29 avril 2007
René nous a quittés
Que dire dans ces moments-là? Inévitablement, les mots manquent alors que René savait si bien les manier. Les mots manquent, parce qu'écrire au passé en parlant de René semble un non-sens.
Et puis, écrire dans le carnet de René...
Comment admettre que l'on n'entendra plus sa voix grave, qu'on ne lira plus sa plume généreuse, qu'il ne sera plus là pour nous expliquer toutes les subtilités de la politique internationale, les conflits internationaux, les enjeux géostratégiques, les guerres oubliées, le sort des victimes...
Difficile de réaliser que la radio, la télévision et le web de Radio-Canada ne bénéficieront plus de son expertise, de sa sensibilité.
En expliquant les sujets les plus ardus, René n'oubliait jamais l'élément humain. Dans son dernier billet intitulé « Proche-Orient : une valse à trois temps », et après avoir expliqué les avantages pour les pays arabes et Israël de l'initiative de paix saoudienne, il écrivait: « Tout cela est bien beau, mais on oublie l'essentiel: les premiers concernés, les Palestiniens. »
Au sujet de l'Irak, il concluait : « Faut-il se surprendre que plus de trois millions d'Irakiens aient fui le pays et que des centaines de milliers d'autres veuillent en faire autant? »
Dans « Europe : l'extrême droite en expansion partout », un autre de ses billets, René s'inquiétait de la création d'un groupe parlementaire officiel d'extrême droite. Et là encore, c'était le sort des minorités qui l'inquiétait: « Ceux qui appellent ouvertement au génocide et à la persécution vont pouvoir venir en toute liberté au parlement promulguer leurs idées, bien à l'abri d'une institution démocratique... »
René vivait le journalisme non pas un comme un métier, mais comme un sacerdoce. Rien ne le préoccupait plus que l'éthique et les normes journalistiques. Rien. À part, peut-être, le sort des victimes. Toutes les victimes de tous les conflits, de quelque bord que ce soit.
Au sujet des accommodements raisonnables et du sondage qui portait sur ce sujet, René avait écrit un billet intitulé « Le Québec vu d'ailleurs ». Sa conclusion n'était pas tendre pour les journalistes: « Qui sont les vrais responsables de cette situation: des Québécois qui seraient racistes? Ou des journalistes qui cherchent à faire monter leurs parts dans la jungle médiatique? »
Pour lui, les journalistes, lui compris, n'étaient pas à l'abri de la critique. Il me l'avait dit: « Je ne vais pas me faire que des amis avec ce billet. » Mais il l'avait écrit et publié. C'était du René Mailhot. Tout entier...
À Radio-Canada, de nombreux jeunes journalistes ont pu compter sur ses conseils, son aide, son appui, son humanité. Et chacun savait à quel point ce métier de journaliste, qui l'a fait bourlinguer à travers le monde, rencontrer les puissants comme les plus humbles, lui était cher.
Le web a été une de ses dernières passions professionnelles. Alors qu'il s'était engagé à écrire une analyse par semaine, il n'était pas rare qu'il en écrive plusieurs, parce que l'actualité l'imposait, parce que ses lecteurs le relançaient, parce que...
Son dernier billet date du 20 avril, René était malade. Il avait tenu à le dire quelques jours auparavant à ses lecteurs. « Vos témoignages de confiance et vos commentaires me redonnent mon énergie et nous pourrons reprendre nos échanges bientôt », écrivait-il le 10 avril. Il a tenu promesse. Malgré la maladie, trois billets ont été publiés dans son carnet. Journaliste jusqu'au bout. Jusqu'à ce triste jour du 28 avril 2007...
Tu vas nous manquer, tu vas leur manquer... Repose en paix René!
En ces pénibles circonstances, les journalistes de Radio-Canada.ca, les rédacteurs en chef, la directrice de l'information, le premier directeur des Nouveaux Médias tiennent à exprimer leur peine et leur sympathie à sa conjointe, ses enfants et sa famille.
Soleïman Mellali
Rédacteur en chef
René Mailhot a effectué plusieurs stages d'études spécialisées aux États-Unis et en Europe. Il a été président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, membre fondateur du Conseil de presse et directeur du magazine Le 30. Il a longtemps oeuvré à la télévision, notamment au Téléjournal, et aux émissions d'affaires publiques Le 60 et Télémag.
Après avoir travaillé à l'émission Sans frontières, de même qu'à Indicatif présent, il est maintenant à l'émission Désautels. Il collabore également au Téléjournal, où il présente la chronique géopolitique Arrêt sur images, diffusée le dimanche soir. Il analysait les grands enjeux de la politique internationale dans son carnet sur Radio-Canada.ca depuis octobre 2006. Le samedi 28 avril 2007, René Mailhot nous a quittés.

















