Anne Nivat (archives)
De passage à Montréal à l'occasion de la parution de son nouveau livre, Les brouillards de la guerre : dernières missions en Afghanistan (Éditions Fayard), la reporter de guerre Anne Nivat s'est entretenue avec Radio-Canada.ca de son expérience en sol afghan.
Résultat de plusieurs voyages en Afghanistan, le livre est né de l'invitation d'un militaire canadien après le passage de la journaliste à l'émission de Radio-Canada Tout le monde en parle, en mars 2010.
Après un premier contact, le major Pruneau, qu'elle évoque aujourd'hui comme un vieil ami, l'invite à rencontrer les membres des Forces canadiennes en Afghanistan. Elle s'y rendra en décembre de la même année.
« D'habitude, ce sont les journalistes qui contactent les militaires, mais là ce sont eux qui m'ont contactée », rappelle la reporter qui était curieuse de se retrouver, pour la première fois, du côté des militaires.
Passer « de l'autre côté du miroir »
Depuis ses premiers voyages en zone de guerre, en Tchétchénie ou en Irak, Anne Nivat couvrait les conflits du point de vue des civils, aux côtés de familles qui l'hébergeaient et avec qui elle développait au fil des mois de profondes amitiés.
L'expérience militaire ne lui apporte aucune surprise. De ces quelques semaines passées au sein d'un contingent militaire, Anne Nivat retient avant tout le décalage qui existe entre chaque côté du « miroir », un miroir qui reflète deux mondes parallèles, mais diamétralement opposés : celui des militaires en mission et celui des civils, plus méconnu.
Impatiente de retrouver ses anciens contacts, la journaliste ne tarde pas à troquer sa tenue militaire pour un châdri, la burqa afghane.
« Moi, ce qui m'intéresse, ce sont les histoires des gens, observer, poser des questions. [...] Je veux montrer que c'est faisable d'aller sur le terrain, même si tout le monde dit que ça ne l'est pas », souligne celle qui se décrit comme une personne extrêmement curieuse, qui veut tout voir d'elle-même.
Interrogée sur ses premiers voyages en zone de guerre, la reporter se rappelle un événement précis survenu en Tchétchénie. Alors que le village se faisait bombarder, la femme chez qui elle logeait lui avait demandé si elle voulait du thé. « Je n'oublierai jamais son regard, mais elle avait raison, il fallait prendre le thé », raconte-t-elle.
C'est ainsi qu'elle fait alterner, dans Les brouillards de la guerre, les histoires qui nous font découvrir le quotidien des Afghans avec d'autres qui décrivent la routine des militaires.
Elle réussit ainsi à faire ressortir la contradiction et l'incompréhension responsables du clivage entre ces deux mondes, et, du même coup, l'échec flagrant des missions étrangères en terre afghane. Mais surtout, elle tient à donner une voix à ceux qui n'en ont pas, premières victimes de la guerre.
Anne Nivat n'hésite d'ailleurs pas à partager régulièrement son expérience dans les facultés de journalisme françaises, vantant les mérites du terrain. Elle se dit aussi en faveur des blogues et du journalisme citoyen, puisqu'ils permettent la diffusion d'un maximum d'informations.
Selon elle, les grands médias ne doivent pas « disparaître » des pays où perdurent les conflits, « puisque les gens, eux, sont encore là ».
À son agenda ne s'inscrivent d'ailleurs non pas de nouvelles destinations, mais des retours dans des pays qu'elle connaît déjà bien, et d'où lui arrivent des messages lui demandant quand elle reviendra.
Un article de Laila Maalouf