nobel qui l’ont proposé pour cette distinction. Il était difficile pour les académiciens norvégiens de s’opposer à un tel consensus. Ces soutiens multilatéraux au lieu d’être un baume pour le bien universel ; se sont avérées maléfiques, forçant les autorités chinoises à plus de sévérité qu’il n’est à l’usage. L’accusation de subversion était dans ce cas inappropriée et la peine de 11 ans excessivement sévère et non conforme à la jurisprudence.
Ici, je pense qu’en tant qu’occidentaux nous avons beau jeu de blâmer le régime chinois, lorsque nous n’encourrons aucun danger et que notre manière de pourfendre le communisme n’est pas un obstacle à notre surconsommation de produits « made in China ». Le résultat est que la plus belle distinction que nous aurons accordé à Lui Xiaobo n’est pas le Nobel, nous aurons en cette occurrence forcé un emprisonnement qu’il ne méritait pas.
Serge Drouginsky, Longueuil
13 décembre 2010
À S. Beauchemin, Est-ce que cela change quelque chose aux propos tenu par M. Xiaobo et le fait qu'il appuyait l'invasion américaine de l'Irak au détriment du droit international ?
Les Chinois (quelque soit leur allégeance) dénoncent la période coloniale comme étant un des pires moments de leur histoire : le territoire chinois fut occupé par la Grande-Bretagne ; la France, l'Allemagne, les USA, l'Italie, le Japon et la Russie pour ne nommer qu'eux. Ces derniers appliquaient leurs propres lois dans les territoires occupés : les Chinois n'avaient pas le droit de se promener dans les parcs qui étaient réservés aux Blancs et aux chiens. Pendant cette occupation, des millers de Chinois furent massacrés ou servirent de cobayes dans des camps de la mort sans que l'Occident ne lève un petit doigt.
Le Royaume-Uni a fait la guerre à la Chine qui refusait aux Anglais le droit d'écouler de l'opium sur tout le territoire chinois : Hong-Kong fut cédé au plus gros "pusher" de l'époque soit le R-U.
Les Chinois se souviennent comment l'Occident et le Japon ont été un modèle de respect en matière de droits de l'Homme chez eux.
Comment serait traité un personnage public allemand qui affirmerait que la période nazie n'a pas durée assez longtemps pour permettre à l'Allemagne de bien comprendre la situation ?
Dennis Neault, Gatineau
12 décembre 2010
De mon côté je voudrais faire quelques observations. On peut lire même dans les manuels d'histoire occidentale que commence, à partir des guerres de l'opium, la période la plus tragique de l'histoire de la Chine : un pays de très antique civilisation est littéralement « crucifié », écrivent d'éminents historiens ; à la fin du 19ème siècle, la mort en masse d'inanition devient une affaire quotidienne banale. Mais, selon Liu Xiaobo, cette période coloniale a trop peu duré ; elle aurait dû durer trois fois plus ! Le moins qu'on puisse dire est que nous sommes en présence d'un « négationnisme. Eh bien, l'Occident n'hésite pas à mettre en prison les « négationnistes » des infamies perpétrées aux dépens du peuple juif, mais attribue le « Nobel de la paix » aux « négationnistes » des infamies longtemps infligées par le colonialisme au peuple chinois ! Malheureusement, la gauche ne se positionne pas très différemment, cette gauche qui s'est bien gardée de condamner l'arrestation en son temps de David Irving et autres représentants de ce même courant qui sont encore en prison, mais qui ces jours-ci chante les louanges de Liu Xiaobo.
Ce dernier, par ailleurs, ne s'est pas limité à exprimer des opinions, fussent-elles « ignobles » (comme le reconnaît le South China Morning Post). Après avoir en 1988 invoqué trois siècles de domination coloniale en Chine, il est revenu à toute allure l'année suivante (de sa propre initiative ?) des USA en Chine, pour participer à la révolte de la Place Tienanmen, et s'engager à réaliser son rêve [2]. C'est un rêve pour la réalisation duquel il continue à vouloir agir, comme le montre (dans une interview en 2006 par un journaliste suédois) sa célébration de la guerre états-unienne pour l'exportation de la démocratie en Irak. Comme on peut voir, nous sommes en présence d'un personnage qui, contre son pays, invoque directement la domination coloniale et, indirectement, la guerre d'agression. C'est un rêve qui lui a valu en même temps la détention dans les prisons chinoises
Simon Payette, Quebec
12 décembre 2010
@ Dennis Neault
Sur Wikipedia, on dit à propos de Domenico Losurdo qu'il est un philosophe communiste italien...
Pas surprenant que son opinion soit favorable à la Chine.
S. Beauchemin, Montréal
11 décembre 2010
C'est en 1988 au journal hongkongais (Hong-kong était sous administration britannique) Liberation Monthly qu'il a dit :
[It would take] 300 years of colonialism. In 100 years of colonialism, Hong Kong has changed to what we see today. With China being so big, of course it would take 300 years of colonialism for it to be able to transform into how Hong Kong is today. I have my doubts as to whether 300 years would be enough ».
Propos qu'il confirme dans un entretien au "Open Magazine " le 19 décembre 2006. Et repris par le South China Morning Post (journal indépendant de H-K).
Pourtant, la Grande-Bretagne n'a jamais reconnu le droit à la population de H-K d'élire un député ou d'avoir un mot à dire à la Chambre des Communes de Londres.
En outre, il a appuyé l'intervention américaine en Irak et ce malgré le non respect du droit international.
"Le philosophe et historien italien Domenico Losurdo renchérit en qualifiant Liu Xiaobo de « nostalgique de la colonisation qui ne voit de salut que dans l'écrasement de sa propre culture par les armées occidentales ». Il rappelle ce qu'a été la période coloniale pour la Chine, « un pays de très antique civilisation littéralement "crucifié" », « la mort en masse d'inanition » à la fin du XIXe siècle. Il stigmatise l'attribution du Nobel de la paix à un « négationniste » des souffrances infligées par le colonialisme à la Chine, signalant par ailleurs que, dans un entretien avec un journaliste suédois en 2006, Liu Xiaobo a célébré la guerre des États-Unis pour l'exportation de la démocratie en Irak." Wikipédia.
Il fut chercheur invité en Norvège où il a fréquenté la classe politique.
Tirer votre propre conclusion sur le personnage mais l'information est disponible sur des sites occidentaux.
Dennis Neault, Gatineau
11 décembre 2010
M. Laroche ce que vous avez lu devait être de la grossière propagande. Un prix Nobel de la paix qui encouragerait l'occupation étrangère de son propre pays pendant 300 ans ? Si je regarde l'Irak cette affirmation est plutôt louffoque.
Je consulte de temps en temps des médias d'un peu partout c'est très instructif mais de là à perdre mon temps avec le cirque médiatique Chinois...
Hugo Manningham, Montréal
11 décembre 2010
À ne pas confondre : universalité et propagande impérialiste étatsuniène
Entre l'autoritarisme Chinois et l'hypocrisie occidentale concernant les droits de la personne comme étant de nature universelle, la propagande a pour fonction d'arrondir les coins. Lorsque Obama s'est vu attribuer ce prix, je crois que la chaise aurait dû être vide aussi. Et si on décidait dans cette partie du monde de se faire un prix qui serait le pendant Asiatique du Nobel et qu'il le donnait à Julian Assange, la-bas aussi la chaise serait vide.
Je crois qu'il faut se garder une petite gène en réserve.
Ce que l'on est en train de faire en Europe et en Amérique, sous prétexte d'assainir les finances publiques, est très loin de prioriser les droits de la personnes. L'écart entre riches et pauvres ne cesse d'augmenter. Les lignes de démarcations entre les pouvoirs privés, politique et mafieux sont de plus en plus flous,et tout en ne voulant pas vous décevoir, ce ne sont pas les droits de la personne qui profitent d'une telle situation.
Il est urgent de se détacher du novlangue et de ses symboles trompeurs ou du moins d'aborder ces sujets avec certaine approche critique
Qu'arrive-t-il aujourd'hui à ce président qui parlait d'instaurer la démocratie en Afghanistan et en Irak et qui en mêmes temps pratiquait la torture, et surtout qu'il appuya ces guerre sur du mensonge avec la complicité de l'OTAN et en défiant l'ONU? À ne pas confondre, universalité et impérialisme étatsuniens.
denis miron, montbeillard
11 décembre 2010
Une analyse intéressante de l'attitude de la Chine face à la remise du prix nobel à Liu Xiaobo : http://leblogdeyannicklaude.20minutes-blogs.fr/archive/2010/12/10/on-peut-obliger-le-peuple-a-obeir-on-ne-peut-pas-le-forcer-a.html
Gaston Fix, Paris
11 décembre 2010
Je suis d'accord en général avec le choix du Prix Nobel, car je pense que ça met les projecteurs internationaux sur la Chine et les droits civiques dans ce pays. Par contre, je ne crois pas que du point de vue domestique, Liu Xiaobo ait vraiment le même pouvoir de changer les choses qu'un Lech Walesa ou Nelson Mandela. Je pense en outre que les changements en Chine se font incrémentalement et qu'un peu tout le monde, dans le système politique, les médias, etc, met l'épaule à la roue pour faire avancer le pays.
Effectivement, c'est une deuxième puissance mondiale qui n'a pas de leçons à recevoir de personne -- en fait, voyez l'absurde de la situation si le Premier Ministre chinois venait au Canada jaser de droits des autochtones et autres politiques domestiques canadiennes!
Cédric Sam, Hong Kong
10 décembre 2010
J'avoue que je commence vraiment à me demander si le prix Nobel de Paix n'a pas été arnaqué par la Maison-Blanche.
L'année dernière, Barack Obama l'a obtenu. On cherche encore à comprendre. On aurait été en droit de s'attendre à ce que le Comité Nobel de la Paix soit au-dessus de la melée. Guantanamo est toujours ouverte, l'occupation de l'Irak se poursuit, la guerre en Afghanistan s'est intensifiée et essaime maintenant aux zones frontalières avec le Pakistan, les discours guerriers à l'endroit de l'Iran se poursuivent, des bases militaires ont été établies en Colombie pour menacer directement Hugo Chavez, etc. Bref, en rétrospective, Barack Obama suit en tous points la doctrine de George W. Bush et des faucons de la Maison-Blanche... sourire enjoleur en prime.
Cette année, le prix est octroyé à Liu Xiabao. Comme l'a bien écrit monsieur Laroche plus bas, Liu Xiabao a bel et bien déclaré que « la Chine devrait être soumise à 300 ans de domination coloniale pour devenir un pays décent ». Méchant prix Nobel de la Paix... Le Comité Nobel de la « Paix » (notez les guillemets) aurait voulu gifler la Chine qu'il ne s'y serait pas pris autrement.... Et je n'ai pas encore parlé de Shirine Ebadi ni de l'ineffable Al Gore.
On est aux antipodes des Henri Dunant, Woodrow Wilson, Martin Luther King Jr, Willy Brandt, Nelson Mandella. On est à des années lumières de la Croix-Rouge ou d'Amnistie Internationale, tous récipiendaires du Prix Nobel de la Paix.
Le Comité Nobel de la Paix a-t-il perdu son âme?
J.-C. Côté, Montréal
10 décembre 2010
J'ai lu ailleurs que M. Liu Xiabao avait déclaré (d'après le South China Morning Post) que « la Chine devrait être soumise à 300 ans de domination coloniale pour devenir un pays décent » (elle l'a été pendant une centaine d'années et cela a laissé des souvenirs très amers). Est-ce que cette information est véridique? En Occident, on a en principe la liberté d'expression, mais certains ont été emprisonnés pour avoir répandu leur thèse personnelle sur certains sujets, en particulier sur des événements survenus pendant la 2e Guerre,
Jean-François Laroche, Coaticook

