Rouge parole : l'apprentissage de la démocratie en Tunisie

Une image du documentaire Rouge parole Une image du documentaire

Si les caméras du monde entier ont filmé « l'instant révolutionnaire » tunisien, Elyes Baccar a choisi de poser un regard sur « l'instant démocratique » : quand les Tunisiens ont commencé à écrire la première page de l'ère post-Ben Ali.

Dans le film Rouge parole, présenté aux Rencontres internationales du documentaire (RIDM), le réalisateur montre des Tunisiens nouveaux qui, quelques semaines à peine avant la chute du dictateur (14 janvier 2011), étaient complètement écrasés par l'omniprésence de Zine el-Abidine Ben Ali.

Les images sont fortes, l'enthousiasme et l'incandescence sont frappants.

La première séquence du documentaire résume à elle seule la soif de liberté des Tunisiens. Devant la vitrine d'une librairie de Tunis, des citoyens se regroupent pour constater que des ouvrages interdits quelques jours plus tôt sont en vente libre, notamment La régente de Carthage, un livre d'enquête de deux journalistes français, qui décrypte la mainmise de l'épouse de l'ex-président, Laïla Trabelsi, sur tous les rouages du pays.

Dans une autre scène saisissante, Oum Elkhir, la mère d'un jeune mort durant la révolte, raconte sa rencontre avec Zine el-Abidine Ben Ali. Elle décrit avec détails la conversation, lors de laquelle M. Ben Ali semble complètement en décalage avec les troubles que connaît le pays. Mais les propos de la femme le touchent au point où il se met à pleurer à chaudes larmes.

Le retour au pays du chef du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, après plus de 20 ans d'exil, est un autre moment fort du documentaire. La caméra se pose sur d'incroyables débats à l'aéroport de Tunis entre partisans et adversaires du chef islamiste.

Rouge parole n'a pas encore été projeté à Tunis, mais il a déjà été présenté dans plusieurs festivals.

Le réalisateur Elyes Baccar, qui était de passage à Montréal, a accordé une entrevue à Radio-Canada.ca, qu'on peut écouter en cliquant sur le lien au bas de la page.

Texte et entrevue : Kamel Bouzeboudjen

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