Il aura 80 ans le 8 mai 2010. Mais en entrevue avec Radio-Canada.ca, à l'occasion de la sortie de ses Mémoires, recueillies par Jean Faucher, Edgar Fruitier se montre d'une jeunesse étonnante. L'homme est alerte, disert, rieur, rieur, rieur et curieux de tous ceux qui le croisent.
Edgar Fruitier est comédien et fin mélomane. Il publie ses Mémoires, recueillies par Jean Faucher. Conversation avec un homme que son enthousiasme, autant pour le théâtre que la musique, nourrit.
Edgar Fruitier, personne ne l'ignore, a développé parallèlement deux enthousiasmes, l'un pour le théâtre et l'autre pour la musique. Il n'aime pas le mot passion, qui, dit-il, conduit à la mort. Ce qu'on sait moins, c'est que cet homme qui écoute facilement 10 heures de musique par jour aime jouer des tours. Il a même construit un canular autour de son 15e anniversaire de naissance.
Ce jour-là, l'armistice est signé entre l'Allemagne nazie et les Alliés. Parvenu à l'âge adulte, Edgar Fruitier racontera à des amis que c'est grâce à lui. Il avait appelé, soutenait-il, l'amiral Donitz et le général Eisenhower pour leur dire de mettre fin à cette sale guerre. Et les deux hommes avaient cédé à son instance.
Il finit son histoire avec son rire presque devenu une signature: sonore et généreux, mais aussi tempéré par l'espèce de velours si caractéristique de sa voix.
La scène, lieu sacré
Il y a une raison: la scène n'est pas faite pour ça.
Son rire si personnel, si généreux, éclate de nouveau. Il continue de parler avec feu du théâtre.
Tous les aspects du théâtre l'intéressent. Il discute volontiers de l'école de Diderot, à laquelle il dit appartenir, et de celle de l'Actor's Studio. Le comédien a aussi beaucoup joué à la télévision et il a aimé la télévision. Mais la scène, comme il dit, c'est le fond du métier. Elle permet une conversation entre ce qui se passe sur scène et le public.
L'indéfinissable mystère
Mystère, le mot revient lorsqu'on aborde la musique, l'autre enthousiasme d'Edgar Fruitier.
Il ignore ce qui fait l'émotion musicale, même si, plus jeune, il a essayé de trouver et de comprendre ce que c'était. Il évoque l'image du petit garçon qui démonte son train électrique pour tenter d'en comprendre le mystère.
Le fin mot de l'affaire, pourtant, a un nom : la Symphonie pathétique, de Tchaïkovski. Edgar Fruitier est allé l'entendre pour la 1000e fois, dit-il, mardi soir, à l'Orchestre symphonique de Montréal. Une interprétation du chef Maxim Vengerov, qui lui a tiré des larmes. Comme de nombreuses autres interprétations de nombreuses autres oeuvres musicales du répertoire.