![]() Cinéma Un documentaire activisteMise à jour le jeudi 3 décembre 2009 à 15 h 01 Un texte de Richard Raymond
Qu'est-ce qu'une doctorante en anthropologie et en éducation fait dans un avion au-dessus des sables bitumineux de l'Alberta? Un film sur les ravages que ce projet industriel, le plus gros au monde, cause dans l'environnement. Baptisé H2Oil, le film de Shannon Walsh prend l'affiche vendredi à Montréal. Il tombe à pic. On apprenait mardi par la voix du Devoir que les intentions de réduction des émissions de gaz à effet de serre de trois provinces, dont le Québec, pourraient permettre aux autres provinces, l'Alberta en l'occurrence, d'augmenter leurs émissions de GES. De plus, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques doit s'ouvrir lundi à Copenhague. La réalisatrice de H2Oil, Shannon Walsh, confie à Radio-Canada.ca que cela prendrait un an pour expliquer tous les problèmes que les sables bitumineux posent à l'environnement. Alors, en quinze minutes, que peut-on dire? Le bitume, ce n'est pas du pétrole D'abord, le bitume, ce n'est pas du pétrole. Il faut que la compagnie raffine plusieurs fois ce mélange d'hydrocarbures. Cette opération cause plusieurs problèmes à l'environnement. Au premier chef, une surconsommation de l'eau douce. Ça prend de 3 à 5 barils d'eau douce pour extraire un baril de pétrole. C'est un des problèmes. Cette eau vient de la rivière Athabaska. — Shannon Walsh Le film de la jeune Montréalaise, née à London, en Ontario, montre qu'une bataille importante est déjà engagée, qui met aux prises l'eau et le pétrole. C'est la façon la plus intéressante de voir les choses à notre époque. C'est une bataille entre la substance la plus importante pour la vie avec un mode de vie. — Shannon Walsh Attention! Eau contaminée Pour continuer de rouler dans nos VUS, pour perpétuer ce mode de vie, sommes-nous prêts à empoisonner l'environnement? Car c'est la vraie question que pose le film. Après le processus de raffinage du bitume, l'eau est chargée de matières toxiques. On l'envoie dans un bassin de décantation, qui mesure 50 km carrés. Et il y en aura d'autres, précise la réalisatrice. Si un des bassins brise, c'est l'équivalent, me disent des hommes de sciences, de 300 Exxon Valdez dans la rivière Athabaska. Et ils nous disent: « Ce n'est pas si, mais c'est quand ». — Shannon Walsh Autrement dit, les scientifiques sont sûrs que la catastrophe se produira. Mais à quel moment? Les autres problèmes L'autre problème, c'est la déforestation. Pour développer ce chantier industriel, il a fallu abattre une immense superficie de la forêt boréale. L'équivalent de la Floride, affirme Shannon Walsh. Un troisième problème, ce sont les émissions de charbon. Chaque fois, il y a aussi un coût de charbon dans l'environnement. C'est vraiment quelque chose de sale. — Shannon Walsh Les images du film montrent les cheminées de l'usine de raffinage cracher une épaisse fumée. Outre les coûts pour l'environnement, il y a les coûts pour les gens qui habitent près de l'exploitation. Encore une fois, le film s'attarde aux habitants de Fort Chipwyan, à leurs questions sur l'augmentation disproportionnée de cancers rares qui se sont déclarés dans la population de la municipalité. Pétrole pour les États-Unis Tous ces problèmes, pourquoi? Pour préserver un mode de vie... aux États-Unis. Car, selon Shannon Walsh, tout le pétrole extrait des sables bitumineux passe la frontière. Avec les sables bitumineux, on voit vraiment que le Canada est une colonie énergétique, je pense, en ce moment, une colonie des ressources naturelles des États-Unis. — Shannon Walsh Une colonie qu'on peut exploiter et réduire à l'état de paysage lunaire, comme le montre le film, sans que le Canada en retire beaucoup, dit la réalisatrice. Il n'y a pas beaucoup d'argent qui reste au Canada de tout ça. — Shannon Walsh Et la Chine est déjà dans le coup, car PetroChina a investi 1,9 milliard de dollars en Alberta. Pour les États-Unis ou pour la Chine, c'est possible de détruire le Canada, d'utiliser toutes ses ressources naturelles et laisser tout le terrain usé d'une manière, à mon avis, inacceptable. — Shannon Walsh Malgré cette perspective catastrophique, Shannon Walsh reste optimiste et prépare déjà son deuxième film. Elle prépare une réflexion que le film réalisé par Hubert Aquin dans les années 60, Le 5 septembre à Saint-Henri, lui a inspirée. J'ai d'autres projets. Mais ça, c'est un secret. — Shannon Walsh Ce disant, elle a éclaté de rire comme si elle jouait un bon tour à l'intervieweur. Console Audio-vidéo
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