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Mercredi 19 juin 2013 19 h 40 HAE


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Carnet Alain Gravel

18 janvier 2010

La futilité


Je ne sais pas si vous êtes comme moi. Depuis le tremblement de terre en Haïti, tout, autour de moi, semble futile. Tout ce qu'on raconte à la radio, à la télévision ou sur Internet. Tout ce que je fais dans mon travail. Toutes les enquêtes sur lesquelles on planche. 
 
Depuis la grande catastrophe haïtienne, la vie en général devient tout à coup futile. Tous les grands débats publics qui normalement nous animent comme société. Et aussi toutes nos activités quotidiennes. 
 
On finit par se demander à quoi sert tout ce que l'on fait ici. On a l'impression qu'on devrait tous partir là-bas pour aider. Et qu'en dehors de cela, il n'y a plus rien qui vaut la peine. 
 
Dany Laferrière et l'urgence de vivre 
 
Heureusement, il y a Dany Laferrière, qui sait si bien avec sa verve habituelle et son humour déstabilisant, nous ramener à l'essence des choses. 
 
Dimanche, j'ai assisté à la soirée Excellence de La Presse/Radio-Canada. J'ai été témoin de son couronnement comme personnalité de l'année. Quand j'ai entendu son nom, j'étais, comme tout le monde, extrêmement ému.  
 
Je me demandais comment il allait réussir à parler sans s'effondrer. Bien sûr, il était ému. Bien sûr, on sentait que la semaine qu'il venait de vivre avait été « fabuleusement » pénible, comme il l'a si bien dit. 
 
Mais ce qu'on retient de sa présence sur le plateau de France Beaudoin, c'est son urgence de vivre. C'est son rayonnement, son sourire. Que la célébration de la vie était tout aussi importante que la sensibilisation aux drames les plus tragiques.  
 
Il a déclaré: « Mardi, j'étais couché par terre. Là, on est dimanche et je suis ici, debout pour recevoir un prix dans un gala. [...] Je ne suis pas ici pour me reposer. Je suis ici pour dire ce que les gens en Haïti vivent. » 
 
La semaine dernière, Dany Laferrière avait le mot juste aussi pour remettre les choses en place. Qu'il n'y avait pas de malédictions affligeant Haïti. Que le pays avait été la cible d'une immense catastrophe naturelle. Un point c'est tout. 
 
Comme bien des journalistes, je me suis rendu à quelques reprises en Haïti. J'en suis parfois revenu découragé, en voyant les gouvernements là-bas se succéder au gré des coups d'État ou des magouilles. 
 
Parfois aussi, je constatais à quel point les dirigeants de ce pays manquaient de leadership. 
 
En regardant Dany Laferrière, dimanche soir, j'ai eu l'impression qu'il incarnait ce dont Haïti a besoin. Un homme qui était par terre mardi dernier et qui, quelques jours plus tard, s'est remis debout, prêt à tout recommencer. 
 
En l'écoutant, plusieurs d'entre nous se sont rendu compte que les écrivains et les artistes sont aussi importants à la vie d'un pays qu'un président ou un premier ministre.


Regardez Enquête, animée par Alain Gravel

Vous avez des questions, des remarques ou voulez me suggérer des thèmes que je n'ai pas abordés?

Écrivez-moi à : carnets@radio-canada.ca

Alain Gravel est journaliste depuis 30 ans. Il s'amuse à dire qu'il est « le spécialiste des généralistes », puisqu'il a touché un peu à tout dans sa carrière. Il a fait de l'information locale, régionale, nationale et internationale, tant à la radio qu'à la télévision, en nouvelles comme en affaires publiques.

Il a étudié en arts et technologies des médias au cégep de Jonquière, puis en sciences politiques à l'UQAM, sans avoir terminé son baccalauréat (il tient à le préciser).

Alain Gravel a commencé sa carrière à la radio en 1978, tout d'abord à Québec, puis à Jonquière et finalement à Montréal à CKAC-Télémédia. Là, durant les années 80, il a fait ses premières grandes couvertures journalistiques, comme l'histoire des soeurs Lévesque et le massacre des élections ratées en Haïti en 1987.

Il est passé par la suite à TVA, où il a couvert entre autres la crise d'Oka de 1990 et la guerre du golfe Persique en 1991.

En 1993, il s'est joint à l'équipe de l'émission Le Point à Radio-Canada, animée à l'époque par Jean-FrançoisLépine. Il y a réalisé des reportages aussi divers que la légalité des «danses à 10$» ou les premières élections présidentielles en Afrique du Sud.

En 1997, Alain Gravel est devenu animateur de l'émission Enjeux. Il y est resté 10 ans, en multipliant encore les sujets d'intérêt public.

Il a signé ces dernières années quelques documentaires, tout en assumant une charge de cours en journalisme à l'UQAM.

Avec ses collaborateurs, il a remporté au fil des ans six prix Gémeaux, le Prix Italia 2004 pour un reportage sur la téléréalité, et un prix au New York International Documentary Festival pour un documentaire sur les délateurs.

Depuis l'automne 2007, Alain Gravel anime l'émission Enquête à la télévision de Radio-Canada.

Il a présidé la Fédération professionnelle des journalistes du Québec de 2004 à 2007.

24 janvier 2010

Je comprends cette émotion et je la partage aussi. Mais au-delà de ce sentiment, je pense que c'est aussi important de nous dire que nous sommes chanceux d'être en vie et chanceux d'en avoir une confortable, si on la compare. C'est encore plus important de ne pas la gâcher, et de la vivre du mieux qu'on peut. Encore plus grand, serait de faire une action conséquente à cette prise de conscience et dans ce cas, les choix sont nombreux. Il ne s'agit pas seulement de donner des sous, mais d'être à l'écoute, de partager, de donner son temps, de continuer à s'informer, de s'impliquer, de militer... 
autant que de faire le ménage sur ces choses futiles justement, et les rayer de notre quotidien, se concentrer sur l'essentiel. 
 
Je tiens à préciser que je suis d'accord sur l'importance de l'art et la culture sont importants à la vie d'un pays, les poumons de la société.

Claudia Guerra, Montréal

19 janvier 2010

Votre questionnement sur les successions en Haïti s'avèrent juste et dotés de bons sang et de questionnement sur l'avenir du régime Haïtien. 
 
Je ne connais pas l'histoire d'Haïti, mais croyez-vous que cette Catastrophe fera en sorte que le régime Haïtien change. Je parle de changement de dirigeants. 
 
Le Canada et les États-unis ainsi que d'autre pays doivent pouvoir discuter avec les dirigeants Haïtiens et permettre ainsi la réorganisation future de la hiérarchie de l'État Haïtien. 
 
Il est vrai que l'aide de secours immédiat doit continuer à être acheminée advenant une dissension avec certains dirigeants Haïtiens. 
 
C'est pour cela qu'il faut d'abord viser à une meilleure relation avec les Locaux et les nationaux et déterminer lesquels sont les plus efficaces pour défendre, reconstruire, et faire réorganiser l'économie Haïtienne. 
 
Et si il y a des montés de violences, eh bien, que nous puissions protéger les chefs politiques qui valorise la démocracie, la paix, l'essor culturel et économique...pour éviter de faire tomber celà comme une birmanie ou un timor oriental... 
 
n'est-ce pas mr. Gravel?

Stéphane Fraser, Longueuil

19 janvier 2010

Monsieur Gravel 
À votre dernier paragraphe, j'ajouterais les journalistes qui sont tout aussi importants et sans eux la démocratie n'existerait pas ici. 
Merci

Lucille Cormier, New Richmond Qc

19 janvier 2010

Mr Gravel. 
Tout comme vous, ma vie a basculé depuis mardi dernier en ce sens que tout me semble artificiel dans nos vies. 
Boire de l'eau a + d'importance qu'avant etc.. 
J'ai. comme vous, été touchée d,entendre Dany Laferrière et je retiens le même message . 
Les artistes et écrivains ont un pouvoir très fort de nous faire comprendre ce qui est !  
L'HISTOIRE de n'importe quel pays est celui de ses artistes et poètes qui vivent à travers les siècles. 
Que dire de cette chanson: quand les hommes vivront d'amour !

Claire Thibaudeau, Sherbrooke

19 janvier 2010

John Jarry de Laval a si bien dit : " il y a QUELQUE CHOSE qui ne tourne pas rond " en Haiti . 
 
Ce quelque chose , c est l ELITE d Haiti, ce sont les leaders politiques, la classe politique haitienne et les leaders economiques. 
 
Comme ces commercants haitiens qui ont profite de cette catastrophe pour grimper artificiellement leurs prix. Faire fortune aux depens du malheur des autres. 
 
FAIRE FORTUNE AUX DEPENS DU MALHEUR DES AUTRES.. 
 
Voila ce qui ne tourne pas rond en Haiti et dans la classe politique et au niveau des acteurs economiques .

Victor Nazaire, Ottawa

18 janvier 2010

Monsieur Gravel, 
Votre texte m'a beaucoup touché. Et je partage entièrement votre émotion. C'est une extraordinaire leçon de vie que sont en train de nous donner les Haïtiens malgré leur grande souffrance. 
En regardant Dany Lafferrière dimanche... j'ai pleuré. Non pas de tristesse, mais d'espoir! Il était par terre, il est maintenant debout... La preuve que tout est possible lorsqu'il y a "urgence de vivre"! Et cette urgence de vivre, les Haïtiens l'a possède plus que plusieurs d'entre nous.

Linda Bossé, Longueuil

18 janvier 2010

Monsieur Gravel, 
 
Votre texte reflète parfaitement mes pensées. J'étais en Haïti en décembre dernier et au-delà de la pauvreté et de la misère j'ai vu un peuple fier, inventif, rarement inactif, souriant. L'accueil, la gentillesse et l'aide spontanée des haïtiens à mon endroit durant mon séjour m'ont profondément touchée. J'ai confiance dans le peuple haïtien, je sais qu'il sera debout dans peu de temps, qu'il se relève déjà. Je souhaite que l'aide internationale pour la reconstruction se fasse en proche partenariat avec les haïtiens afin que soit respecté leur unicité et que les femmes puisse y jouer un rôle de premier plan car elles sont le coeur du commerce et de l'économie du pays.  
 
Hélène Gagnon

Hélène Gagnon, Montréal

18 janvier 2010

Merci Monsieur Gravel pour ces mots si justes.

France Hurtubise, Montréal

18 janvier 2010

Bravo, j'ai bien apprécié votre texte. 
C'est vrai qu'une catastrophe d'une telle ampleur braque les projecteurs sur les vrais leaders (Laferrière par ex.) et les faux (Préval et son gouvernement de A à Z).

Michel Plante, Montréal

18 janvier 2010

Avez-vous fait preuve du meme ouverture quand il a eu le seisme en iran ou le tsunami  
Pourquoi on entends pas parle de sa voisine la Republique dominicaine? 
Sont-ils touchés? Y-a-t-il des blesses des victimes?  
L'homme qui est mort ce matin dans lanaudiere; sa vie valait-elle moins que celle d'un haitien? 
 
Mais surtout pourquoi une moitie de l'ile genere du tourisme et l'autre moitié une pauvrete extreme. 
Il faut profiter de la reconstruction pour voir ce qui ne va pas car c definitif et sans appel : Y'a de quoi qui tourne pas rond en Haiti

John Jarry, laval

18 janvier 2010

En réponse à votre commentaire, je vous dirais que je partage tout à fait votre sentiment de futilité. En effet, regarder les images aux nouvelles devient très pénible et on en ressent de l'impuissance. Dimanche à la télé, il m'a semblé indécent de regarder à la fois les Golden Globe et les images d'Haiti. Il y a qqchose d'absurde derière tout ça. Surtout, ce séisme décuple notre impuissance et met en évidence notre égocentrisme, notre course effrenée à la consommation, notre obsession de la performance, etc.. Et, parfois, on ne peut s'empêcher de se dire: "nous sommes dans le champ". Les Haitiens nous montrent que, dans la tragédie la plus atroce, il y a encore une part de dignité à sauvegarder. 
Je les trouve dignes et courageux devant l'Épreuve. 

Sophie Tremblay, Québec

18 janvier 2010

cher alain gravel, 
J'ai beaucoup aimé votre texte sur Haiti, je vous trouve très touchant de vous dévoiler dans vos jugements et perceptions sur les carences du peuple haitien. Jaime beaucoup comment vous donner l'exemple de dany laferière, qui sait si bien nous donner le goût non seulement de continuer à vaquer à nos occupations mais surtout de croire au peuple haitien.

Jean-Yves Rheault, Boucherville

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