Des bandes dessinées pour tous

Laflèche

Beaucoup d'humour, beaucoup de facéties, voilà qui devrait intéresser les jeunes et les moins jeunes à un pan de notre histoire. Bien sûr, cette bande dessinée n'a pas la prétention d'enseigner l'histoire même si les mises en situation, elles, sont historiques.

L'action du premier album se situe en 1754. Anglais et Français se disputent l'Amérique du Nord. Les premiers alliés aux Iroquois, les seconds aux Algonquins.

Laflèche, le héros, est entraîné dans une course pour retrouver la fille d'un chef algonquin enlevée par les Iroquois.

Un an plus tard, le même Laflèche se retrouve en Nouvelle-Écosse et dans le second album.

Il tente d'avertir la population acadienne de la menace qui pèse sur eux. Grâce à son aide, un village réussit, aux termes de péripéties toutes plus loufoques les unes que les autres, à se soustraire à la déportation et à rejoindre l'île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard).

Les deux scénarios recourent à tous les clichés pour faire rire, mais le lecteur ne s'en formalisera pas parce qu'il rira. Quant au dessin, il suit la plus pure tradition de la BD qui a pour objectif le rire: caricatural et coloré, sans aucune extravagance que ce soit dans le découpage, la mise en couleur ou la mise en scène.

Laflèche
Fort Nécessité, tome 1
Cobequid, tome 2
scénario de Mario Landry et Marcel Levasseur
dessins de Marcel Levasseur
Boomerang Éditeur jeunesse
Couvertures de bandes dessinées

Donat Toulmonde, bête politique

Donat Toulmonde est le nouveau député indépendant du comté de Sainte-Poutine, tout nouvellement créé. Comme l'explique Mario Dumont : « C'est nous qui avons songé à ce nom évocateur. La poutine représente bien le Québec ».

Donat Toulmonde, c'est le gros bon sens des Québécois qui s'attaque à la politicaillerie provinciale, à la suffisance des politiciens, à leur mégalomanie. Il faut voir la colère noire de Pauline Marois quand on la surprend à acheter un Jos. Louis dans une distributrice de l'Assemblée nationale. Il faut voir Mario Dumont, alors chef de l'ADQ, dormir lors d'une cérémonie d'assermentation ou Jean Charest se faire arroser des excréments d'un concombre de mer.

Chaque histoire tient sur deux pages. Les histoires sont drôles, les personnages bien campés et bien dessinés. Mario Malouin n'épargne personne et ça met un baume sur le coeur du contribuable québécois.

Donat Toulmonde, bête politique
Scénario et dessins : Mario Malouin
Couleurs : Violaine Piché
Glénat Québec

Terre Neuvas
Quelques jours d'été
Un îlot de bonheur

En 2009, le bédéiste Christophe Chabouté nous a donné Terre Neuvas et les éditions Vents d'Ouest, une réédition de deux titres parus l'un en 1998 et l'autre en 2001. Chaque fois, Chabouté reste fidèle à lui-même. Il donne un coup de poing en noir et blanc à la face psychédélique de la BD. Chabouté, c'est d'abord l'art de la narration sans texte. Ce dessinateur sait raconter, plus, il sait intriguer sans paroles.

Dans Terre Neuvas, il faut attendre la troisième planche avant d'entrevoir où on est et la septième avant de lire le premier mot de l'aventure. Car, c'est bien d'aventure dont il s'agit, celle de pêcheurs qui font route vers les bancs de Terre-Neuve, à bord d'un trois-mats, pour une campagne de pêche en 1913. Dur quotidien d'hommes rudes qui initient un mousse à leur vie. Ce mousse, d'abord leur tête de Turc, leur réserve une surprise. De taille. À lire pour le plaisir de l'oeil et de l'esprit.

Quelques jours d'été et Un îlot de bonheur racontent aussi les aventures d'un jeune garçon. Ici, la dureté de la vie est tout aussi présente au quotidien, quoique plus insidieuse. Le garçon est aux prises avec des parents qui se chamaillent sans arrêt. Mais il y a de l'espoir, tout de même, dans cette vie qui semble un tunnel.

Terre neuvas
Quelque jours d'été
Un îlot de bonheur

Chabouté
Vents d'Ouest

Tuer Vélasquez

Philippe Girard pratique, lui aussi, le noir et blanc. Il a aussi le sens de la narration sans paroles. Tuer Velasquez, c'est l'histoire d'un homme qui se souvient.

Philippe a été jeune. Au moment du divorce de ses parents, il a changé d'école, de ville et d'amis. Complètement désorienté, il s'est rabattu sur la lecture et a découvert les aventures de Jack Bowmore. Sa mère l'inscrit à un groupe de jeunes. L'adulte qui dirige ce groupe a toute la confiance de la mère. Même si c'est un prédateur sexuel. Ce qu'ignore la mère de Philippe. Seulement, pendant tout le temps que ce prédateur le menace, l'adolescent connaît la peur et la honte, le désarroi et la vulnérabilité de celui qui se retrouve seul.

En quatrième de couverture, on peut lire que cette BD est un récit autobiographique. Saluons le courage de Philippe Girard de se dévoiler et, en même temps, d'offrir aux amateurs une BD hors de l'ordinaire.

Tuer VélasquezPhilippe Girard
Glénat Québec
Couvertures de BD

L'île au Poulailler

Voici une histoire de pirates paillarde. Brutalité et sexe sont au rendez-vous. De vrais pirates affrontent d'autres pirates dirigés par une femme. « Une femme en mer, sacrilège! », lancent les pirates dans toute leur mâlitude.

Il y a des chasses au trésor, des chasses aux pirates qui volent d'autres pirates, une folle équipée pour tenter de récupérer un trône d'or.

Le coup de crayon est net et délimite personnages, objets et décors. Les couleurs sont traitées en aplat, sans ombre ni lumière. Des bleus, beaucoup de bleus dans cette aventure maritime, des ocre, des orangés et des marron. Une palette réduite très efficace et stylisée. Les cadres sont grands, presque toujours carrés, ce qui, avec le trait et les cadres, caractérise le style de l'album.

L'île au Poulailler, tome 1Laureline Mattiussi
couleurs : Isabelle Merlet
[treizeétrange]

L'Épervier, tome 7, La Mission

Avec L'Épervier, on change de style, même si on reste dans la saga maritime et la flibusterie. Ici, le dessin se veut réaliste, le trait précis, les détails fignolés.

Nous voici au Canada, en avril 1742. Un homme livre un message de manière inattendue et inusitée. Ce message est adressé au roi qui charge M. de Kermeur, dit l'Épervier, d'une mission au Canada. Mais une menace plane en permanence sur lui, et, avant d'y parvenir, il devra échapper à de nombreux traquenards.

La palette de Patrice Pellerin est à la fois riche en couleurs douces et évocatrices.

L'Épervier, tome 7, La MissionPatrice Pellerin
Quadrants

Le tour du monde en bande dessinée, volume 1

Cet album contient 11 histoires différentes, écrites et dessinées par 12 bédéistes. De la Côte d'Ivoire aux États-Unis, en passant par le Japon, le Québec, la Corée, l'Afrique du Sud, l'Argentine et d'autres pays, les histoires se dessinent aussi bien en couleurs qu'en noir et blanc.

Du récit d'écologie fiction, de Enrique Breccia, au périple à Trois-Rivières d'un Montréalais, de Jimmy Beaulieu, de l'émigration d'un Ivoirien en France, de Clément Oubrerie et Marguerite Abouet, aux tensions suscitées dans les couples par l'élection d'Obama, de Miriam Katin, les sujets sont aussi divers que l'origine des créateurs.

Les styles aussi, qui vont du trait net et précis aux coups de crayon hachurés. Un seul récit sans paroles, et en noir et blanc: une réussite de l'Américain Kikuo Johnson. Cette initiative qui, espérons-le, ne sera pas la dernière ouvre une fenêtre sur la production de BD ailleurs qu'en Europe ou aux États-Unis.

Le tour du monde en bande dessinée, volume 1Collectif d'auteurs et dessinateurs
Delcourt
Couvertutres de BD

Les P'tits Diables, tome 9, Interdit aux soeurs

Pour nous faire rire, les p'tits diables sont de retour. Alien, c'est la fille, Microbe, le garçon. Nina et Tom se détestent dans un amour fou. S'il fallait que la vie les sépare, ils en pleureraient toutes les larmes de leur corps. Pourtant, ils sont féroces, l'un à l'égard de l'autre. Et c'est ce qui fait rire. Chaque histoire tient en une planche et promet toujours un rire à la dernière vignette. Promesse tenue 41 fois.

Les P'tits Diables, tome 9, Interdit aux soeursscénario et dessins: Olivier Dutto
couleurs: Benoît Bekaert
Soleil

Les Sisters, 3: c'est elle qu'a commencé

L'amour que se portent Marine, la cadette, et Wendy, l'aînée, est plus évident que celui qui sous-tend l'affrontement perpétuel de Tom et Nina. Parce que ce sont deux filles? Peut-être! Au lieu de toujours s'affronter, elles dansent ensemble, elles glissent sur la neige, elles font des frasques ensemble.

Et parfois, l'une joue un vilain tour à l'autre. Mais ce n'est jamais la même. Chacun son tour. Ici aussi, chaque histoire tient en une planche et finit sur un rire. La palette exploite toutes les teintes pastel.

Les Sisters, 3: c'est elle qu'a commencéscénario: Cazenove & William
dessins et couleurs: William
Bamboo Édition
Couvertures de BD

Chansons de Boris Vian en bandes dessinées

Le titre dit tout. Treize chansons traduites intégralement en cases, en couleurs, en personnages tous plus rigolos les uns que les autres. Sauf les soldats du Déserteur.

Ça commence avec La Java des bombes atomiques et ça finit par Fais-moi mal, Johnny. Entre les deux, les chansons engagées, drôles, tendres, antimilitaristes, libertaires et tragiques du grand Boris.

Un dessinateur différent illustre chaque chanson. Autant de chansons, autant de styles. Du plus fantasque au plus réaliste, mais toujours le même plaisir de savourer les textes de BV, en se remémorant des interprétations mémorables, comme celles de Pauline Julien, Magali Noël, Serge Reggiani, Mouloudji et, bien sûr, BV lui-même.

Un texte éclaire d'un jour nouveau chaque chanson-bd et, quel plaisir! une discographie rappelle tous ceux et toutes celles qui ont interprété la chanson.

Chansons de Boris Vian en bandes dessinéestexte des Georges Unglik et Olivier Petit
illustrations un collectif de 13 dessinateurs
couverture: Michel Cabos
Petit à petit
collection chansons en BD

Capitaine Static 3 - L'Étrange Miss Flissy

Le dernier et non le moindre. Le héros chargé d'électricité statique et chargé de surveiller le monde contre les méchants est de retour. Capitaine Static se regarde dans le miroir et se trouve unique. Il a la vanité de penser qu'il est le seul super-héros, jusqu'au jour où il découvre Miss Flissy.

Cette super-héroïne l'envoûte, pour ne pas dire qu'elle l'embobine, avec ses spirales pourpres et blanches qui sentent l'orchidée sauvage et le baiser de vanille. Et Capitaine Static tombe dans le piège. Mais qui le lui a tendu?

Alain M. Bergeron a su préserver dans ce troisième tome des aventures de « Qui s'y frotte, s'y TIC! » la fantaisie et l'humour bon enfant des deux précédents. Deux bandes s'affrontent, les bons et les méchants, et les bons triomphent. Comment pourrait-il en être autrement? Capitaine Static veille sur la ville.

Capitaine Static 3 - L'Étrange Miss Flissy Alain M. Bergeron
illustrations Sampar
Québec Amérique

À découvrir aussi

Au cours de l'année 2009, Radio-Canada.ca a mené quelques entrevues avec des scénaristes et dessinateurs québécois de bandes dessinées. Leurs entrevues sont à lire et à relire.

Vincent Rioux Vincent Rioux signe ses BD VoRo.   © Luc Lavigne

VoRo a signé L'été 63 en 2009. Un adolescent découvre à sa stupéfaction le secret de son père. Sa vie en est bouleversée. Cet album marque un virage dans la production artistique de Vincent Rioux, qui signe ses albums VoRo.

Le concepteur et dessinateur de BD Jean-François Bergeron Le concepteur et dessinateur de BD Jean-François Bergeron   © Luc Vidal

Jean-François Bergeron a lui aussi lancé un album en 2009 : Saint-Germain. Le personnage du titre, c'est une manière de James Bond du XVIIIe siècle. Pour lui aussi, cet album marque un virage artistique. Plus, c'est un virage psychologique, un album plus près de ce qu'il est que la série Le Crépuscule des dieux, qu'il a signée Djief.

En complément

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