
9 septembre 2005 - Journaliste : Sophie-Hélène Lebeuf 
 Écoutez l'entrevue
Adil Charkaoui parle de son arrestation, des certificats de sécurité et des conditions de sa libération. 
Deuxième partie 
Troisième partie 
Quatrième partie Quelques faits : Les certificats de sécurité ne découlent pas de la Loi antiterroriste, C-36, mais bien de la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés. L'expulsion ne peut faire l'objet d'un appel. Quatre autres individus, eux aussi arabes et musulmans, sont détenus en vertu de ces certificats. Montant de sa caution : 50 000 $ Il est appuyé par : le documentariste Alexandre Trudeau, fils de l'ancien premier ministre Pierre Elliot Trudeau;le cinéaste Denys Arcand;le chanteur Bruce Cockburn;les anciens ministres fédéraux Warren Allmand et Flora MacDonald.
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ENTREVUE EXCLUSIVE AVEC ADIL CHARKAOUI « Je ne veux pas seulement la liberté, mais la justice. » La liberté, Adil Charkaoui l'a obtenue sous conditions en février 2005 après avoir été emprisonné pendant près de deux ans en vertu d'un certificat de sécurité. Les autorités canadiennes soupçonnent ce résident permanent d'origine marocaine, arrivé au pays en 1995, d'appartenir à un réseau terroriste relié à Al-Qaïda. Mais l'universitaire de 32 ans, père de deux enfants, clame son innocence et conteste la validité du procédé qui a mené à sa détention. Il a rallié à sa cause de nombreux appuis et est devenu, pour plusieurs, un symbole de la lutte pour les droits la personne.Le 22 mai 2003, après avoir reconduit sa femme enceinte et sa fillette de deux ans chez un membre de leur famille, la vie d'Adil Charkaoui bascule. Il circule sur l'autoroute en direction de l'université lorsqu'il est encerclé par plusieurs voitures de services gouvernementaux. Des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), de l'Agence des services frontaliers du Canada, du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), de la Sûreté du Québec, de la police de Montréal et d'Immigration Canada, certains armés, l'arrêtent en vertu d'une mesure exceptionnelle de la loi sur l'immigration. « Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait », dit-il. Ce n'est qu'une fois à la prison de Rivière-des-Prairies qu'il apprend l'existence du certificat de sécurité délivré à son endroit. « La télé était allumée », se rappelle-t-il. Ils parlaient de l'arrestation d'un agent d'Al-Qaïda, Adil Charkaoui. Moi, j'étais vraiment sidéré. » Ces certificats de sécurité, une procédure qui permet l'expulsion vers leur pays d'origine les personnes soupçonnées de menacer la sécurité nationale, Adil Charkaoui les définit plutôt comme des certificats de « culpabilité ». « Il est presque impossible de gagner contre cette loi », déplore-t-il. Détention sur la base de soupçons, divulgation d'une partie seulement de la preuve à l'accusé : « c'est un simulacre de procès, c'est une vraie parodie », s'insurge-t-il. « C'est vraiment du vrai Kafka. »  | | Plusieurs manifestations ont été organisées en appui à Adil Charkaoui. |
| Adil Charkaoui obtient une libération conditionnelle en février 2005. « La liste [de restrictions] est vraiment longue », soupire-t-il. Un parent doit l'accompagner s'il sort de chez lui, il doit respecter un couvre-feu (entre 20 h 30 et 8 h), il doit se soumettre à plusieurs interdictions: quitter l'île de Montréal, utiliser un ordinateur, utiliser un autre téléphone que celui de son domicile, entrer en contact avec des personnes ayant un casier judiciaire de même qu'avec plusieurs individus dont le nom figure sur une liste. Un précédent dans une cause d'immigration, il porte également un bracelet de surveillance électronique - qu'il décrit comme un « bracelet de la honte ». « Le comité onusien sur la détention arbitraire a bien dit [...] que le Canada n'avait pas le droit de me traiter comme un criminel », rapporte-t-il.« Quand on ne peut pas toucher ses enfants, sa femme, sa famille, qu'il y une vitre entre les êtres qui nous sont chers, c'est incroyable, c'est à en devenir fou », se plaint-il. Il y a aussi ces « petits détails », comme « ne pas pouvoir respirer l'air frais ». Une dette que doivent payer les criminels envers la société, mais une injustice difficile à « digérer » lorsqu'on est innocent, soutient-il. Ce qu'il trouve le plus difficile, c'est toutefois « le regard des autres », ne sachant pas s'il doit y lire de l'empathie ou de la suspicion.
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