Walkerton, ou l'enfer
de l'eau contaminée
C'est
le 12 mai 2000 qu'est soudain brisée la quiétude de la petite
ville ontarienne de Walkerton. À la suite d'un violent orage qui
frappe toute la région, les eaux potables sont contaminées par
une souche mortelle de la bactérie E. coli. Sept personnes perdront
la vie, des milliers d'autres souffriront de maux divers. Il s'agit
du plus gros cas de contamination à l'E. coli au Canada,
et, aujourd'hui encore, certains citoyens de la ville en portent
les séquelles. Petit à petit, la vérité
va sortir, et elle montrera que depuis longtemps le système
d'approvisionnement en eau potable de la communauté était
fragile et mal contrôlé.
Après des mois d'incertitude,
d'accusations et de scandale, c'est finalement le 18 janvier 2002
que sort une version abrégée du rapport issu de
l'enquête publique. Ce rapport
met à la fois en cause le ministère de l'Environnement
et les responsables des eaux de la ville.

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Qu'est-ce que l'E-coli?
Les E-coli (escherichia coli) sont des
bactéries qui se retrouvent communément dans les intestins
des humains et des animaux. Il existe plusieurs types différents
de E-coli, dont certains ne sont pas nuisibles aux humains
et d'autres sont au contraire cause d'une maladie grave,
qu'on appelle communément «maladie du hamburger»..
L'E. coli O157: H7, que l'on
a retrouvé dans les eaux de Walkerton, compte parmi les
souches les plus redoutables.
Les symptômes de la maladie provoquée par E.coli O157: H7
comprennent des crampes abdominales et une diarrhée aqueuse
pouvant devenir sanglante (colite hémorragique).
Il arrive d'observer également de la fièvre et des vomissements
et la plupart des sujets atteints se rétablissent en une
dizaine de jours. Néanmoins, pour un petit nombre d'entre
eux, notamment les jeunes enfants et les personnes âgées,
l'infection peut s'accompagner de complications risquant
d'être fatales, comme le syndrome urémique hémolytique.
Ce syndrome se caractérise par une insuffisance rénale aiguë,
une anémie hémolytique et une thrombopénie. On estime qu'il
peut se manifester dans une proportion allant jusqu'à 10
% des cas, avec un taux de létalité compris entre 3 et 5
%.
La période d'incubation de la maladie va de 3 à 8 jours
mais elle est en moyenne de 3-4 jours.
(source : Organisation mondiale de la Santé).
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Un retour sur les événements:
Chronologie de la crise
source : revue de l'année 2000 et site des
nouvelles de Radio-Canada:
Vendredi 12 mai 2000: Un orage
frappe le sud de l'Ontario. Les eaux de pluie auraient été contaminées
par la bactérie E. Coli provenant des excréments de bestiaux.
Du vendredi 12 mai au lundi 15 mai:
Première exposition des résidents à la bactérie, probablement
après avoir consommé de l'eau.
Lundi 15 mai: Des représentants
de la Commission des services publics de la Ville commencent à
prélever des échantillons d'eau.
Mercredi 17 mai: Apparition des
premiers symptômes: diarrhées accompagnées de sang, vomissements,
crampes et fièvre.
Jeudi 18 mai: Le bureau municipal
des services publics reçoit une télécopie des analystes signalant
une contamination de l'eau mais il n'avise ni le public ni le
Département de la santé publique (selon Murray McQuigge, chef
du bureau municipal de la santé). On a détecté dans les échantillons
200 organismes de l'E. Coli s /100ml d'eau, soit deux fois la
quantité considérée acceptable pour une plage publique (et non
pour de l'eau potable).
Du
vendredi 19 au dimanche 21 mai: Avec de plus en plus de cas
de personnes malades signalés dans la région, le bureau de la
santé publique appelle à de nombreuses reprises au bureau des
Services publics pour voir s'il y a un problème avec la qualité
de l'eau. On leur répond que tout va bien.
Dimanche 21 mai: Les représentants
de la Santé publique amorcent leurs propres analyses de l'eau
et émettent un avis à la population pour faire bouillir l'eau
potable avant de la consommer.
Mardi 23 mai: La Santé publique
reçoit la confirmation que l'eau de la ville est contaminée. Plus
de 150 personnes se sont présentées à l'hôpital et 500 autres
ont téléphoné pour se plaindre de divers maux. On s'attend à l'émergence
de plus de cas encore, la période d'incubation de la bactérie
étant de dix jours. Midi 24 mai: Les autorités de la Santé publique
annoncent les décès de quatre personnes, soit un bébé et trois
adultes, imputables à la bactérie.
Jeudi 25 mai: Une autre personne
âgée meurt, ce qui porte le nombre de décès à cinq. S'ajoutent
quatre enfants hospitalisés dont l'état est critique. Les
responsables des services publics sont incapables de dire pourquoi
les employés chargés des analyses ne les ont pas alertés Les autorités
approuvent l'utilisation d'un médicament encore à l'étude
pour traiter les 700 victimes de la bactérie.
La moitié de la communauté
de 5000 personnes sera touchée par la contamination.
Juin: Le bilan est lourd
pour la petite communauté rurale : en tout, on compte sept morts,
et des milliers de malades (2300). Il faudra ensuite sept mois
de mesures draconiennes pour que les habitants puissent enfin
boire de nouveau l'eau du robinet. Entre temps, des faits troublants
émergent: les autorités de la municipalité étaient au courant
des problèmes de qualité de l'eau dans la communauté, mais ont
choisi de ne pas agir. On apprendra aussi au fil des semaines
que plusieurs études démontrant la piètre qualité de l'eau avaient
été vues par le ministère de l'Environnement de l'Ontario. Ces
études établissaient qu'on avait décelé dans les eaux de la ville
des coliformes à cinq reprises, ce qui suggérait déjà que les
eaux de surface s'infiltraient dans deux des sept puits de la
communauté. La colère des citoyens dépasse
les frontières de Walkerton.
En fait, c'est tout le gouvernement
ontarien qui est éclaboussé par l'eau contaminée de Walkerton;
il faut rappeler qu'en 1996, le gouvernement Harris avait coupé
les subventions à l'environnement et opté pour la privatisation
des systèmes de contrôle des eaux potables. D'ailleurs, quelques
mois après les événements de Walkerton, le gouvernement, au pied
du mur, annoncera des mesures pour améliorer la qualité de l'eau
dans les communautés de la province. Il fera paraître un triste
palmarès de la qualité des eaux .
Parmi
les communautés où l'eau pose problème : Sudbury et Hamilton,
deux villes importantes.
Du côté de Walkerton, un recours
collectif est déposé au nom des victimes en Cour supérieure.
Sous la pression publique, le
premier ministre de l'Ontario Mike Harris accepte finalement d'ouvrir
une grande enquête, qui débutera le 16 octobre 2000 (présidée
par le juge Dennis O'Connor). Ses travaux dureront dix mois et
seront marqués par des révélations souvent troublantes.
En tout, 114 personnes témoigneront, dont le premier ministre
de la province lui-même (juin 2001).

Par ailleurs, deux mois après
la tragédie, la province renonce à nettoyer le système de canalisations
de Walkerton et annonce qu'on remplacera 3,5 kilomètres de tuyaux
à un coût de 275 000.
LE PREMIER MINISTRE HARRIS S'ENGAGE À FORMER UNE COMMISSION
D'ENQUÊTE SUR LA TRAGÉDIE DE WALKERTON

« Les familles de Walkerton exigent
des réponses. La population ontarienne exige des réponses.
J'exige des réponses, a déclaré Mike Harris. C'est
pourquoi j'ai demandé un examen complet, ouvert et public
des circonstances entourant cette tragédie. »
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Juillet 2001 , l'Ontario offre
à la population de Walkerton des indemnités de 6000 dollars par
adulte et 3000 dollars par enfant pour avoir été privée d'eau
potable pendant plus de six mois. Le gouvernement offrait à l'origine
2000 .
Août 2001, le Coroner dépose
son rapport préliminaire, dans lequel il en vient à la conclusion
qu'une vigilance rigoureuse et des règles claires et coercitives
sur la sécurité en matière d'eau potable devront remplacer le
«climat de confiance» naïf qui régnait avant la pire
épidémie de la bactérie E.coli que le Canada ait connue. Dans
un volumineux mémoire de 400 pages, il formule 57 recommandations.
La remise du mémoire du coroner marquait alors la fin de la première
phase de l'enquête publique (au lieu de mener une enquête sur
la mort des personnes mortes d'empoisonnement à la bactérie E.
Coli, le coroner avait choisi de participer plutôt à l'enquête
publique dirigée par le juge Dennis O'Connor).
Décembre 2001: les choix politiques
de Mike Harris en matière de contrôle des eaux sont de nouveau
dénoncés : Selon une étude de l'Institut canadien du droit et
de la politique de l'Environnement, le nombre d'inspections de
routine des lacs et des rivières en Ontario a diminué de moitié
depuis l'arrivée des conservateurs de Mike Harris au pouvoir en
1995. Dans le même temps, indique le rapport, la présence d'agents
polluants dans certains cours d'eau a doublé. L'institut désigne
comme cause de cette dégradation de l'état des cours d'eau les
compressions budgétaires imposées par le gouvernement ontarien
et soutient que la situation ne pourra s'améliorer sans l'embauche
d'inspecteurs supplémentaires.
Janvier 2002: Le gouvernement
de l'Ontario demande à la police de faire enquête sur la fuite
qui a permis à la Presse Canadienne de révéler quelques unes des
conclusions de la commission d'enquête sur la contamination de
l'eau à Walkerton. Le gouvernement Harris est embarrassé par l'affaire
et il décide de devancer la présentation du rapport.
18 Janvier 2002: Sortie du rapport
abrégé, résultat de l'enquête publique.
Faits
saillants du rapport d'enquête sur l'eau contaminée
de Walkerton
Il faut noter que le document rendu public le 18
janvier 2002 n'est qu'une partie du document total, dont la suite
sera révélée plus tard. Cette sortie précipitée
fait suite à une fuite dans les médias qui a plongé
le gouvernement dans l'embarras.
Dans
le document, la commission émet 28 recommandations. Elle
attribue en partie la responsabilité du drame à la décision
du gouvernement Harris de réduire les dépenses en privatisant
les laboratoires d'analyse de l'eau. Selon l'enquête, les
compressions ont également empêché le ministère de l'Environnement
de maintenir sa vigilance dans les inspections de la salubrité
de l'eau du puits en cause à Walkerton. La commission estime
que jusqu'à 400 cas de contamination auraient pu être
évités dans ce dossier si la population avait été
avertie à temps. Elle dénonce aussi le travail du
responsable des eau du comté de Bruce, Stan Koebel et de
son frère.
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Stan Koebel: grand responsable ou bouc émissaire?
À
l'enquête publique sur la contamination de l'eau de Walkerton,
l'avocat de l'ancien gérant des Travaux publics de la Ville,
Stan Koebel, s'est livré à une attaque en règle contre le
gouvernement de l'Ontario.
Bill Trudell a dénoncé les avocats de la province
qui cherchent, selon lui, à attribuer toute la responsabilité
de la tragédie à son client.
Stan Koebel était le grand responsable du système de distribution
de l'eau potable au moment de la contamination par la souche
mortelle de la bactérie E.coli.
Pendant l'enquête, on a appris entre
autres que cet homme et son frère n'auraient pas
eu les qualifications requises pour cet emploi et auraient
falsifié des documents. Les frères Koebel
ont depuis perdu leur emploi à la ville de Walkerton.
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Parmi les recommandations émises, on retrouve
celles de renforcer les mécanismes de contrôle de
la qualité des eaux au niveau du ministère de l'Environnement
et des services sanitaires, d'effectuer des inspections surprises
des systèmes municipaux d'approvisionnement en eau potable
et surtout une augmentation des ressources allouées à
ce secteur.
En vertu du mandat de la commission d'enquête,
ces constats visent à mettre en place des recommandations
pour l'avenir et n'ont pas de conséquences civiles ou criminelles
directes.
Mike Harris présente des excuses

«Comme premier ministre,
je dois accepter la responsabilité ultime de toute lacune
du gouvernement de l'Ontario qui a été identifiée
par le juge O'Connor».»
Peu après la sortie du rapport, le premier
ministre de l'Ontario, Mike Harris, s'est exprimé. Il a
déclaré qu'il acceptait le contenu et les recommandations
du juge O'Connor et qu'il s'appliquerait à les mettre en oeuvre
dans leur ensemble. Selon lui, d'ailleurs, les deux tiers auraient
déjà été mises en place ou seraient
sur le point de l'être.
Mike Harris s'est dit «vraiment désolé» pour les
peines et les souffrances endurées par la population de Walkerton.
Il a aussi exprimé ses regrets pour toute décision de son gouvernement
qui aurait pu contribuer à la contamination de l'eau qui a causé
la mort de sept personnes.
Dans nos nouvelles :
13 janvier 2002 :
Walkerton : la commission dépose son rapport
2 janvier 2002 : Walkerton
: controverse autour du départ de Frank Koebel
15 janvier 2001 : Recours
collectif des victimes de Walkerton
Hyperliens:
The
Walkerton Inquiry
Justice
at Walkerton
Site du Fonds canadien pour la protection environnementale
Mike
Harris
Notre biographie
Mike
Harris
Page sur le premier ministre de l'Ontario
Ministère
de l'Environnement de l'Ontario
Nouvelles
politiques ontariennes en matière d'eau potable dans les
petites communautés
Site du ministère de l'Environnement de l'Ontario
Town
of Walkerton
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