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Danse

Quand l'Australie séduit...

Mise à jour le mardi 10 novembre 2009 à 16 h 41

La danseuse Kristina Chan dans un extrait de Construct

Photo: Chris Herzfeld

La danseuse Kristina Chan dans un extrait de Construct

Danseuse de talent, chorégraphe inspirée, Tanja Liedtke vivait pour le mouvement. Elle est morte, happée par une voiture, en Australie. C'était en 2007.

Tanja Liedtke avait trente ans, un âge où l'on construit sa vie. Et sa dernière oeuvre s'appelle justement Construct. Une chorégraphie bâtie sur les rêves que tout un chacun échafaude et sur les gestes qu'il faut poser pour les réaliser: construire une maison, élaborer des liens avec les autres, se lever bravement chaque matin et, forcément, se coucher le soir...

Construct est présenté jusqu'au samedi 14 novembre à la Cinquième salle de la Place des arts. L'oeuvre est interprétée par des danseurs venus d'Australie. Née en Allemagne, Liedtke avait grandi en Espagne et au Royaume-Uni avant de s'établir en 1996 à Sydney.

Au départ Tanja Liedtke destinait Construct à un duo de danseurs, Kristina Chan et Paul White. La chorégraphe n'entendait pas monter sur scène. Mais le Southbank Center de Londres, qui savait à quel point Liedtke était une interprète saisissante, proposa de commanditer l'oeuvre, à la condition expresse que l'Allemande monte sur scène, aux côtés de ses danseurs.

« C'est ainsi que Construct est devenu un trio », se rappelle Kristina Chan, qui avait dansé aux côtés de Liedtke pendant plusieurs années avant que cette dernière crée Construct.

Tanja Liedtke n'était pas du genre à lancer des idées sans les pousser. Elle partait d'idées très simples et les explorait pendant un moment, pour en tirer toutes les possibilités. Elle s'investissait dans son travail.

— Kristina Chan, danseuse et collaboratrice de Tanja Lidtke

Danser tout en racontant une histoire

Pour Tanja Liedtke, la danse était une façon de raconter une histoire, pas forcément linéaire. Et la chorégraphe se servait volontiers de l'humour pour faire passer son propos.

« Le public éclate de rire dès le début de Construct, raconte Kristina Chan. Il faut s'attendre à être considérablement diverti par cette chorégraphie! Ce n'est pas de la danse contemporaine sérieuse; ce n'est pas une joke non plus... C'est une oeuvre ludique, très physique et vraiment belle. »

Construct, comme son nom l'indique, s'élabore sous les yeux du public comme une construction. « Les gens ne sont pas certains au début de ce qui se passe, car l'action est un peu abstraite. Puis, à mi-parcours de la chorégraphie, nous devenons des personnages », décrit Kristina Chan.

La danseuse Kristina Chan, qui est née de père chinois et de mère australienne, a grandi en Australie. L'autre danseuse, qui incarne le personnage créé au départ par Liedtke, s'appelle Charmene Yap. Cette dernière est également d'origine asiatique, mais citoyenne australienne. « Il y a une grande communauté d'origine asiatique en Australie », explique Kristina Chan. Paul White complète la distribution et, comme Kristina Chan, il était de la version originale de Construct.

Une danse australienne teintée d'influences européennes

Michel Gagnon, directeur de la programmation de la Place des arts, soutient que le public montréalais a peu d'occasions de voir le travail des Australiens en danse. Un travail absolument unique, souligne-t-il.

Dans le cas de Tanja Liedtke, l'inspiration est avant tout australienne, de l'avis de Kristina Chan, qui y voit aussi des accents européens, puisque la chorégraphe avait reçu sa formation en danse sur ce continent et qu'elle y était aussi montée sur scène.

« Il y a dans la danse signée Tanja Liedtke une jeunesse et une fraîcheur qui sont typiques de l'Australie, décrit Kristina Chan. Et il n'est pas rare qu'au terme du spectacle, des gens qui n'avaient jamais vu de spectacle de danse de leur vie viennent nous dire à quel point ils ont aimé Construct.

De la danse d'Australie, la Cinquième salle de la Place des arts en a présenté plus tôt cet automne avec la compagnie Force majeure. En février, ce sera au tour du collectif Splintergroup de Brisbane de montrer leur savoir-faire avec une oeuvre intitulée Roadkill

Entre temps, il y aura eu Tanja Liedtke. Ou plutôt, ses danseurs, qui tenaient absolument à faire vivre plus longtemps le travail de cette artiste. Sa mort a laissé la communauté australienne de danse sous le choc. Kristina Chan, qui travaille pourtant pour diverses compagnies, s'est dit : « Now what ? »

« Je m'attendais à danser avec Tanja pour le reste de ma carrière », résume la danseuse, âgée de trente ans.

Avec ses danseurs, Liedtke était attentionnée et très inspirante. Mais n'est-ce pas le cas de tous les chorégraphes? « Non, réplique posément Kristina Chan. À cet égard, Tanja était exceptionnelle. »

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