16 janvier 2008
L'Afrique qui pleure
Quatre crises d'Afrique attirent l'attention en ce début de 2008. Elles représentent « l'Afrique qui pleure ». Il n'y a pas que cette Afrique, et nous reviendrons plus tard sur « l'Afrique qui rit ».
KENYA: ethnique ou pas?
Le 1er janvier, un massacre par le feu dans une église d'Eldoret, à 300 km de la capitale, Nairobi, a représenté le point culminant des horreurs qui ont suivi la fraude électorale liée au scrutin du 27 décembre.
Devant cet épisode, on a immédiatement évoqué le Rwanda. Mais c'est un parallèle trompeur. Il est vrai que l'ethnie kikuyu du président Kibaki a été la cible de certaines émeutes. Mais le Kenya n'est pas un pays coupé en deux sur un clivage ethnique, comme le Rwanda l'était en 1994.
Le Kenya a une quarantaine d'ethnies. Aucune ne fait plus de 22 % de la population (la première étant justement l'ethnie kikuyu). Historiquement, ce pays africain n'a pas été aussi marqué que d'autres par l'obsession tribale ou ethnique.
D'autres explications existent: l'opposition entre l'élite corrompue (multiethnique) et la majorité pauvre (multiethnique); entre les partisans de Kibaki et les partisans de Raila Odinga. Il y a aussi ceux pour qui le Kenya est un pays de jeunes qui étouffent sous le règne des vieux caciques ossifiés, et qui réclament désespérément de l'air.
DARFOUR: l'ONU en retard
Le 1er janvier devait marquer l'installation, au Darfour, de la plus grande mission de casques bleus de l'histoire de l'ONU: 26 000 soldats. Mais on est encore loin du compte: à la mi-janvier, on en comptait huit ou neuf mille.
Beaucoup d'empêchements, de délais, d'obstacles matériels et de difficultés politiques. Manifestement, le gouvernement du Soudan met des bâtons dans les roues des Nations unies. Il y a une semaine, des forces armées soudanaises ont même tiré sur un convoi de l'ONU.
Il y a ces États qui traînent les pieds, tout en répétant hypocritement qu'« il faut aider le Darfour ». Mais il y a aussi ceux qui, après avoir répondu « présents », se sont fait repousser par les autorités locales: c'est ce qui est arrivé au détachement des pays nordiques (Suède et Norvège) qui avaient promis 350 hommes.
Et puis il y a l'équipement: on a vu cette histoire d'hélicoptères introuvables. L'ONU réclame 24 hélicoptères, et les attend toujours! Une pénurie incroyable, lorsqu'on sait que des pays comme la France ou les États-Unis produisent des milliers d'hélicoptères par année. En matière d'accès à l'équipement, le Darfour fait difficilement concurrence à l'Irak ou à l'Afghanistan.
SOMALIE: le jeu des voisins
La Somalie est un cas instructif, parce que la guerre épouvantable qui s'y déroule, derrière un silence médiatique, n'a rien à voir avec un clivage ethnique intérieur. La Somalie est un pays monoethnique à 90 %. Pourtant, des clans s'entre-déchirent jusqu'à vider la capitale Mogadiscio de la moitié de ses habitants.
Pour décrypter cette guerre, il faudrait décoder la myriade de rivalités locales qui s'y déploient. Mais il faut aussi regarder du côté des pays voisins: Éthiopie et Érythrée. Et au-delà, comprendre le jeu d'acteurs comme Al-Qaïda ou les États-Unis.
Pour résumer: les fameux « tribunaux islamistes », qui avaient brièvement contrôlé la capitale en 2006, recevaient l'appui de l'Érythrée voisine (étiquetée « islamiste »). On a prétendu que les réseaux islamistes internationaux étaient également dans le coup. En face, l'Éthiopie (étiquetée « pays chrétien »), appuyée par les États-Unis, a réinstallé en décembre 2006 un gouvernement « légitimiste ».
Depuis, les islamistes restent aux portes de la capitale. Le pouvoir proéthiopien fait un nettoyage systématique des zones contrôlées par l'ennemi. Et comme d'habitude, les civils trinquent.
KIVU: retour aux années 90
En République du Congo, les massacres, viols et déplacements de population se poursuivent au Sud et au Nord-Kivu, deux provinces adjacentes à l'Ouganda et au Rwanda.
Au Kivu, c'est un peu la guerre des années 90 – marquée par le génocide rwandais – qui se poursuit aujourd'hui. Avec un chef de guerre tutsi, Laurent Nkunda, en révolte contre le pouvoir central du président Joseph Kabila et qui fait régner la terreur dans la région.
Le 15 janvier, Kabila s'est rendu à Goma pour une « conférence de paix » censée pacifier le Kivu. Peu de gens y croient, et le président a refusé une rencontre avec Nkunda. Selon le chef de la mission de l'ONU sur place, « la violence au Kivu n'a pas cessé, alors que le reste du Congo bénéficie du retour de la paix et du début d'un énorme travail de reconstruction ».
François Brousseau est le chroniqueur-analyste de Radio-Canada pour les affaires internationales.
François Brousseau est souvent allé sur le terrain à l'étranger. Il a notamment signé, surtout dans Le Devoir, des reportages d'Haïti, d'Italie, de Pologne, de l'ex-Tchécoslovaquie et de l'ex-Yougoslavie, d'Israël, de Taïwan et de Cuba. Au fil des ans, il a pu interviewer des personnalités comme Mikhaïl Gorbatchev, Lech Walesa, Jean-Bertrand Aristide, Kim Dae-Jung, Shimon Peres, Ariel Sharon, José Ramos-Horta, Oscar Arias et Giulio Andreotti.
Entré à l'emploi de la première chaîne radio de Radio-Canada en 2002, il avait déjà une longue expérience en journalisme écrit. Il a notamment fait sa marque comme reporter et éditorialiste aux affaires internationales pour le quotidien Le Devoir de 1991 à 1997, journal dans lequel il a également tenu une chronique hebdomadaire de 2005 à 2007.
En 1994, il a reçu la Bourse Michener pour journalistes. Cette récompense lui a permis de mener un séjour prolongé de recherche en Italie et de ramener plusieurs reportages de ce pays.
Après un mandat de trois ans (1997-2000) comme directeur des communications à la Délégation générale du Québec à New York, il est revenu à Montréal où il a retrouvé sa passion: le journalisme. D'abord à l'écrit en tant que reporter au magazine L'actualité en 2001-2002. Il a été récipiendaire, à ce titre, d'un National Magazine Award pour l'article «Sommes-nous seuls dans l'Univers?», paru en août 2001. Mais aussi et surtout à la radio, qui est devenue, à partir de 2002, son nouveau médium de prédilection.
En 2003 et en 2004, il a été responsable de la revue de presse internationale quotidienne à l'émission Maisonneuve en direct. De 2004 à l'automne 2007, il était responsable des affectations des correspondants, envoyés spéciaux et collaborateurs à l'information internationale pour les nouvelles à la radio.
Passionné des cultures étrangères, François Brousseau parle six langues: français, anglais, espagnol, italien, portugais et polonais.
26 janvier 2008
Le Nord. Le Sud. Entre les deux, une fracture du monde! Bien sûr, ce sont les pays du Sud qui sont victimes de cette fracture. Comment mieux aider ces pays qu'en cessant de leur nuire? Ces pays sont en train de payer pour les dommages écologiques des pays du Nord, pour leurs politiques protectionnistes qui vont parfois jusqu'à prendre la forme de dumping. Et puis, s'il y a des pays corrompus, il doit bien y avoir quelque part des pays corrupteurs...
Richard Guay, Québec
21 janvier 2008
Du cabinet de L.Nkunda nous apprenons que:
"1. des troupes considérées comme des militaires GSSP( garde presidentielles) font mouvement vers le MAsisi en provenance de Kisangani en passant par WALIKALE pour renforcer les positions des FARDC contre les militaires du CNDP dans le MAsisi.
2. D'autres militaires viennent de Kisangani passant par Mambasa, Beni pour renforcer les FARDC présents à Rutshuru contre les militaires CNDP.
3. Nous pensons que ces militaires considerés comme des GSSP peuvent contenir des FDLR et des militaires Angolais. Voici que le ministre angolais des affaires étrangères a declaré que la situation de deux Kivu préoccuppe son pays comme si l'Angola partageait une frontière avec les deux Kivu.
S'il s'avère vrai que cette presence des Angolais est effective, KABILA se moquerait de la MONUC et mettrait ainsi fin à sa mission sans consulter les Nations Unies.
4. Nous avons des preuves que les FDLR se concentrent autour de Kibumba (Kanyamahoro, Gakomero, Nyamuragira et Mwaro) au pieds du volcan Nyiragongo, ce qui met le Congo dans une mauvaise posture si les FDLR attaquaient le Rwanda à partir de ces localités sous controle FARDC. Ceci pourrait amener le Rwanda ,par droit de poursuite, à penétrer au Congo, ce qui rendrait la situation sécuritaire et humanitaire plus catastrophique.
Ceci continue à prouver la mauvaise volonté du gouvernement Congolais à ramener la Paix dans cette région. "
Note: les fdrl évoluent au sein du parc national des virunga, patrimoine mondial de l'humanité et principal site touristique naguère source de devises pour le pays.
Mpenzi Franck, Belgique
21 janvier 2008
Je pense que nous faisons tous preuve de racisme et de paternalisme lorsque nous declarons haut et fort que les problèmes de "l'Afrique" sont dû à l'occident et que le salut de ce continent dépendait de notre bon vouloir. Je suis écoeuré de ce discours culpabilisant. C'est comme si les Kényans, les Congolais, les Soudanais, etc n'étaient pas assez évolués pour régler leurs problèmes eux-mêmes mais qu'il leur fallait absolument l'aide des occidentaux pour arriver à quelque chose. C'est faire preuve de beaucoup d'ethnocentrisme. Et si les problèmes étaient d'origine africaine et la solution africaine, n'en déplaise aux biens pensants?
Jack O'Meera, Montréal
20 janvier 2008
Elle n'a pas fini de pleurer l'Afrique.La corruption des dirigents,les rivalités inter-ethniques,l'incapacité des populations à se prendre en main,je pense qu'elle ne s'en sortira jamais.Pas capable de progrès pour la plupart, les pays africains sont condamnés à la misère chronique.Je ne veux pas être méchant mais l'Afrique n'a ce qu'elle mérite.Ce n'est pas avec tous les Mugabe de ce monde,que ce continent s'en sortira.....Merci....
Bernard Fillion, Chicoutimi
19 janvier 2008
La paix ne peut se faire que si les armes se taisent. En filgrane de cette conférence de Goma, les bélligérants ont gardé le doigt sur la gachette. Des assises assiégées que tiennent les victimes invitées à vider leurs sacs de rancoeur...Les animateurs du forum: des faucons du président qui revêtent l'habit de modéré et laissent le langage excentique aux xénophobes palliatifs du pouvoir connus sous le vocable de maimai, des milces tribales.
Que les kivutiens se soient acordés sur l'identifiation des fdrl comme source du mal et qu'ils aient souligné la nécessité du rapptriement des congolais exilés; voilà qui rejoint les révendications de Nkunda non invité. Les résolutions qui seront remises au gouvernement seront à sa merci, n'en déplaise aux acteurs de cette méga-conférence qui ne demandent qu'à y croire.
Au demeurant la vraie solution ne viendra que de la volonté des béllligérants de signer la paix des braves. Pour le bonheur des kivutiens meurtris.
Frank Ndahiriwe, Belgique
17 janvier 2008
Merci de ce texte. Que dire? Essentiellement, rien, ou très peu. Cependant, on a le devoir à tout le moins, d'en parler, de rendre, de quelque façon, l'Afrique présente dans notre vie de tous les jours.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec votre diptyque: l'Afrique qui «pleure» et l'Afrique qui «rit». D'une part, je trouve que cela évoque trop le proverbe facile: Jean qui pleure, Jean qui rit. Or, ici, il faut plus que de la sagesse proverbiale.
La situation de l'Afrique est tragique. c'est sans doute pour cela qu'elle nous frappe de stupeur.
Et de plus, en retrait, il y a aussi l'Inde....
Pour moi, la répartition des richesses (ressources naturelles et financières) demeure la seule voie d'un avenir.
Jacques Julien, Lac-Brôme
17 janvier 2008
L'Afrique est le continannt de ma Famille et ou je fut nee et elever et j'ai vue les mercenaires, les legionaires et bien des organisations prendre avantage de se Continant, mais Mr. Brousseau, l'Afrique pleure depuis plus d'un ciecle et cela du en grande partie au force Occidental meme le Canada s'y est souiller ses main du sans des Diamants et de l'Uranium!
LEs Occidant vend autand d'arme au diverse fractions qu'il promouvoit de l'aide humanitaire. Un peut contradictoire non!? L'un est pour controler les ressources Africaine, l'autre pour apesser sa movaise concience!
Uwe Paschen, Soka, Japon
17 janvier 2008
La conférence de paix de Goma n'aboutira que si les belligérants signent l'armistice. Ce forum se déroule sur fond de précaire cessez-le feu! L'armée renforce ses positions et poursuit ses approvisionnements tandis que les insurgés de L.Nkunda consolident leurs positions d'où ils pourraient de nouveau défier les assauts provocateurs des fardcs. Qu'on ne se leurre pas; la clé de la paix est entre les mains de Kabila et Nkunda qui doivent vider le contenu du cahier de charges que la conférence a eu le mérite d'aborder!
Tous les participants ont convergé sur la cause de l'insécurté: les fdrl dont le neutralisation et le rapatriement et/ou l'asile est urgente et prioritaire. Le rapatriement des réfugiés des réfugiés congolais est la seconde revendication. Elle est conditionnée par le départ des fdrls! Les autres aspects du cahier de charge constituent un mémo de bonne gouvernance dont le pays a tant besoin pour la paix et le développement! Traiter Nkunda de criminel est simpliste et biaisé. Ceux qui l'ont côtoyé savent combien la discipline et moralité de ses troupes tranchent avec l'étiquette négative que ses détracteurs lui collent! Une paix de brave que seuls Kabila et Nkunda signeraient délivrerait le Kivu de ses cauchemars.
ndahiriwe frank, Belgique
16 janvier 2008
Pauvre Afrique!
Si seulement on pouvait la laisser se prendre en main.
Une utopie direz-vous! Comment peut-elle se prendre en main avec les tourments qui l'assaillent et le peu de ressources et d'outils qu'elle a!
Lui offrir des outils, des médicaments politiques et pharmaceutiques, lui offrir de l'aide en ne lui demandant rien en retour. Lui offrir de l'aide en résistant à la tentation de l'ingérence dans ses affaires, en résistant à la tentation de l'exploitation de ses ressources naturelles.
L'Afrique a suffisamment de cerveaux et d'Êtres Humains responsables pour s'occuper de ses propres affaires. Aidons-la sans lui nuire.
Merci M. Brousseau pour ce survol synthétique de ces quatre points chauds de l'Afrique.
En peu de lignes, vous nous exposez bien la situation.
Des situations régionales en ébullition, en évolution, des conflits régionaux qui sont peut-être aussi attisés de l'extérieur. Le monde et sa globalité font en sorte que la semence et l'engrais des conflits proviennent souvent de l'extérieur. Parfois, on a l'impression qu'un esprit maléfique observe d'en haut les terreaux fertiles pour ensemencer la souffrance et y dépose en douce un germe qui croît rapidement. Les conflits, ainsi générés, ont parfois des retombées intéressantes pour l'exploitation et le contrôle d'une région.
Serge Charbonneau, Québec













