21 octobre 2008
Les conditions gagnantes
Avant de discuter de « qui », il faut parler du « comment ». Avant de mentionner des noms pour la succession de Stéphane Dion, il faut voir ce qu'un éventuel candidat devra apporter à la table. Les conditions gagnantes, en quelque sorte.
D'envergure nationale
D'abord, il faut que ce soit un candidat d'envergure nationale. Trop souvent, des députés se présentent dans la course à la direction pour être chefs d'une faction ou d'une région dans le parti, plutôt que pour être le chef.
Des gens qui n'ont pratiquement aucune chance d'être élus, mais qui estiment qu'il faut un candidat du Québec, des Maritimes, un représentant des groupes ethniques de la région de Toronto, ou quelque chose du genre.
Trop de candidats gâchent la sauce, rendent la campagne plus longue et plus coûteuse, sans oublier qu'ils rendent les débats de la course à la direction ingérables et ennuyeux.
Prêt à être chef
Le corollaire de cette condition est qu'il faut des candidats prêts à être chefs. Il y a toujours des gens qui veulent se faire connaître « pour la prochaine fois ». C'est légitime, mais, encore une fois, cela rend la course plus lourde et moins intéressante.
Il ne suffit pas d'avoir quelque chose à dire, d'être le candidat qui va toujours parler d'environnement, par exemple. Il faut être prêt à assumer la direction du parti dès le lendemain du congrès, et avoir l'air, dès ce moment, d'un premier ministre en attente.
Bilingue
Le candidat doit être bilingue. En 2008, quarante ans après la Loi sur les langues officielles, on ne devrait même plus avoir à le mentionner. Mais il le faut quand même, parce qu'il y a des gens qui songent à se présenter et qui n'ont pas le niveau minimum de connaissance de leur langue seconde.
On ne parle pas ici de pouvoir lire un discours écrit par quelqu'un d'autre. Il faut être capable de parler et d'écouter les citoyens et de défendre ses idées dans un débat.
Les difficultés de M. Dion à se faire comprendre en anglais ne devraient pas être une raison pour infliger un autre chef quasi unilingue aux électeurs francophones.
Financer sa campagne
Les candidats devraient aussi, impérativement, pouvoir financer leur campagne. Le principal problème de Stéphane Dion, de son propre aveu, a été d'origine financière.
Le PLC n'avait tout simplement pas les moyens de ses ambitions. On peut longuement épiloguer sur les difficultés qu'avait M. Dion à assurer le financement du parti quand il en est devenu chef, mais une chose est certaine: les dettes de campagne des divers candidats — y compris les siennes — ont nui au financement du parti lui-même.
Quand on donne de l'argent à un ancien candidat à la direction qui veut éponger ses dettes de campagne, on ne donne pas d'argent au parti lui-même...
Il incombe donc au Parti libéral non seulement de limiter les dépenses des candidats, mais surtout de limiter leur capacité d'emprunter pour financer leur campagne. C'est plus facile à dire qu'à faire, surtout quand on pense qu'il faut aussi limiter le nombre de candidats.
Un candidat du Canada anglais
Enfin, une condition gagnante qu'on hésite à mentionner, mais qui doit quand même faire partie du débat: c'est le temps qu'un candidat provienne du Canada anglais.
Pendant 34 des 40 dernières années, le PLC a été dirigé par des Québécois (y compris les 18 dernières). Les trois derniers chefs du parti étaient des députés du Québec.
Même les Québécois pourraient y trouver leur compte. Les chefs québécois du PLC ont toujours été fortement engagés d'une façon ou d'une autre dans le débat constitutionnel.
Peut-être qu'on sortirait plus facilement des vieilles chicanes, si on choisissait quelqu'un qui n'est pas « tombé dans la marmite quand il était petit ».
Ce n'est évidemment pas une condition formelle. Mais il est clair que c'est une condition dont on parle beaucoup dans les milieux libéraux.
Pendant 30 ans, Michel C. Auger a couvert l'actualité politique québécoise et canadienne pour une multitude de médias écrits, autant en français qu'en anglais. Il aura passé dix ans à la Tribune de la presse à Ottawa ce qui lui aura permis de couvrir huit campagnes fédérales, six élections au Québec, sans oublier trois référendums, plusieurs élections présidentielles aux États-Unis et même celle... d'un pape.
Mais la politique n'est pas son seul intérêt. Il a également été affecté à la couverture de la Cour suprême du Canada dans les années qui ont suivi l'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés. Il a également assuré la couverture de plusieurs grandes commissions d'enquête, dont celle sur le dopage dans le sport qui avait suivi la disqualification du sprinter Ben Johnson et la commission Keable sur les activités des services de sécurité au Québec après la crise d'Octobre 1970.
Au cours des 15 dernières années, il a rédigé des chroniques pour plusieurs journaux dont Le Journal de Montréal, Le Soleil, The Edmonton Journal et The Globe and Mail et tenu un blogue sur Cyberpresse.ca.
Au printemps de 2007, il est devenu chef de bureau de Radio-Canada à l'Assemblée nationale, après des années à commenter l'actualité sur les ondes autant de Radio-Canada, de RDI, de CBC, de Télé-Québec et de TVA, où il a coanimé l'émission d'affaires publiques Larocque-Auger avec Paul Larocque comme analyste politique à Radio-Canada, depuis l'automne 2008, Michel C. Auger suit de près la politique provinciale, fédérale et américaine.
Il tient maintenant ce carnet sur Radio-Canada.ca, en partie pour ne pas trop s'ennuyer de l'écriture...
23 octobre 2008
...ce qu'un canidat ou une candidate a dans la tête, ce qui compte c'est son image.
Ma fille de 16 ans le trouvait bien intéressant Monsieur Dion (au grand dam de son souverainiste de père), pour son plan vert et sa manière plutôt pédagogique de présenter les choses. Suite à sa retentissante défaite, j'ai dû lui expliquer que les adultes, contrairement au discours que la plupart tiennent, sont souvent de grands enfants qui cherchent des leaders politiques en apparence forts (en gueule) qui vont leur présenter problèmes et solutions de façon manichéenne (oui, j'ai donné la définition du mot) en insistant sur le fait qu'ils s'occuperont de tout (retournez à vos vies, chanceux, je sui là).
Elle m'a répliqué qu'elle trouvait les adultes souvent bien irresponsables. Un petit sourire fier et entendu a été ma réponse...
Robert Hogue, Montréal
22 octobre 2008
M. Auger, Paul Marin est né à Windsor Ontario. De plus il a fait ses études dans cette même province. Vous avez le droit de le considérer Québécois... mais il est Ontarien de souche... donc c'est faux de prétendre que le Chef du Parti Libéral du Canada est un Québécois depuis 18 ans...
Denis Chabot, Québec
22 octobre 2008
À mon point de vue, la condition gagnante la plus importante serait que ce chef puisse nous dire de façon claire sa vision du pays qu'il veut gouverner.À ce sujet, je crois sincèrement qu'aussi longtemps que les autochtones et les francophones ne seront pas officiellement reconnus dans la constitution, on reste dans un fédéralisme stagnant, difficile à gérer. Pas surprenant qu'on se retrouve avec des premiers ministres avec une mentalité régionale.
Malheureusement, c'est pas demain la veille que le Canada anglais acceptera d'ouvrir une constitution fermée à double tour.
Je respecte ce choix que je trouve rétrograde et regrettable parce qu'il perpétue une querelle qui ne trouvera sa solution que dans l'ÉGALITÉ.
Je crois que je viens de raccourcir la liste des candidats.
Rénald Lebeuf, Henryville, Québec
22 octobre 2008
M.Auger,
Tel que mentionné par Claire et Jean-Luc une condition essentielle au prochain chef doit être une idée, une vision et un respect de cette direction.
Gilles a la sienne (Présent pour le Québec). Stephen a la sienne (Présent pour beaucoup d'idées de droite et de l'ouest). Dion avait la sienne (environnement) mais manquait d'autres conditions gagnantes. Jack en a trop.
Ça prend une vision et un chemin pour s'y rendre. Barack aux États-Unis amène cet élément alors que McCain et Sarah sautillent sur une multitude d'idées. Ils ne seront pas élus. PET en avait une. Désolé pour la séquence, mais René en avait une aussi. Jacques Lemaire dans un autre domaine avait un sytème. Guy Laliberté en a une. Paul Martin en avait une pour les finances... seulement pour les finances. Jacques Parizeau en avait une. Les chefs ont des visions et savent les transmettre.
J'ai bien peur que les Cauchon, Coderre, Ignatieff, Rae, Pet fils n'en ait pas. Et si Jack ne s'en dote pas d'une, le parti conservateur et le bloc seront à nouveau seuls dans le domaine de la vente de vision pour la prochaine élection. Avec le résultat qu'on connait. il est peut-être temps de remettre la constitution et l'unité d'un pays à l'agenda avec les étapes économiques et environnementales qui seraient subséquentes. Mais ça prendra des culottes!!!
Alain Cloutier, La Prairie
22 octobre 2008
Pour que le peuple écoute et suive, il faut que les Mandarins connaissent des choses et même beaucoup de choses.
Mais l'inné et la qualité intrinsèque de commander, de montrer la voie, ne sont pas des choses qu'on peut apprendre en cours de route. Monsieur Dion en est la preuve la plus récente. C'est quelqu'un qui connaît beaucoup de choses, mais ce n'est pas un Mandarin.
Bonne chance au prochain chef.
Victor Morales, Laval
22 octobre 2008
Ce qui est triste dans la position du Parti Libéral du Canada c'est que le pays est dans le même bourbier qu'avant les élections. Les conservateurs vont proposer et disposer (lois, budgets etc.) à leur guise au moins jusqu'en mai 2009 puisque aucun des autres partis ne sera en en position de faire tomber à nouveau le gouvernement. M. Dion devrait abandonner son poste sur le champs et les libéraux devraient le remplacer de façon permanente le plus tôt possible afin de rétablir le rapport de force entre la gouvernance et les oppositions.
Michel Lacey, Cadillac
22 octobre 2008
Bonjour Mr Auger.
Comme bien des internautes , je vous écoute et vous lis quotidiennement .
Je pense que vous avez été surpris des déclarations de Stéphane Dion .
A-t-il pris la bonne décision?
J'en doute car le sujet omniprésent des libéraux est centré sur : qui sera le prochain chef et quels seront les conditions gagnantes pour regagner l'électorat.
On se rappellera que des partis ont déjà disparu faute de répondre aux besoins réels .
Le parti libéral a-t-il ce qui nous convient et la même question se pose pour les conservateurs ....
Nous évoluons mais pas avec les partis traditionnels .
Harper ne peut se réjouir d'être au pouvoir car le message ne passe pas vraiment et c'est pareil pour les libéraux.
C'est la chaise musicale présentement .
Est-ce normal que le bloc ait autant de sièges ?
Ce sont des réalités .
Lorsque les jeunes décideront de voter , de nouveaux partis seront élus car les enjeux ciblés ne sont plus ceux des partis traditionnels.
Le prochain chef du parti libéral * que ce soit Bob Rae ou autres devront vivre la même débacle et idem pour les conservateurs.
On verra de nouveaux enjeux nous séduire , des idées accrochantes nous éloigneront des partis au pouvoir.
De toute façon , durant cette campagne électorale , nous n'avons pas eu de programme mais des chicanes d'enfants.
Pouvons -nous continuer ainsi?
La parole est aux jeunes maintenant .
Autres temps , autres moeurs.
Claire Thibaudeau, Sherbrooke
22 octobre 2008
M. Augier, je suis d'accord avec vos conditions gagnantes. Cependant, il en manque une. Je dirais même, il manque la condition essentielle: un projet emballant. Il faut que le prochain chef puisse dire aux canadiens où il veut les emener d'un point de vue économique, sociale, etc... Les libéraux ne reprendront pas le pouvoir s'ils n'ont pas grand chose à proposer. En d'autres, il est nécessaire que le nouveau chef puisse allier la forme au fond. Pas facile!
Jean-Luc Martino, Edmonton
21 octobre 2008
Je partage votre avis quant au fait que le choix prochain d'un chef au PLC ordonne un certain nombre de conditions favorables. En même temps je m'interroge sur la commande qui va échoir à ce prochain dirigeant. Cela a trait à l'érosion qui touche ce Parti (érosion de sièges, érosion d'électeurs et une base sensiblement moins engagée que dans le passé), hors on ne peut pas imputer cette désaffection généralisée à la personnalité de Stéphane Dion. En quelques années le Parti a perdu quelques 100 députés. Il me semble invraisemblable que dans plus ou moins 2 ans, le nouveau chef soit en phase pour faire le plein. Ainsi, la nouvelle norme au Canada est-elle d'avoir des gouvernement minoritaires ? C'est un point que soulevait la semaine passée votre collègue Daniel Lessard.
Comme électeur, je suis de ceux qui sont un peu lassés de devoir voter aux Fédérales désormais tous les deux ans. On s'étonne des bas taux de participation. De même, je considère qu'une certaine stabilité ne nuit pas. Aussi faut-il considérer dans cette perspective quel serait notre intérêt à changer le parti au pouvoir et le premier ministre dans deux ans ou moins ?
C'est pourquoi, j'adjoindrais à vos conditions gagnantes : « la convergence » qui m'apparaît être un indispensable pour un chef du PLC qui entende devenir Premier Ministre. Ce qui signifie, un chef qui soit prêt à gouverner avec les autres partis, incluant le BQ. La convergence consiste à établir une plate forme de gouvernement sur laquelle tout le monde puisse se retrouver, une plate forme avec laquelle tous les élus puissent trouver du plaisir à s'impliquer.
Enfin, j'avais une question pour vous monsieur Auger : À qui pensiez-vous qui réponde aux « conditions gagnantes » ?
Serge Drouginsky, Montréal
21 octobre 2008
Bonjours Auger.
Peut-être qu'il y en a qui pense que la devise du Québec JE ME SOUVIENS est tout juste bonne pour ornementer les plaques d'immatriculation. En 1920, après que les unionistes décidèrent d'appliquer la Loi du service obligatoire ou la première conscription contre la volonté du Québec, les conservateures ont été exclus pendant les cinquantes prochaines années. Faites vos calculs si vous voulez, combien d'années de vaches maigres vont valoir aux libéraux la loi des mesures de guerre, le rapatriement unilatéral de la constitution sans le Québec, le vol du référendum, le scandale des commandites? Au moins un siècle!
Mario Goyette, Charny Qc.
21 octobre 2008
La lecture de vos attentes concernant les prochains candidats à la course de la direction au PLC confirme que le Canada est devenu un pays frileux, rétrograde et foncièrement conservateur.
Les pointes lancées en direction de Toronto, du Québec et de l'Atlantique démontrent un fantôme d'intolérance vis-à-vis une ville et des provinces socialistes, pluralistes, ouvertes sur le monde.
Ainsi, le futur chef du PLC devrait-il être blanc, riche, ontarien, avocat, centralisateur, formé à Queen's et à Harvard, à l'image du parti, pour rivaliser Stephen Harper, lui-même un pur produit du PCC?
À l'heure où Barack Obama est considéré comme un candidat sérieux à la présidence américaine, cela me rend bien triste de constater que le rêve d'un Canada aux multiples visages et ouvert sur le monde n'est plus qu'un lointain souvenir.
Look white.
Guillaume Houle, Sherbrooke
21 octobre 2008
Les conditions gagnantes viendront sans doute de Toronto puisque c'est présentement là où se trouve l'argent de la course pour résumer la question.
Yvon Roy, Mtl
21 octobre 2008
Le parti libéral fédéral perd ses repères de parti aspirant sérieusement à gouverner. L'élection de Stéphane Dion révélait que le parti, loin d'être obnibulé par l'idée de reconquérir le pouvoir, se contentait de régler des guerres intestines résultats d'un jadis pouvoir absolu qui corrompt, comme chacun sait, absolument (...).
Une histoire en trois actes, d'abord l'élection du parti Québécois, suivi du référendum en 1980. Le parti Libéral fédéral régnait en maître sur la scène fédérale (nonobstant un court épisode de neuf mois de Joe Clark). Son mandat était clair: régler le cas du Québec. Puis vint Le Parti Conservateur avec son espoir de réintégrer le Québec au sein de la constitution rapatriée depuis 1982 sans le consentement du Québec. Le consensus n'est pas aisé au Canada. Force est de constater que plus d'une solitude semble y coexister. Puis le deuxième référendum québécois où tous les coups semble permis par le Fédéral, l'homme de main du parti Libéral lors du premier référendum, est devenu Chef lors du second référendum. Résultat: corruption, scandale et désenchantement.
Le salue du parti Libéral passe-t-il par l'élection d'un anglophone bilingue? Peut-être, mais il en est de même pour l'avenir souverain du Québec. Les conditions gagnantes pour qui? Le Québec riche de son émancipation des 50 dernières années peut désormais estimer qu'il possède enfin les conditions gagnantes pour son plein épanouissement souverain!
Robert Théroux, Montréal
21 octobre 2008
Une seule chose à dire:
Go Frank (McKenna) ! Go Frank Go !!!
Deis Boudreau, Montreal
21 octobre 2008
Bonjour M. Auger,
J'ai suivi avec intérêt vos commentaires tout au long de la campagne électorale, ils ont été très pertinents et ont mis du piquant dans une élection pourtant peu inspirante - sinon carrément morose. Je crois que nous avions compris, dès le départ, que l'exercice ne changerait pas grand chose, et c'est précisément ce qui est arrivé.
Comme beaucoup d'électeurs au Québec, j'ai été très surprise lorsque Stéphane Dion a remporté l'investure en tant que chef du parti libéral. J'estime M. Dion et j'apprécie ses nombreuses qualités - dont certaines se trouvent trop rarement chez nos politiciens - mais il était évident dès lors qu'il n'avait aucune chance de remporter des sièges au Québec, ce que le reste du Canada n'avait pas compris à l'époque et qu'ils découvrent aujourd'hui.
Je suis d'accord avec la liste des conditions gagnantes que vous présentez, et surtout avec celle qu'il est temps qu'un candidat - bilingue - provienne d'une autre province.
En cela, le parti a l'avantage de compter deux excellents candidats : Michael Ignatieff et Bob Rae. Hommes d'envergures, ils répondent tous deux à vos critères. Ceci dit, pour la première fois dans ma vie.... et je suis septuagénaire...je n'ai pas donné mon vote au parti libéral, mais au parti vert! Il faut bien commencer quelque part! Quand au parti libéral, il renaîtra un jour, comme l'a fait le parti conservateur après Kim Campbell!
Ceci dit, continuez à éclairer la scène politique de vos commentaires, Diogène des temps modernes.
Monique Nadeau-Saumier, Waterville, QC













