Astérix au cœur d'une tourmente judiciaire

Albert Uderzo pose à côté d'une figurine de son célèbre personnage Astérix, en octobre 2013. Albert Uderzo pose à côté d'une figurine de son célèbre personnage Astérix, en octobre 2013.  Photo :  AFP/JOEL SAGET

Alors que sort en librairie l'album Astérix chez les Pictes, Sylvie Uderzo, fille unique du co-créateur d'Astérix, avec qui elle entretient des rapports houleux, ne décolère pas.

Sur son blogue, elle a publié coup sur coup cette semaine deux billets, « Considérations gauloises » et « L'album Canada Dry? », pour dénoncer l'arrivée sur le marché des 35e aventures de l'irréductible Gaulois.

« Ça a la couleur d'Astérix? Le goût d'Astérix? Mais ça ne peut être de l'Astérix! » — Sylvie Uderzo sur son blogue

Elle a également tweeté une image du personnage féminin Coriza, dit Zaza, que l'on peut voir dans le 21e album de la série, Le cadeau de César, pour illustrer son humeur du moment.

Pourtant, dans une entrevue au Figaro, Uderzo lui-même dit ne pas regretter d'avoir passé le flambeau.

Selon lui, l'idée de situer les aventures d'Astérix en Écosse, chez les Pictes, est bonne.

Il qualifie l'humour de ce 35e album « d'assez costaud » et précise que si le résultat n'avait pas été à la hauteur, il ne l'aurait pas laissé paraître.

Une bataille judiciaire entre le père et la fille qui dure depuis plusieurs années

Précisons qu'une véritable bataille judiciaire oppose Sylvie Uderzo à son père depuis plusieurs années. En jeu, un empire financier de plusieurs dizaines de millions d'euros.

En 2007, Sylvie Uderzo est licenciée de son poste de directrice générale de la société Albert René, éditrice des neuf derniers albums d'Astérix et Obélix. Son mari est également remercié.

L'année suivante, la société est cédée à Hachette Livre, mais Sylvie Uderzo refuse de vendre ses parts. Elle s'oppose à la transaction et ne comprend pas que son père autorise l'éditeur du groupe Lagardère à poursuivre éventuellement les aventures du Gaulois après sa mort.

Elle vend finalement ses parts en 2011 mais, soupçonnant l'entourage du dessinateur d'avoir « pillé et brisé » sa famille, elle dépose une plainte contre X pour « abus de faiblesse ».

Selon elle, certains membres de l'entourage de son père, aujourd'hui âgé de 86 ans, profitent de son état de santé pour abuser de ses largesses et influer sur la gestion de son œuvre et de sa fortune.

Or, Uderzo a toujours démenti être en état de faiblesse et parle même de harcèlement judiciaire de la part de sa fille.

Les enquêteurs de la brigade financière ont entendu le dessinateur à cinq reprises. Selon leur rapport, dont l'AFP a obtenu copie, « aucun élément n'a révélé des faits d'abus de faiblesse » dont auraient été ou seraient encore victimes Albert et son épouse Ada Uderzo.

Ils mettent en avant « l'énergie étonnante », « la grande vivacité intellectuelle » et « la mémoire intacte » du dessinateur.

Nouveau rebondissement à l'automne 2013

Sylvie Uderzo accuse l'expert-comptable du dessinateur, Armand Turquet, de « faux témoignage ». D'après elle, Armand Turquet, entendu en mars 2012 comme témoin dans ce dossier, aurait menti pour empêcher la procédure d'aboutir.

Les détracteurs de Sylvie Uderzo estiment qu'avec cette nouvelle plainte, celle-ci ne cherche qu'à gagner du temps.

Mais pour son avocat, Me Nicolas Huc-Morel, l'enquête n'a pas été jusqu'au bout de l'affaire et « certaines pistes méritent encore d'être approfondies ».

La saga judiciaire pourrait donc se poursuivre, selon lui. L'enjeu est de taille : Astérix est la BD la plus vendue et la plus traduite au monde (352 millions d'albums en 111 langues et dialectes).

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