Le tango chaud-froid

  |  Richard Raymond  |  Radio-Canada
de gauche à droite : le contrebassiste Ian Simpson, le bandonéoniste Denis Plante et le guitariste David Jacques de gauche à droite : le contrebassiste Ian Simpson, le bandonéoniste Denis pLante et le guitariste David Jacques

Le compositeur et bandonéoniste de Québec Denis Plante lance son album Tango Boréal. Entrevue avec un musicien qui a subi un choc en voulant apprendre à danser le tango.

Comment un musicien québécois en vient-il à composer de la musique de tango, cette danse originaire de l'Argentine? Comment un hautboïste-guitariste québécois en vient-il à jouer du bandonéon, instrument typique du tango argentin? Ces questions, Radio-Canada.ca les a posées à Denis Plante, compositeur et bandonéoniste de Québec, qui lance Tango Boréal.

Le musicien est né le 17 octobre 1972 dans une famille de musiciens. Ses parents ont fondé l'ensemble Claude-Gervaise, un ensemble de musique renaissance et médiévale. On pourrait trouver un milieu familial moins stimulant... Jeune, Denis Plante fait partie de l'ensemble pendant plusieurs années.

Par la suite, il entreprend des études de hautbois classique au Cégep Saint-Laurent parallèlement à des études de guitare électrique jazz à l'Université Concordia.

Le choc

Mais à 24 ans, il reçoit un choc lorsqu'il apprend à danser le tango.

Tango : danse originaire de l'Argentine, sur un rythme assez lent à deux temps, Le petit Robert

Denis Plante éprouve un véritable coup de foudre pour cette musique. Il forme un premier groupe baptisé Tango Vivo, dans le but de faire de la musique de danse.

« J'ai cherché quelqu'un pour jouer du bandonéon et j'ai été surpris d'apprendre qu'il n'y en avait pas vraiment de disponible en Amérique du Nord », dit-il. On est en 1998. Il a 26 ans. Il achète un bandonéon et délaisse la guitare en une semaine.

« Comme j'avais déjà des contrats pour jouer avec mon orchestre, je suis passé au bandonéon. La semaine suivante, j'ai laissé la guitare dans son étui et j'ai commencé à jouer du bandonéon. » — Denis Plante

Il apprend la technique de jeu en autodidacte. « J'avais déjà un passé de multi-instrumentiste, donc ça ne m'a pas fait peur », explique-t-il. Il faut dire que ce n'est pas sa première expérience de multi-instrumentiste pour avoir joué du luth, des percussions et de la flûte à bec dans l'ensemble Claude-Gervaise.

Jouer du bandonéon et composer du tango sont deux choses qui, bien qu'intimement liées, sont très différentes.

« Quand j'ai commencé à jouer du tango, il n'y avait pas de partitions disponibles. C'était avant Internet. J'ai trouvé ça beaucoup plus simple de composer de la nouvelle musique pour l'instrument. » — Denis Plante

Titre chaud-froid

Le titre de son album, Tango Boréal, intrigue. Lui-même reconnaît qu'il est contradictoire. Le tango, synonyme de chaleur et de sensualité, y forme un couple avec l'adjectif qui désigne par excellence le nord. Pour danser sur une musique différente du tango argentin, le tango classique des années 30.

« L'influence d'Astor Piazzolla sur ce que je fais est immense puisque ç'a été mon premier contact avec le bandonéon. J'avais envie de présenter de grandes mélodies pour le bandonéon. » — Denis Plante

Les arrangements des pièces de Denis Plante, leurs enveloppes sonores donnent un tango qui plane, qui amène l'auditeur dans un univers plus proche des tempêtes de neige que de la chaleur de Buenos Aires.

« C'est un tango impressionniste en fait. » — Denis Plante

Un autre grand bandonéoniste, Arturo Penon, conseille, dans son livre, au débutant de ne pas essayer de faire comme les autres, d'essayer de trouver sa propre voix. C'est ce qu'essaie de faire Denis Plante avec Tango Boréal. Album pour lequel la maison Atma Classique lui a donné carte blanche. Le compositeur a mis cette liberté au service de son disque.