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Vendredi 24 mai 2013 13 h 05 HAE


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Carnet Alexandra Szacka

27 août 2010

Les Robins des bois russes


Ça a été un de mes premiers carnets, en novembre 2008. On peut le trouver aussi, en anglais, sur le site de la CBC.  
 
J'y parlais de Mikhail Beketov, journaliste, rédacteur d'une petite publication d'une banlieue de Moscou, Khimkiskaya Pravda. Il avait été sauvagement battu et laissé pour mort après avoir systématiquement dénoncé la corruption dans sa municipalité. Corruption, entre autres, entourant le projet d'autoroute à péage entre Moscou et Saint-Pétersbourg, dont le premier tronçon allait, à coup sûr, détruire une des plus belles forêts autour de la capitale russe.  
 
Au moment où le carnet était publié, Beketov était toujours dans le coma. Il y est resté pendant des semaines. Il a survécu, mais amputé d'une jambe et de plusieurs doigts, grièvement blessé à la tête, il n'a jamais retrouvé ses capacités physiques et cognitives. 
 
La croisade d'Evgenia Chirikova 
 
Cette semaine, mon dernier reportage m'a ramenée dans cette ville de banlieue moscovite, Khimki. Une jeune femme y a pris la tête du mouvement écologique de défense de la forêt de chênes plusieurs fois centenaires. Depuis le début de l'été, Evgenia Chirikova n'a pas arrêté de faire parler d'elle.  
 
Avec d'autres militants, elle a essayé d'empêcher la coupe en établissant un camp de fortune sur le tracé de la route. Elle a continué à crier sur toutes les tribunes que la coupe est illégale puisque, d'après la loi russe, on ne peut construire de routes sur des terrains protégés s'il y a d'autres solutions. Or, dit-elle, les solutions de rechange au tracé de l'autoroute existent. 
 
Non, rétorquent les autorités, Vladimir Poutine en tête, qui a signé le décret de dézonage de la forêt de chênes, pavant ainsi la route... à la nouvelle route. 
 
Mais Chrikova n'en démord pas, même si son mari a été battu par des inconnus et qu'elle a reçu des menaces anonymes. Malgré qu'à Khimki, au cours des dernières années, au moins trois personnes sont mortes dans des circonstances troubles, jamais expliquées, après avoir dénoncé la corruption.  
 
Et elle n'a pas la langue dans sa poche. En montrant le tracé de l'autoroute, qui fait une étrange boucle à travers la forêt de chênes, elle dit : « C'est la boucle de la corruption. » Selon elle, la route annonce des profits mirobolants pour les spéculateurs fonciers, qui pourront dorénavant faire ce qu'ils veulent avec des terrains d'une forêt coupée en deux et dézonée. 
 
Et la coupe a commencé. Depuis le début de l'été, plus de 100 hectares de forêt ont été anéantis. La bataille d'Evgenia Chirikova, cette mère de deux jeunes enfants, ingénieure de profession, semblait perdue. Malgré l'appui de plusieurs personnalités de la famélique opposition russe, comme Boris Nemtsov, ancien vice-premier ministre sous Yeltstin, ou Youri Chevtchuk, une vedette rock adulée par la jeunesse russe. 
 
Mais voilà qu'un retournement de situation exceptionnel a eu lieu au cours des 48 dernières heures. Dimanche soir, une manifestation des écologistes est autorisée sur la fameuse place Pouchkine, au coeur de Moscou. Chevtchuk y chante quelques chansons, sans micros (interdits par les autorités de la ville!). Une foule de 3000 personnes reprend les chansons en coeur. Evgenia y va de son charisme à faire soulever les foules. 
 
Trois jours plus tard, le parti Russie unie, dont Vladimir Poutine est le chef, demande au président russe, Dmitry Medvedev, d'arrêter le projet d'autoroute. Le lendemain, le président obtempère. Le projet est temporairement arrêté. 
 
Rien n'est encore joué, puisque le même jour, le premier ministre Poutine confirme, à la télévision russe, que l'autoroute est absolument nécessaire et qu'elle sera construite.  
 
Et pourtant, les événements de cette semaine sont une victoire sans précédent. Une victoire du courage et de la détermination de ceux qui essaient tant bien que mal de construire une société civile en Russie. Ceux qui risquent leur vie pour sauver qui une forêt, qui un peu de liberté d'expression, qui un minimum de justice, qui un minimum de dignité.  
 
Ces héros de la Russie moderne, qui vivent souvent dans des régions éloignées, où ils sont encore plus vulnérables... ceux qui travaillent pour d'obscures publications de banlieue ou des petits cabinets d'avocats de province, je les salue du fond de mon coeur en quittant ce pays meurtri. Courage, rebiata!!!


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« International »

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Écrivez-moi à : carnets@radio-canada.ca
Alexandra Szacka mène une carrière journalistique depuis plus de 20 ans, d'abord à Radio-Québec aux émissions Nord-Sud et Arrimage, puis à Radio-Canada.  
 
Elle a été journaliste aux émissions Enjeux (1990-1998 et 2000-2002) et Zone libre (2002-2005). Elle a aussi été coordonnatrice du bureau des réseaux français de Radio-Canada à New York (1998-2000).  
 
Elle a travaillé à la salle des nouvelles de la télévision de Radio-Canada de 2005 à 2007, proposant notamment des séries de reportages tournés en Pologne et en Afghanistan. Elle a séjourné plusieurs semaines en Afghanistan d'où elle a proposé de nombreux reportages dans des conditions extrêmement difficiles.  
 
Plusieurs prix ont récompensé son travail, dont le prix Judith-Jasmin à deux reprises. La journaliste a obtenu ce dernier notamment en 1989, avec un reportage sur la dette extérieure du Mexique, pour lequel elle a également gagné le prix du meilleur reportage étranger de la Communauté des télévisions francophones. En 1994, elle a remporté la Plaque de bronze du Festival de Columbus, et en 2004, le prix Gémeaux du meilleur texte pour le reportage « Chili, trente ans plus tard ».  
 
Détentrice d'une maîtrise en anthropologie de l'Université Laval, Alexandra Szacka parle couramment cinq langues: français, anglais, espagnol, polonais et russe.  
 
Depuis septembre 2007, elle est chef de bureau à Moscou pour CBC et Radio-Canada.

4 septembre 2010

L'illusion 
 
Oh ! Ma chère et vieille Russie, 
Si lointain pays, et si près de mon coeur, 
Par ta misère, par tes rêves défaits, 
Par tes gens seuls dans l'immensité. 
 
Oh ! Ma chère et vieille Russie, 
Que de fois je t'ai imaginée sans peur, 
Combattant les chimères sans regret, 
Au nom de la paix et de la liberté. 
 
Illusions des rêves et aussi des hommes, 
Refaire la vie dans le laboratoire humain, 
Avec les éprouvettes du travail commun, 
Comme si ce n'était qu'une grande évasion. 
 
Illusions des rêves et aussi des hommes, 
Que tu en as oublié le droit sacré, divin, 
De l'individualité humaine, doux parfum, 
S'infiltrant partout, même dans les prisons. 
 
J'ai pleuré sur tes vallées et tes montagnes, 
Lorsque j'ai constaté le grand désarroi, 
Presque l'oubli de ta grandeur déchue, 
Lorsque j'ai vu tes gens au regard vide. 
 
J'ai pleuré sur tes vallées et tes montagnes, 
Me souvenant des champs de blé avec émoi, 
De ces villages heureux aux chemins perdus, 
Comme pour s'échapper au geste avide. 
 
Même au crépuscule rempli de fantômes, 
J'ai choisi de me rappeler tes jours de bonheur, 
Où dans la liberté des gens et du temps, 
Ton pays bercé par le froid, ressemble à une île. 
 
Même au crépuscule rempli de fantômes, 
Je t'ai regardée, seule, blottie dans ta peur, 
Cachant tes cadavres, rejetant tous ces gens, 
Comme un grand mensonge appelé, Tchernobyl. 
 
Oh ! Ma chère et vieille Russie, 
Illusions des rêves et aussi des hommes, 
J'ai pleuré sur tes vallées et tes montagnes, 
Même au crépuscule rempli de fantômes. 
 
Mon coeur se berce en toi comme fils en sa mère. 
 
Poème tiré de mon recueil "Au gré du temps et des événements" publié aux éditions Le Munuscrit, à Paris.

Michel Tocson, St-Jérôme

2 septembre 2010

Révolution = évolution. 
 
Je ne crois pas que la Russie actuelle soit tellement différente de la vieille et (sainte) Russie d'il y a longtemps. Il y a dans ce pays une longue tradition de corruption, et aussi d'autoritarisme politique, en ce sens que ceux ou celui qui détient le pouvoir peut par sa seule volonté imposer ses vues, sans que cela ne puisse être contesté par qui que ce soit sans risque pour sa survie physique, civile ou même psychologique. Il en est ainsi aujourd'hui encore, et je ne crois pas que des changements puissent survenir dans un laps de temps plus ou moins court. 
Pour qu.il puisse y avoir un changement réel, il faudrait, je crois, une nouvelle révolution qui verrait à sa tête un personnage hautement estimé par le peuple entier pour son sens de la Russie, et du bien-être commun à tous les Russes, et qui en plus, aurait la capacité d'aller chercher des appuis partout en Russie sans pour autant chercher à avoir des appuis extérieurs, afin de démontrer aux Russes mêmes qu'il sont en droit d'avoir un gouvernement qui soit à leur image et de pouvoir ainsi en arriver à établir l'ordre et la justice nécessaires à la bonne gouvernance d'un pays. Dans le mot révolution, il y a aussi le mot évolution. 
Combien faudra-t-il encore de martyrs en ce pays pour susciter un ras le bol général, et une forme de révolution qui réussira à expulser ces dictateurs déguisés en Président et Premier Ministre ? 
J'ai remarqué que vos reportages se font maintenant den France, donc j'en ai déduit que vous avez été mutée dans ce pays. Ce qui fera une bonne différence quant au régime politique. J'espère que cette mutation vous satisfera et qu'ainsi vous pourrez continuer votre excellent travail journalisitque.

michel tocson, st-jérôme

29 août 2010

Ce dernier reportage illustre bien ce que je pense que je perdrai (et sans doute beaucoup d'autres lecteurs), i.e. la nouvelle mais enrichie par votre connaissance du russe et de la Russie profonde. Vos reportages résonnent de cette compréhension. Je dois vous dire que j'ai travaillé et visité des régions comme l'Oural (Chelyabinsk, Zlatoust, etc), l'anneau d'or( Vladimir, Souzdal, etc) et le sud ouest du Caucase (Stravopol)  
 
Je vous félicite pour ce travail bien fait et je vous souhaite un aussi bon séjour de correspondant à Paris. 
 
Roger Laplante

Roger Laplante, Sherbrooke

29 août 2010

Bonjour madame Szacka, 
 
Je prend le temps de vous écrire ce matin pour vous remercier de la qualité de vos reportages en Europe de l'Est et surtout en Russie. Je vous explique brièvement pourquoi... J'ai 38 ans et en 1987 j'ai fait un voyage scolaire en Europe allemande, ( Autriche, Suisse, Allemagne etc ). Jeune adolescent de 15-16 ans à l'époque j'étais passionné par la 2ieme Guerre. 
 
Un matin brumeux, lors de ce voyage le guide touristique nous a fait arreter aux frontieres de la tchècoslovaquie et nous avions débarqués de l'autobus le temps de réaliser que... cette frontière était différente de tout ce que nous connaissions. Ayant grandit dans la région de Ottawa/Gatineau, je me souviendrais toujours de ce moment en silence et d'avoir vu, une enseigne nous ordonnant de s'arrèter sur une route de campagne qui tranchait en plein milieu de 1 km de roseaux. Au loin nous voyons bien les soldats Tchèques dans leurs tours qui représentais tout le régime de l'Est... ou plutot la Guerre Froide. 
 
Dans ma tête de jeune ado vivant en liberté, cette image est resté graver pour toute ma vie. L'envie et la curiosité de vouloir aller de l'autre coté de cette frontière venait de grandir, d'aller rencontré ces gens etc... 
 
Alors voila brièvement pourquoi, j aime vous voir aller d'un endroit à l'autre ( tout en m'imaginant les difficultées que sa apporte ) le contenu de vos reportages et des images car je n'y suis jamais retourné. 
 
Suite à votre reportage sur les J-O de Sotchi de 2014, j ai comme but d'y aller et peut etre meme pour quelques semaines, le temps d'aller voir la capitale Moscou etc... enfin j'èspère ! 
 
Ayant faite une petite carrière de danseur professionnel au Qc, evidamment la danse sera prévu dans mon itinéraire. 
 
Puissament Merci !!! 
 
André

André Simard, Montreal

27 août 2010

Madame Szacka, 
 
Je croix comprendre par vos mots que votre assignation en Russie est en train de prendre fin. C'est dommage pour les téléspectateurs et lecteurs que nous sommes car votre couverture des évènements sur l'ensemble des médias est selon moi d'une qualité exceptionnelle difficile à remplacer. Nous allons donc perdre une fenêtre et une vue sur la Russie et toute la région que vous avez su mettre en valeur de belle façon. 
 
Je relis votre carnet de 2008, sur la forêt de Khimki et je trouve très bien que vous nous apportiez une suite et aussi que vous nous donniez des nouvelles de Mikhail Beketov. Il y a décidément de bien méchantes gens pour l'avoir molesté de la sorte. Pratiquement parlant je devrais me réjouir qu'on ait pour l'instant suspendu la destruction de la forêt de Khimki car pour moi, sauver un arbre c'est un peu comme sauver une vie, c'est donc un acte d'amour et de respect de soi-même. 
 
Cependant, j'ai bien peur que la suite de mes commentaires ne passent pour « un peu » cyniques. C'est que voyez-vous, je me dis que les russes actuellement sont en train de goûter à ce qu'est le capitalisme et l'économie dite de marchés, une économie de marchés qui est bien plus souvent qu'autrement pour la forme et pas dans les faits (on établi des règles qu'on ne respecte pas).  
 
Si j'admire ces personnes qui se battent pour des causes généreuses, pleines d'humanité, j'ai bien peur que dans le contexte actuel nombre de tous ces gens n'embrassent, quelques causes perdues d'avance. Peut-être devraient ils s'en remettre à Saint Jude. Il parait qu'on ne saurait arrêter le progrès et... des autoroutes et de la spéculation immobilière, tout comme une société de classe bâtie pour les riches, c'est ça le progrès. Bientôt la Russie ressemblera à l'Amérique du nord. Et vive la globalisation ! 
 
Merci encore pour votre remarquable travail journalistique et cette approche sensible de premier ordre sans nulle autre pareille.

Serge Drouginsky, Longueuil

2011

2010

2009