2 août 2010
Dernière chronique parisienne
Je ne sais pas comment amorcer cette dernière chronique parisienne... parce que je m'en vais. Je partirai bientôt pour Washington et des reportages palpitants sur la politique américaine, je n'en doute pas une seconde. Mais j'ai le coeur gros de quitter Paris. Je vais regretter cette ville, comme on s'ennuie d'une colocataire qui a été absolument parfaite et agréable à vivre pendant trois ans.
Je ne sais pas comment parler de Paris sans avoir l'air un peu suffisante, parce qu'il est vrai que j'y ai vécu avec mes moyens de journaliste pendant 36 mois, et que, si j'y avais été une sans-abri, ou sans-papiers comme j'en ai rencontré, je n'aurais pas nécessairement la même perspective.
Mais ce que je vais regretter le plus ne se paye pas... C'est le parfait coin de ciel bleu qu'il y a ce soir, alors que je suis assise dans mon salon, regardant par les fenêtres le joli jardin de quelqu'un d'autre. Je suis tranquille chez moi, et pourtant, tout autour de moi, on vit empilés les uns sur les autres.
C'est ça Paris : on est 2,2 millions de Parisiens et, pourtant, le chant des oiseaux masque facilement le bruit des voitures. C'est vrai que, souvent, il y a trop de monde dans le métro, que ça ne sent pas bon, que les voisins font trop de fêtes chez eux qui m'empêchent de dormir jusqu'aux petites heures.
Cependant, c'est vrai aussi que mon boulanger fait la meilleure baguette traditionnelle, croquante et moelleuse, que le soir, à chaque détour, il y a une place illuminée qui me coupe le souffle, et que les Parisiens, quand on les a apprivoisés, ont des histoires fascinantes à raconter...
Et ils ont une façon de s'engueuler, bien publiquement, avec un vocabulaire de fin du monde pour s'embrasser 10 minutes plus tard. Pour une journaliste, c'est une ville fabuleuse, tout le monde a une opinion et veut la partager. Ils sont râleurs, les Parisiens, c'est vrai, et leurs petites sources de plaintes peuvent se transformer en autant de pistes de réflexion.
Ce que je ne regretterai pas, c'est la façon dont les trottoirs se sont transformés en fumoirs à ciel ouvert depuis l'interdiction de fumer dans les bureaux, restaurants, bars et cafés. Pas moyen de marcher tranquillement en ville, d'attendre un feu vert, de s'asseoir à une terrasse, d'entrer au bureau, sans avoir la fumée de quelqu'un d'autre dans le nez.
Je ne regretterai pas non plus la façon dont les grandes marques commerciales sont en train de transformer les rues de Paris en copie conforme les unes des autres. Les petits commerces indépendants cèdent tous leur place, les uns après les autres, parce que les grandes marques font flamber les loyers.
Ainsi, maintenant, la rue des Francs Bourgeois, dans le Marais, ressemble à la rue des Abbesses, dans Montmartre, qui ressemble à la rue du Bac, dans le 7e arrondissement. Ma brocante préférée a laissé la place à une boutique des collants Wolford, ma charcuterie à une chaîne de poulets rôtis, etc.
C'est dommage, et le phénomène s'étend à toute la France. À Strasbourg, Avignon, Marseille, Reims, Bordeaux, Lyon, il y a cette rue commerciale qui pourrait être n'importe où ailleurs (Zara, Lush, Sephora, Marionnaud, Virgin et ainsi de suite l'enfilade des enseignes). Ça me fait penser à Disneyworld et à son concept de « Main Street, USA ». C'est réducteur.
Je vais regretter la facilité avec laquelle on peut s'arrêter n'importe où et trouver un bon café. Je vais regretter le luxe tout à fait inabordable qu'on voit dans certaines vitrines, devant lesquelles on ne peut que rêver comme devant autant de vitrines de Noël qui seraient décorées toute l'année.
Je vais regretter le sillage parfumé des hommes et des femmes que je croisais parfois en allant au bureau à pied. J'ai aimé vivre ici. Même 36 mois plus tard, je m'émerveille chaque fois que je m'y promène. Pour paraphraser Jules Renard, Paris est à deux lettres du paradis...
Écoutez les reportages de Manon Globensky sur notre page
« International »
Elle fait ses débuts comme reporter radio en 1986. Elle occupe le poste de correspondante parlementaire à Ottawa de 1994 à 2004, tout en faisant quelques couvertures à l'étranger. Ainsi, elle se rend au Kosovo en 1999, en Afghanistan entre 2001 et 2006, au Koweït et en Irak en 2003. Elle est également sur place lors du départ du président Jean-Bertrand Aristide d'Haïti, en 2004.
Lorsqu'elle était correspondante au Proche-Orient de 2004 à 2007, Manon Globensky a suivi le retrait israélien de la bande de Gaza, l'élection du Hamas lors des législatives palestiniennes et les récentes tensions entre le Fatah et le Hamas. Elle a aussi couvert les élections présidentielles en Égypte, les importants changements politiques au Liban et la guerre entre le Hezbollah et Israël en 2006.
5 août 2010
Pour moi, Paris c'était toujours la destination de mes escapades de fin de semaine avec mes copines. C'est vrai, on allait à Paris pour se réapprovisionner en parfum, boire un verre au Drugstore des Champs Élysées, mais aussi pour prendre un bain de culture et se tremper dans cette ambiance parisienne qui demeure unique au monde. Bonne chance pour votre prochaine mission et merci pour vos chroniques.
Marie-Anne Bouchat, Chelmsford, ON
4 août 2010
Bonjour, J'ai du vous croiser plusieurs fois dans les rues de Paris sans savoir qui vous étiez. Peut être étais-je une de ces parisiennes qui laisse du parfum sur leur sillage ou de celles qui râlent sur les trottoirs débordants de vie ou à la terrasse d'un café dégustant un thé pour ma part ou autre activité parisienne préférée et qui fait comme vous le dites si bien le charme de Paris et des parisiens.
J'habite la place des victoires ,mais je suis également une citoyenne de monde. Je voyage beaucoup. C'est ma grande passion. Au moins 5 pays par an. Je suis architecte décoratrice spécialiste d'espaces Zen et la réalisation de Spa en particulier, en bref ce qu'on appelle communément chez nous une chasseuse de concepts zen . Je suis pour 2 semaines et demie encore au canada , un vieux rêve d'enfance. Et oui, j'ai enfin passé le cap :pour la petite histoire, je passais mes journées d'adolescence à écouter radio canada et cela pendant des années en rêvant un jour d'y aller et de m'y installer !!!
Pourquoi ?et bien pour pas mal de choses, tout d'abord cette mixité de culture qui fait tout votre charme, ces étendues verdoyantes à couper le souffle, cette façon que vous avez de vous accorder avec un climat qui jouerait avec les nerfs de n'importe quel européen et cela avec une élégance tout américaine et ce fameux sirop d'érable que vous aimez à en faire votre emblème culinaire et que mon palais ne réussit toujours pas à apprivoiser et enfin Rock Voisine dont j'écoute les chansons avec délectation depuis que j'ai l'age de 14 ans. J'en ai 38 aujourd'hui et je ne m'en lasserai jamais ces chansons. sa voix me parle ! et oui on ne se refait pas .vous nous racontez Paris. j'aimerais tellement vous raconter ce que je vois et de forcer ainsi le trait de ce pont qui a finalement pour moi jamais cesser d'exister rythmé par un sentiment commun et profond que nous appellerons "la joie de vivre "!! qu'en pensez vous ?
au plaisir de vous lire
Nassila du Chatelle Resie
Nassila Du Chatelle Resie, Paris
4 août 2010
Bonjour. Je découvre ce carnet le jour où vous partez à Washington. Dommage mais j'ai apprécié votre plume et je suivrai vos nouvelles aventures américaines avec plaisir. Bon voyage et à bientôt à Paris.
Martin Menu, Paris
4 août 2010
Je vous écoute tous les matins de 8h00 à 8h15 les jours où on vous donne du temps d'antenne, parce que je suis intéressé aux affaires concernant l'Europe et l'Afrique que vous couvrez.
J'ai apprécié vos analyses sur la situation européene (un "A" certain), donc je vous félicite et vous souhaite bonne chance pour la suite.
Dominique Raymond, Ripon
4 août 2010
Paris c'est la ville où je suis né. C'est la ville où encore jusqu'à date j'ai le plus longtemps vécu. J'y ais connu le meilleur et le pire. C'est une ville d'art ; pour y étudier, pour s'y cultiver il n'y a guère de meilleur endroit au monde. C'est aussi une ville de pouvoir et c'est à mon avis ce qui dessert le plus cette cité. Si vous n'occupez pas une place à côté du pouvoir (ou avec) vous pouvez dire adieu à vos rêves, tous vos rêves, vous n'y réussirez jamais rien. À Paris, il faut être avec le pouvoir toujours. C'est la ville par excellence des opportunistes, il y faut un bonne dose d'hypocrisie pour y demeurer longtemps. C'est ce qui explique que c'est aussi plus souvent qu'autrement un lieu où on ne fait que passer. C'est ce miroir dans lequel on se mire. On s'y trouve très beau, puis très laid au grès des humeurs du temps.
C'est vrai que la vie de quartier n'a pas son pareil. C'est vrai qu'il y a des lieux magiques. Pour moi le jardin du Luxembourg est une de ces places secrètes. Lorsque je retourne rue Bonaparte à l'École des Beaux-Arts où j'ai étudié, j'ai l'impression alors de rentrer à la maison. Mon coup de crayon redevient plus gracieux et alerte. Et souvent je regrette les bonnes bouteilles de pinard qui encore ne coûtent que quelques Euros ou les virées bien arrosées aux café des Deux Magots... Mais tout cela ma foi devait être de la faute de cette femme infidèle, elle s'appelait je croix : Nostalgie. Était-ce encore hier ou dans une autre vie ? Qui du reste se souvient encore d'elle ?
Bonne chance madame Globensky dans vos nouveaux offices. J'espère que nous aurons toujours le plaisir de parcourir vos chroniques « Washingtoniennes ».
Serge Drouginsky, Longueuil
3 août 2010
Merci Madame Globensky, votre description de Paris est touchante d'une vérité que je partage pour avoir la chance d'y vivre 13 mois. Moins que vous (chanceuse) mais assez pour adorer cette ville que vous décrivez si bien et ces habitants mal aimés.
Marie-Andrée Desmeules, Chicoutimi
3 août 2010
Paris est tout sauf ennuyeuse, parfois pleureuse mais toujours pimpante.
Une ville qu'il faut revoir le plus souvent du monde.
Éternelle Paris!
Louie Bouchez, Montréal
3 août 2010
Merci pour cette belle chronique sur Paris. J'y ai vécu neuf années avant de revenir à Montréal en 1999 et je suis toujours aussi nostalgique. Pour moi, Paris, c'est un ensemble de villages collés les uns aux autres, où tout est à proximité, où l'on connait (et apprécie ou non) ses voisins, ses commerçants. Mes deux enfants y sont nés et la vie avec des petits y était douce et facile dans les squares et les parcs, avec des services bien organisés et disponibles à proximité (pédiatres, garderies, hôpitaux, centres aérés etc) et nos six semaines de vacances par an. Comme madame Globensky, j'ai aimé les débats, le choc des idées (Paris n'est pas pour rien le berceau de la Révolution...). Les Parisiens sont dépareillés et ont plein d'histoires à raconter; on n'a pas cette impression que tout le monde a une vie à peu près pareille... Certes, je ne m'ennuie pas de leur tendance à l'engueulade, (tout le monde engueule sa femme, son chum, son enfant ou son chien sur la rue) mais le débat perpétuel de société qui règne à Paris me manque. Je ne m'ennuie pas des embouteillages à la place de Clichy, mais de la majesté des avenues, des jolies places et de mon village Santos Dumont dans le 15e... Je ne m'ennuie pas de la foule constante partout en tout temps, mais de la Seine et de tout ce qu'elle évoque et nous enseigne... Je regrette le magasinage et le lèche-vitrine rue de Rennes, nos amis, nos pics-nics au quai de Jemmapes, les idées diversifiées qui courent, s'échangent et innovent, et comme Brel, je voudrais chanter Paris, je reviens... Un jour...
Jacqueline Tison, Montréal
3 août 2010
Vous y reviendrez en vacances, on vous accueillera à bras ouverts !
Bon séjour à Washington.
Marc Le Pihiff, La Gacilly, France

