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Mercredi 19 juin 2013 7 h 05 HAE


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Carnet Alexandra Szacka

24 juin 2010

La tragédie kirghize


« Moi, j'ai l'intention de quitter Osh le plus tôt possible, et pour toujours », nous dit Artur Dudiev, 20 ans. Chauffeur du taxi qui nous emmène vers l'aéroport, à la fin de notre séjour ici, le jeune Russe est totalement dégoûté par la violence qui a déferlé sur sa ville natale. Maintenant, il veut fuir, le plus loin possible. Pour cesser de penser à l'horreur dont il a été témoin. 
 
Nous traversons une dernière fois Cheriomushki, un quartier ouzbek complètement détruit par le feu et les pilleurs. Un peu plus loin, sur une des rues principales de la ville, nous passons devant ce qui semble avoir été un édifice imposant, lui aussi calciné. « C'était un hôpital ouzbek, très moderne. Ici, on soignait l'élite », nous informe Artur.  
 
Sur les édifices et les maisons qui n'ont pas été touchés par le feu, les lettres KG écrites à la hâte, bien en évidence. Cela veut dire : ces maisons appartiennent aux Kirghiz, il ne faut pas les détruire. 
 
Interprétations contradictoires 
 
Comme les interprétations sont diamétralement opposées selon qu'on s'adresse à un membre de la communauté kirghize ou ouzbèke, nous demandons qui, selon lui, est responsable des violences de la semaine dernière.« Ce sont les Kirghiz qui ont attaqué les Ouzbeks », dit-il. 
 
Deux jours plus tôt, devant la mairie d'Osh, des dizaines de personnes attendent pour être évacuées, par autobus, vers Bichkek, la capitale. Nous nous approchons de deux femmes kirghizes. Elles nous racontent comment, le jeudi 10 juin, les Ouzbeks se sont rendus à la mosquée, y ont reçu des armes à feu, avec lesquelles ils ont attaqué leurs voisins kirghiz. 
 
Pas très loin, je vois une jeune femme fondre en larmes. Son visage se crispe de colère. Je m'approche. Elle est Russe. Elle refuse catégoriquement de parler à la caméra. Mais, une fois la caméra arrêtée, elle n'arrive pas à retenir sa rage. 
 
« Tout ce qu'elles racontent, ce sont des mensonges! Les Kirghiz ont assassiné des Ouzbeks comme les nazis assassinaient les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. C'était un vrai carnage ». Elle sanglote, inconsolable.« On ne pourra plus jamais vivre ici », laisse-t-elle tomber, désespérée. 
 
On ne sait pas encore de façon précise ce qui a déclenché ce qui apparaît de plus en plus comme une tentative de nettoyage ethnique contre la minorité ouzbèke, qui forme 14 % des 5,6 millions d'habitants du Kirghizistan, mais plus de la moitié de la population ici, dans le sud du pays. Il y avait bien des tensions entre les deux communautés depuis des années.  
 
Les Ouzbeks, plus riches, plus industrieux, faisaient l'envie de leurs voisins kirghiz qui, eux, forment l'écrasante majorité de la fonction publique, de l'appareil de l'État et des forces de l'ordre. Deux communautés qui vivent côte à côte, mais qui se mélangent très peu, les mariages et les entreprises à composition ethnique mixte étant une rareté. 
 
Des violences téléguidées? 
 
À ces divisions traditionnelles se sont ajoutés les bouleversements du mois d'avril. Le président du pays, Kourmanbek Bakiev, a été renversé et remplacé par un gouvernement provisoire dirigé par Rosa Otounbaïeva. Or, Bakiev et tout son entourage sont originaires du sud du pays et, depuis avril, ils ont démontré à plusieurs reprises qu'ils n'allaient pas laisser tomber le morceau si facilement.  
 
De sérieux soupçons pèsent contre l'ancien président et ses proches d'être à l'origine de la violence qui, selon les dernières estimations, aurait coûté la vie à près de 2000 personnes. Quatre cent mille autres auraient fui leurs maisons vers l'Ouzbékistan voisin, qui a fini par fermer la frontière. L'écrasante majorité des morts et des réfugiés sont des Ouzbeks, ce qui favorise encore plus la thèse du pogrom pur et simple.  
 
Les récits des viols, des assassinats et des vols glacent le sang. Mais ce qui est le plus inquiétant, ce sont les preuves de la participation des forces armées et des forces de l'ordre (en majorité composées de Kirghiz) dans les atrocités. Des vidéos des blindés de l'armée entrant dans les quartiers ouzbeks et tirant sur la foule circulent sous le manteau. 
 
Les partisans et les proches de Bakiev, lui même d'ethnie kirghize, n'auraient pas supporté que les Ouzbeks appuient ouvertement le nouveau gouvernement de transition et demandent plus de droits dans la nouvelle constitution, devant être soumise au référendum le 27 juin prochain. 
 
Nous quittons la ville d'Osh le coeur lourd. Nous laissons derrière nous une population ouzbèke totalement à la merci du pouvoir et des voisins kirghiz. Les barricades dont ils ont entouré leurs quartiers pas encore détruits ont été démontées par les autorités. Les journalistes étrangers, témoins potentiellement gênants, ont presque tous quitté la région. Les Ouzbeks restent pratiquement seuls face à un danger mortel. Le pouvoir central, terriblement affaibli par les évènements, n'est de toute évidence pas en mesure de les protéger. 
 
À quoi peut-on s'attendre dans les prochaines semaines, je demande à Raya Kadyrova, présidente de la Fondation pour la tolérance internationale, une ONG kirghize, alors que nous montons dans l'avion qui nous emmène vers la capitale.« Je suis très pessimiste », dit celle qui vient de compléter une tournée de quatre jours dans le sud ravagé. Une véritable guerre interethnique, une guerre de partisans, n'est pas à exclure, selon elle.  


Regardez les reportages d'Alexandra Szacka sur notre page
« International »

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Écrivez-moi à : carnets@radio-canada.ca
Alexandra Szacka mène une carrière journalistique depuis plus de 20 ans, d'abord à Radio-Québec aux émissions Nord-Sud et Arrimage, puis à Radio-Canada.  
 
Elle a été journaliste aux émissions Enjeux (1990-1998 et 2000-2002) et Zone libre (2002-2005). Elle a aussi été coordonnatrice du bureau des réseaux français de Radio-Canada à New York (1998-2000).  
 
Elle a travaillé à la salle des nouvelles de la télévision de Radio-Canada de 2005 à 2007, proposant notamment des séries de reportages tournés en Pologne et en Afghanistan. Elle a séjourné plusieurs semaines en Afghanistan d'où elle a proposé de nombreux reportages dans des conditions extrêmement difficiles.  
 
Plusieurs prix ont récompensé son travail, dont le prix Judith-Jasmin à deux reprises. La journaliste a obtenu ce dernier notamment en 1989, avec un reportage sur la dette extérieure du Mexique, pour lequel elle a également gagné le prix du meilleur reportage étranger de la Communauté des télévisions francophones. En 1994, elle a remporté la Plaque de bronze du Festival de Columbus, et en 2004, le prix Gémeaux du meilleur texte pour le reportage « Chili, trente ans plus tard ».  
 
Détentrice d'une maîtrise en anthropologie de l'Université Laval, Alexandra Szacka parle couramment cinq langues: français, anglais, espagnol, polonais et russe.  
 
Depuis septembre 2007, elle est chef de bureau à Moscou pour CBC et Radio-Canada.

1 juillet 2010

Encore ! 
 
Bonjour madame Szacka, 
J'ai eu l'occasion d'écouter vos reportages t.v. sur la situation actuelle au Kirghizistan, et nous ne pouvons que trouver très triste cette situation de nettoyage ethnique entre deux peuples qui devraient normalement pouvoir vivre ensemble. 
 
Il nous faut constater que le fait de détenir la richesse, le pouvoir du travail, attirent l'envie ou la jalousie de nos voisins, et qu'éventuellement au moindre signal, la folie meurtrière éclate. Il y a sous-jacent à cela une guerre de pouvoir politique, et il est facile defaire le lien entre les deux situations, mais encore là, on est prêt à sacrifier des vies humaines, une relative paix sociale, au profit du pouvoir. Mal en est-il ! 
 
Force aussi est de constater que les Ouzbeks du fait de leur cloisonnement, et de leur fermeture face aux Kirghizs ont aussi créé leur propre malheur. Il faut être en mesure de s'ouvrir à l'autre peuple, justement afin d'éviter cette forme d'isolation face à une majorité présente en ses murs. Mais tout cela n'excuse pas ce qui se passe là-bas en ce moment. 
 
Il est à souhaiter que l'État puiisse être en mesure de rétablir l'ordre et qu'une certaine paix sociale reprenne vie, quitte à s'asseoir et ouvrir le dialogue entre ces deux peuples et ainsi créer une ouverture de rapprochement. 
 
Force aussi est de constater que ce genre de situation se répète ad nauseam en diverses régions du monde, de telle sorte que l'Homme soit toujours en guerre avec lui-même. À l'origine, il y a toujours une guerre de pouvoir, ou une guerre de religion. Le monde assiste impuissant à ces carnages et ne peut qu'espérer qu'un jour la paix revienne en ces différents lieux. Mais qu'est-ce que la paix ? 
Est-ce que la paix est le fait d'anéantir l'autre, de l'éliminer, d'effacer toute trace de vie d'un sous-groupe impuissant à se défendre ? Si c'est cela la paix, alors il n'y aura jamais de paix, l'Homme sera toujours en guerre contre l'Homme. Triste constat !  
 

michel tocson, st-jérôme

30 juin 2010

Sous le juge de la pouvoir sovietique Ils étaient les peuples fréres, - Empire du mal, n'est ce pas?

Phincher Larry, Montreal

25 juin 2010

Ouf! Ce récit est bouleversant et très triste. Mme Szacka est une excellente journaliste de terrain et on sent dans ce texte le noeud qu'elle a à la gorge.

Yvon Chenier, montréal

25 juin 2010

Et que vous etes rendue loin! Vous!....Y a rien que des journalistes, des explorateurs ou Marco Polo lui-meme qui puissent donner des nouvelles de ce coin de la planete!. La Route de la soie...vous etes a l ouest du Sin Kiang chinois ou des troubles inter-etniques ont eut lieu dernierement....au nord du Pamir Afghan...pas loin de la Steppe de la Faim (R.G.)....Plus a l Ouest: La mer d Aral qui agonise! Wow! Quels endroits! Meme si les décors doivent etre magnifiques! 
C est avec le livre de Rene Grousset: L empire des steppes que j ai jadis prit connaissances de ces pays...chasse gardées des Genghis Khan, Tamerlan, Hulagu.... 
Ignorant a peu pret de tout de la Politique Contemporaine de ce coin la...Je ne peu que leur souhaiter qu un Grand Khan politique mette de l HORDE la-dedans!......En tout cas.....En attendant grace aux journalistes....Le voile est levée!.......

Normand Lemay, Trois-Rivieres

24 juin 2010

J ai toujours pense que  
lorsqu on fait partie d une Minorite Ethnique 
il est nettement PREFERABLE  
d etablir des LIENS SOLIDES  
( mariage, partenariat professionnel et d affaires ) 
avec les membres de l Elite de la Majorite Ethnique 
 
C est ce que decouvrent aujourd hui la Minorite Ouzbeque malgre la richesse de ses membres.

Victor Nazaire, Ottawa

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