7 décembre 2010
Le dilemme Assange
« Finalement, c'est arrivé. » Voilà comment Daniel, le fils de Julian Assange, fondateur de WikiLeaks et grand apôtre de la transparence, a accueilli la nouvelle de l'arrestation de son père tôt mardi matin. Sur les pages de Twitter, il a ajouté : « J'espère seulement que ce n'est pas un prélude à son extradition vers les États-Unis. »
Traqué depuis plusieurs jours, en vertu d'un mandat d'arrestation délivré par une juge suédoise et relayé par Interpol, Assange fait face à des accusations de violence sexuelle, de coercition et de viol de deux jeunes femmes avec lesquelles il admet avoir eu des relations sexuelles consensuelles, dit-il.
Une arrestation circonstancielle
Bien sûr, loin de moi l'idée que ces accusations ne devraient pas être prises au sérieux par les autorités judiciaires. Tous les jours, nous sommes mis devant l'évidence que nombre de drames humains ont été occultés parce qu'on a minimisé ou caché de telles agressions.
Mais cette fois-ci, on ne peut pas faire autrement que se demander : sommes-nous face à un exemple patent de cette hypocrisie que Julian Assange s'est justement donné pour mission de dénoncer?
Les centaines de milliers de documents et de dépêches diplomatiques américaines que WikiLeaks a divulgués ne nous montrent-ils pas à quel point nous vivons dans un monde où le discours politique officiel, celui qui apparaît dans nos journaux et sur nos écrans de télévision, n'a absolument rien à voir avec les réelles relations entre les États?
Personne ne se faisait d'illusions. Depuis plusieurs jours, Julian Assange était l'homme le plus recherché du monde parce qu'il a publié des centaines de milliers de documents plus embarrassants les uns que les autres pour l'administration américaine et, par ricochet, pour plusieurs autres gouvernements dans le monde. Et non pas parce qu'il a eu des relations non protégées avec une femme à Stockholm (c'est ce qu'a déclaré dernièrement une des deux présumées victimes).
Alors, pourquoi est-il aujourd'hui accusé de crimes sexuels? Un WikiLeaks du futur nous révélera-t-il un jour que l'administration américaine a exercé des pressions sur la justice suédoise pour qu'on mette le grappin sur Assange le plus vite possible, avant que l'on trouve l'accusation appropriée, soit une accusation liée à ses activités de pirate informatique et de justicier international de la vérité planétaire?
La protection des barreaux
En attendant, Julian Assange restera en prison. Le juge britannique lui a refusé la libération sous caution, même si des célébrités comme le cinéaste Ken Loach, présent à la cour de Westminster au moment de la comparution du fondateur de WikiLeaks, se sont dites prêtes à payer la somme nécessaire.
Un mal pour un bien? Assange a déjà été victime de menaces de mort. Nombre de politiciens et de personnalités américaines, comme le républicain Mike Huckabee, ont exprimé publiquement ce qu'ils en pensaient. Ils aimeraient le voir mort ou en tout cas condamné à la peine capitale! Une prison britannique est donc peut-être l'endroit le plus sécuritaire pour celui qui se dit prêt à se battre jusqu'en Cour suprême pour éviter son extradition vers la Suède.
On peut parier que l'Australien le plus célèbre du monde n'en a pas fini avec la justice, même si, pour le moment, on ne sait pas exactement en quoi consiste la véritable nature de son crime et même si un crime a bel et bien été commis.
La mise en ligne d'un quart de millions de documents qui auraient dû rester secrets, les rendant ainsi accessibles aux lecteurs du monde entier, constitue un incroyable coup de théâtre. Adapter ce coup de théâtre aux lois existantes s'avère être un défi d'une ampleur similaire.
Mais le véritable juge de Julian Assange, ce sera l'histoire. Un jour, on saura jusqu'à quel point WikiLeaks a changé son cours.
Regardez les reportages d'Alexandra Szacka sur notre page
« International »
Elle a été journaliste aux émissions Enjeux (1990-1998 et 2000-2002) et Zone libre (2002-2005). Elle a aussi été coordonnatrice du bureau des réseaux français de Radio-Canada à New York (1998-2000).
Elle a travaillé à la salle des nouvelles de la télévision de Radio-Canada de 2005 à 2007, proposant notamment des séries de reportages tournés en Afghanistan, dans des conditions extrêmement difficiles, et en Pologne.
Correspondante en Russie de 2007 à 2010, elle a couvert, entre autres, la guerre en Géorgie en 2008, les élections en Iran en 2009, les événements en Kirghizistan au printemps de 2010. Elle a aussi brossé un portrait inédit de la Tchétchénie et de son président controversé Ramzan Kadyrov.
Plusieurs prix ont récompensé son travail, dont le prix Judith-Jasmin à deux reprises. La journaliste a obtenu ce dernier notamment en 1989, avec un reportage sur la dette extérieure du Mexique, pour lequel elle a également gagné le prix du meilleur reportage étranger de la Communauté des télévisions francophones. En 1994, elle a remporté la Plaque de bronze du Festival de Columbus, et en 2004, le prix Gémeaux du meilleur texte pour le reportage « Chili, trente ans plus tard ». En avril 2010, elle a obtenu le Prix Grands diplômés de l'Université Laval.
Détentrice d'une maîtrise en anthropologie de l'Université Laval, Alexandra Szacka parle couramment cinq langues: français, anglais, espagnol, polonais et russe.
Depuis l'automne 2010, elle est correspondante pour l'Europe.
15 décembre 2010
Ce qui m'inquiète à propos de la diffusion de l'information c'est cette propension, comme dans le cas présenté ici et même chez plusieurs journalistes, à vouloir la contrôler, pour des raisons plus ou moins défendables. Votre commentaire est fort intéressant à ce propos. J'ajouterais aussi, et je cite monsieur David du journal Le Devoir, que lorsque des commentaires constituent des critiques de sa "vérité", ils ne sont pas publiés. Il y a là une forme très pernicieuse de contrôle de l'information en matière politique. C'est bien malheureux car, finalement, nous assistons à un contrôle de l'information, qui s'étale même sur une série de chroniques, contrôle qui risque de s'apparenter à une forme de propagande très bien structurée, le mot propagande étant interprété ici au sens strict du terme. Il me semble que ce n'est pas respecter ce "libre de penser" de ce journal. Le contradictoire doit exister là aussi, dans le respect des personnes évidemment, comme le disait si bien Socrate.
Ciceron Derome, Sherbrooke
14 décembre 2010
"Les centaines de milliers de documents et de dépêches diplomatiques américaines que WikiLeaks a divulgués..."
Cette affirmation nous montre également que beaucoup de journalistes "main stream" se fient sur ce que montre la tv ou les journaux "officiels" pour répéter des informations non vérifiées ou carrément fausses. En allant sur le site de Wikileaks, ou sur celui du Guardian ou encore sur celui-ci http://www.salon.com/news/opinion/glenn_greenwald/?source=rss, vous verrez que la quantité de documents réellement diffusés par Wikileaks était de 1193/251,287 en date d'hier. En plus, la très grande majorité de ces documents ont d'abord été édités par le Guardian, New-York Times, etc avant d'être publiés par ceux-ci. Même que ceux publiés par Wikileaks par la suite étaient exactement les mêmes (mêmes censures).
Intéressant de voir qu'il reste encore quelques vrais journalistes (Guardian, Wikileaks, Salon, etc) qui tentent de vraiment renseigner la population au lieu de seulement répandre la propagande officielle...
Mme Sazka, je vous rappelle que Google est un excelllent outil de rcherche...
Bonne journée.
p.s. Ce commentaire a été envoyé le 8 décembre mais refusé par le modérateur à cause d'un seul mot en majuscule: "vrai"...
La loi, c'est la loi!
Georges Tremblay, Ste-Irène
9 décembre 2010
L'histoire sera tendre envers WikiLeaks: le plus important évènement politique du nouveau millénaire. Quand à son fondateur, il pourrait devenir l'un des grands héros déchus de l'histoire. L'histoire du nouveau millénaire ne s'annonce pas simple; cela annonce un millénaire aux multiples complexités. Rien n'est facile dans ce nouveau monde virtuel.
Pierre Dupont, Marbleton, Québec
9 décembre 2010
je me demande si chaque pays ne doit pas avoir ce que j'appellerais des secrets d'état. un journaliste qui tomberait sur de telles informations est-il libre de les publier sans inquiétude et surtout sans crainte d'une sanction même judiciaire des conséquences de la divulgation de ces informations?
les informations sont peut-être vraies et vérifiables mais au nom du patriotisme doit-on les divulguer même si cela mettra en danger votre pays?
kalleb kabasele, kinshasa
8 décembre 2010
Je trouve curieux que les accusations tombes a point nommé.
Personne se plaint jusqu'a l'apparition des fameux brulots puis soudain on se fait violer.
Je ne banalise pas les actes de ce genres seuleemnt dans le cas qui nous occupe je trouve ca etrange....
John Jarry, laval
8 décembre 2010
Quel est l'ennemi public numéro 1 ? Celui qu'Interpol a mis en tête de liste des criminels dangereux recherché ? Quelle organisation est la plus grande menace à la paix et la stabilité du monde ?
ben Laden et Al-Aqîda ?
Non, bien pire: Assange et Wikileaks !
P. Lagassé, Saint-Basile-le-grand
8 décembre 2010
À la lecture des commentaires d'un de mes prédécesseurs qui confond les entremises de Roman Polanski qui est né à Paris, donc de nationalité française, affirmant qu'il est américain, se serait réfugié en France voici trente ans. Puis, un parallélisme se greffe avec le cas de Julian Assange, on saisi alors qu'il ne suffit pas de faire de l'information, de la diffuser, de la distiller et de la consommer pour être sûr que tout le monde a bien compris la nature de l'information.
Ce n'est pas pour rien si les juges s'enquièrent en tout temps auprès des défendeurs s'ils ont bien compris les termes de l'accusation. Tout le monde n'a pas l'habileté d'interpréter les énoncés juridiques.
Je suis fâché d'observer que dans une société libre où somme toute, tout soit pratiqué. Les choses qui relèvent de l'intimité et de la vie-privée soient devenues si sensibles. Comme si la sexualité portait le germe de la criminalité. En somme, on reproche à Assange son hédonisme.
Vu d'ici, on à peine à apprécier les motifs exacts qui prévalent à l'adoption de ce mandat d'arrêt. Les autorités britanniques avaient en évidence connaissance du lieu ou cet homme résidait. S'il est privilège donné à la justice suédoise de l'interroger, elle pouvait tout aussi bien déléguer sur place un magistrat anglais. Ce qui justifierait l'arrestation, serait que monsieur Assange ait refusé de se présenter en suite d'une demande émise par l'autorité compétente. Aucune accusation sur l'heure présente n'a été portée officiellement contre lui. Ce sont des présomptions, des allégations ou peut-être des commérages qui justifient l'emploi de ces procédures exceptionnelles.
On pourrait se demander, s'il n'y a pas en cette occurrence un libelle, assorti d'une arrestation abusive, suivi d'une détention arbitraire. – Exagération du pouvoir ? – En somme je conclurais par ce paradoxe : que l'information n'est bonne que lorsqu'elle est ignorée.... Qui a dit qu'on voit toujours la paille qui se trouve dans l'oeil du voisin et pas cette poutre qui nous aveugle ?
Serge Drouginsky, Longueuil
8 décembre 2010
"Si on ne peut pas te faire reculer, on va te faire avancer". Résultat : déséquilibre.
"Never let a good crisis go to waste" Rahm Emmanuel
On parle de "Fairness doctrine" aux États-Unis (nous on a déjà le CRTC ...), quelle belle occasion que l'affaire Wkikeaks pour justifier un encadrement (international) d'IInternet. Kyoto II et sa mécanique internationale est en péril, si on a du contrôle sur Internet, on n'aura plus de ClimateGate. ...
Mais dans cette histoire, il y a un grand risque : les gens constatent, comme vous le soulignez à juste titre, que les dessous de la géopolitique ressemblent pas mal à ce qu'ils en pressentaient. Rien pour les encourager à renoncer à leurs libertés individuelles au profit de l'encadrement de l'État... Ah ! Tiens ...
Est-ce déjà le fond du baril ...
Une “tite vite” : il y a la perception de ce que la technologie peut faire et le potentiel réel de la technologie. D'ailleurs, au lieu de parler de « technologie », je pense qu'on s'aperçoit que c'est devenu plutôt une question de paradigme.
Nous sommes entrés dans un monde que nous ne mesurons pas. L'instantanéité de multiples niveaux d'information (regardez-les « texter ») affecte profondément les comportements, et ça ne fait que commencer. World of Warcraft est déjà une communauté virtuelle plus influente que FaceBook ou Twitter, mais personne ne semble le voir ! YouTube crée en un clin d'oeil des vedettes qui se font inviter par les artistes(!) aux AMAs. Hollywood n'est déjà plus la « Dream factory ». Le citoyen moyen est plus renseigné aujourd'hui que la CIA il y a à peine 15 ans... Stuxnet, Siemens, Ahmadinejad! Wild ride !
Contenir « l'Internet », ... Le Dragon de Saint-Georges était un cas plus facile ...!
Franc Laplante, Région Montréal
8 décembre 2010
M. Assange est en train de faire passer un test important à nos sociétés démocratiques. Il force les gouvernements à décider entre liberté de presse et la fameuse sécurité nationale. C'est là que nous verrons le véritable visage et les véritables intentions de nos gouvernements.
Les cas comme celui de Wikileaks n'auraient pas lieu si les gouvernement mondiaux n'étaient pas aussi enveloppés dans une culture du secret à tous les niveaux. Seulement au Canada, il n'est même plus possible de poser des questions aux fonctionnaires du ministère de l'environnement sans passer par le ministre. Les notes diplomatiques concernant l'Afghanistan sont caviardées même pour les députés élus. Et on ne parle même pas des retenues d'informations aux travaux publics.
Le reportage d'Alain Gravel sur les commandos canadiens a une fois de plus démontré l'importance d'avoir des organisations comme Wikileaks. Nous pourrions voter pour un gouvernement qui affirme avoir mis fin à ses missions de combats alors que ce serait faux.
Nous devons être informés pour choisir nos élus correctement et dans notre intérêt.
Hubert Roy, Lévis
8 décembre 2010
Vos vues et opinion de voir l'évènement font écho chez moi.
Quelques mots pour vous féliciter de votre travail journalistique et pour vous souhaiter bonne route !
Claire Villedary
Claire Villedary, Longueuil
8 décembre 2010
Ce qui est à retenir dans les démêlés de ce monsieur avec la justice, c'est le refus de caution pour ce type d'accusation. Effectivement, cela dégage une suffocante odeur d'hypocrisie. On est en train d'essayer de faire flotter une roche sur le vaste océan de l'opinion publique mondiale. C'est gros comme tentative.
Pourquoi garde-t-on secret le nom de celle qui se pose en victime et qui porte cette accusation? A-t-on emprisonné Bill Clinton sous de simple accusation ? Et voilà que dans le cas de M. Assange , celui-ci est coupable avant même son procès. L'arbitraire vient d'usurper les fondements de l'état de droit. Le crime est du coté de ceux qui ont pour mission d'administrer la justice. C'est le monde à l'envers, allant vers nulle part. Illusoire état de droit, droit dans le mur.
denis miron, montbeillard
8 décembre 2010
Ma foi.
Un préservatif.
Suédois.
Va-t-il nous empêcher de connaître:
la vérité toute crue de nos pauvres «relations d'état».
Que le gouvernement chinois «hack» Google pour se renseigner à propos des dissidents de la Chine?
Que tous craignent l'Iran, en djellaba ou non?
Que la Corée du Nord sera ramenée à l'ordre par la Chine avant qu'un Kim quelconque appuie sur le bouton?
Un condom suédois doit-il m'empêcher de mettre le doigt sur ce que nous devrions connaître, dont nous ne connaissons que la rumeur?
Ça serait bête, non?
Un préservatif suédois nous protégerait d'un peu de transparence?
François Hétu, Montréal
7 décembre 2010
L' affaire Assenge nous montre à quel point le désordre établi se défend bec et ongles devant toutes dénonciations qui pourraient lui nuire. Je ne crois pas que Assenge soit complice avec le système; donc s'il dit des choses qui sont vraies ( et je le croirai) il faut absolument que toutes les choses soient dites. J'ai lui moi-même plusieurs sur les mensonges et manipulations, et croyez-moi on n'a pas besoin d'en inventer, ces faussetés existent vraiment et il faut le dire au public qui veut savoir; c'est même une obligation de le faire et je souhaite qu'il y ait plusieurs Assenge dans l'avenir pour le futur de notre planète.
jc Theriault, Brossard
7 décembre 2010
M. Assange a trop parlé. Les américains n'aiment pas cela. Est ce que cette histoire de viol est vrai ou préfabriqué par les Américains comme les armes de destructions massive sen Irak. J,espère que quelqu'in d'autre conninuera le site de wikileaks et qu'on continuera de l'héberger. On a droit de savoir les manigances de certains pays.
monik saucier, canada
7 décembre 2010
Assange un ange ?
Certainement si l allegation de crime sexuel est retenue comme motif valable de le garder en detention preventive sans caution.
On se souvient du cineaste americain, mari de Sharon State, qui aurait commis un viol aupres d une jeune americaine de moins de 14 ans.
Il s etait refugie en France par precaution et la Justice francaise lui avait rendu sa liberte .
Or, dans le cas d Assange, il s agit seulement de relation non protegee et de relation sans permission ave3c une partenaire qui dormait dans son lit.
Avouez donc que Julian Assange est bien un ange compare au cineaste americain qui plus de 30 ans plus tard n a jamais ete emprisonne en France ni meme condamne.
Alors, la Justice suedoise vue sous cet angle nous fait frissonner quand on s apercoit qu elle se laisse donc influencer par le pouvoir americain.
Il s agit de la Suede et non d un pays du Tiers-Monde.
La Secretaire d Etat a t elle le bras si long qu elle puisse influencer le pouvoir suedois ?
Victor Nazaire, Ottawa
7 décembre 2010
J'ai bien aimé votre commentaire.
Merci.
Mario Lacroix, Sherbrooke

