Edgar Fruitier raconte

  |  Richard Raymond  |  Radio-Canada
Mémoires, Edgar Fruitier

Il aura 80 ans le 8 mai 2010. Mais en entrevue avec Radio-Canada.ca, à l'occasion de la sortie de ses Mémoires, recueillies par Jean Faucher, Edgar Fruitier se montre d'une jeunesse étonnante. L'homme est alerte, disert, rieur, rieur, rieur et curieux de tous ceux qui le croisent.

Edgar Fruitier est comédien et fin mélomane. Il publie ses Mémoires, recueillies par Jean Faucher. Conversation avec un homme que son enthousiasme, autant pour le théâtre que la musique, nourrit.

Edgar Fruitier, personne ne l'ignore, a développé parallèlement deux enthousiasmes, l'un pour le théâtre et l'autre pour la musique. Il n'aime pas le mot passion, qui, dit-il, conduit à la mort. Ce qu'on sait moins, c'est que cet homme qui écoute facilement 10 heures de musique par jour aime jouer des tours. Il a même construit un canular autour de son 15e anniversaire de naissance.

« Le 8 mai 1945, c'est un cadeau extraordinaire qui m'a été fait. C'était le jour de la paix. » — Edgar Fruitier

Ce jour-là, l'armistice est signé entre l'Allemagne nazie et les Alliés. Parvenu à l'âge adulte, Edgar Fruitier racontera à des amis que c'est grâce à lui. Il avait appelé, soutenait-il, l'amiral Donitz et le général Eisenhower pour leur dire de mettre fin à cette sale guerre. Et les deux hommes avaient cédé à son instance.

Il finit son histoire avec son rire presque devenu une signature: sonore et généreux, mais aussi tempéré par l'espèce de velours si caractéristique de sa voix.

« Ça, c'est tout à fait moi, monter des canulars. En coulisse, mais jamais sur scène. » — Edgar Fruitier

La scène, lieu sacré

Il y a une raison: la scène n'est pas faite pour ça.

« C'est un peu notre tabernacle. C'est trop sacré, la scène, pour qu'on fasse ce genre de choses-là. Mais, en coulisse, on peut faire ce qu'on veut. » — Edgar Fruitier

Son rire si personnel, si généreux, éclate de nouveau. Il continue de parler avec feu du théâtre.

« Qu'est-ce que vous voulez? C'est mon métier. J'aimerais encore jouer 75 ans, 100 ans, ce qui n'arrivera pas, vous savez, quoi qu'on dise. » — Edgar Fruitier

Tous les aspects du théâtre l'intéressent. Il discute volontiers de l'école de Diderot, à laquelle il dit appartenir, et de celle de l'Actor's Studio. Le comédien a aussi beaucoup joué à la télévision et il a aimé la télévision. Mais la scène, comme il dit, c'est le fond du métier. Elle permet une conversation entre ce qui se passe sur scène et le public.

« Le théâtre, ça se trouve entre les deux, c'est cette mystérieuse partie qui est près du proscénium. C'est quelque chose qui est indéfinissable. » — Edgar Fruitier

L'indéfinissable mystère

Mystère, le mot revient lorsqu'on aborde la musique, l'autre enthousiasme d'Edgar Fruitier.

« S'il n'y avait pas le mystère, je pense qu'on n'aimerait plus ça. » — Edgar Fruitier

Il ignore ce qui fait l'émotion musicale, même si, plus jeune, il a essayé de trouver et de comprendre ce que c'était. Il évoque l'image du petit garçon qui démonte son train électrique pour tenter d'en comprendre le mystère.

« On cherche à élucider ça. C'est normal, mais je pense qu'on n'arrive jamais à trouver le fin mot de l'affaire. » — Edgar Fruitier

Le fin mot de l'affaire, pourtant, a un nom : la Symphonie pathétique, de Tchaïkovski. Edgar Fruitier est allé l'entendre pour la 1000e fois, dit-il, mardi soir, à l'Orchestre symphonique de Montréal. Une interprétation du chef Maxim Vengerov, qui lui a tiré des larmes. Comme de nombreuses autres interprétations de nombreuses autres oeuvres musicales du répertoire.

Mémoires Edgar FruitierPropos recueillis par Jean Faucher
préface de Gérard Poirier
Québec Amérique
176 pages