16 avril 2010
Santé maternelle et prévention
La revue médicale britannique The Lancet vient de publier un article qui fait plaisir : la mortalité maternelle est en très nette diminution à l'échelle de la planète. Dans cette étude minutieuse, qui portait sur 181 pays et scrutait la période 1980-2008, les chercheurs ont mis en évidence une diminution de près de 35 % du nombre des femmes mortes à cause de leur grossesse, de leur accouchement ou des suites de ce dernier.
En chiffres absolus, on est passé de 525 000 décès en 1980 à 345 000 en 2008. En un peu moins de 30 ans, c'est remarquable. Et vraiment très encourageant.
Le progrès est possible
Bien sûr, ce ne sont pas tous les pays qui ont enregistré d'aussi beaux progrès. Mais dans de grandes populations – entre autres, la Chine et l'Inde – on a marqué des points importants. Et n'eût été la pandémie de sida, la réduction de la mortalité maternelle aurait été encore plus nette, puisque sans le virus du sida, on aurait sans doute épargné une soixantaine de milliers de décès en 2008, d'après les calculs des chercheurs.
Point encourageant : le fait qu'on ait réalisé des progrès ici prouve qu'on peut en faire là. Et que la mortalité maternelle peut encore être diminuée.
Les chiffres ont beau être encourageants, 345 000 femmes qui meurent chaque année de leur grossesse ou de leur accouchement, c'est encore infiniment trop. Or, on voit qu'il est possible de lutter contre ce drame humain et contre ce fléau de santé publique.
Santé maternelle
Ce qui m'a intéressé dans cette étude, ce n'est pas seulement la diminution des décès. C'est la raison de cette diminution.
Ou plutôt les raisons. Que les chercheurs énumèrent, dans l'ordre, de la façon suivante :
1) une baisse du taux de fécondité;
2) une augmentation du revenu disponible, notamment en Asie et en Amérique latine;
3) une augmentation du niveau d'éducation des femmes;
4) une augmentation du nombre d'accouchements qui se font avec l'assistance de personnes qualifiées.
Ce qui est remarquable, c'est que les trois premières raisons ne relèvent pas de la prévention au sens médico-médical du mot. Elles relèvent de changements et d'améliorations d'ordre social, culturel, économique. Elles découlent d'un progrès global, humain, bénéfique aux individus comme aux collectivités.
Dans le sens large du mot, donc, la prévention fonctionne. Elle donne des résultats tangibles, mesurables et mesurés.
Il y a, à mon sens, une autre leçon à tirer de cette étude. Comme on vient de le voir, la prévention de la mortalité maternelle passe par une baisse du taux de fécondité. Autrement dit, par le fait que les femmes ont effectivement les moyens de contrôler leur reproduction. Y compris par la contraception. Y compris, au besoin, par des interruptions de grossesse pratiquées dans de bonnes conditions, humaines et médicales.
Si l'on veut réellement faire la promotion de la santé maternelle, comme le gouvernement canadien le proposera aux chefs de gouvernement du G8 qu'il recevra cet été, il est essentiel d'aider les femmes à contrôler leur fécondité. C'est ce que Hillary Clinton a fait remarquer sans détour à Stephen Harper lors de leur rencontre, à la fin mars. « Il n'y a pas de santé maternelle sans santé reproductive, a déclaré Mme Clinton. Et la santé reproductive inclut la contraception, la planification familiale ainsi que l'accès légal et sécuritaire à l'avortement. »
Nul doute que l'étude publiée par The Lancet donne un poids supplémentaire aux propos de la secrétaire d'État américaine.
Écoutez Les années lumière, animée par Yanick Villedieu
Après ses études à l'École supérieure de journalisme de Lille, en France, et quelques années de journalisme général, Yanick Villedieu a commencé à faire du journalisme scientifique et médical au milieu des années 70. Au magazine Québec Science notamment, puis, pendant deux ans, à la télévision de Radio-Canada, à l'émission Science-Réalité.
Depuis 1982, il a animé à la radio de Radio-Canada l'émission Aujourd'hui la science, devenu Les années lumière. Il collabore également au magazine L'actualité.
Les champs d'intérêt principaux de Yanick Villedieu sont la médecine et la biologie - deux des domaines les plus fascinants et les plus actifs de la science contemporaine -, notamment ces grandes questions de l'heure que sont le cerveau, le cancer, le sida, la génétique fondamentale et appliquée...
Il a publié quatre livres: Demain la santé (Québec-Science Éditeur, 1976), Le Québec sur le pouce (Éditeur officiel du Québec, 1978 et 1984), La Médecine en observation (Les Éditions du Boréal, 1991) et Un jour la santé (Les Éditions du Boréal, 2002).
16 avril 2010
Excellent article. Ce sujet m'intéresse particulièrement, surtout la condition des futures mères, des femmes en Chine. Auriez vous par hasard le lien en question menant à ce rapport d'études de The Lancet?
Je vous en remercie.
Stéphanie BELLENGER, Montréal













