

SPIRALE HAUSSIÈRE DES PRIX Le prix du pétrole a plus que doublé depuis 2003. Pourquoi? Un marché très serré La principale raison de cette cascade de prix records est structurelle. L'offre réussit difficilement à suivre la demande. Cette explosion de la demande s'explique, notamment, par la croissance économique fulgurante de la Chine- le PIB a progressé de 9 % en 2004! A elle seule, la Chine représentait 30 % de la hausse de la consommation mondiale de pétrole en 2004. La Chine n'est cependant pas la seule responsable de cet accroissement de la demande de brut. Les États-Unis, plus grand consommateur de pétrole au monde, affichent une augmentation de leur consommation près de deux fois supérieure à la moyenne des dernières années. On observe également un boom de la demande dans d'autres pays comme l'Inde et le Japon. Or, pour répondre à cette forte hausse de la demande, le seul pays capable de pomper davantage d'or noir est l'Arabie saoudite. En fait, il y a actuellement très peu de capacité excédentaire de production dans le monde. Tensions géopolitiques  | | L'Arabie saoudite est le premier producteur et exportateur de brut au monde. |
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On comprend pourquoi les menaces d'attentats terroristes qui ont plané sur l'Arabie saoudite au début du mois d'août 2005 et qui ont forcé les États-Unis à fermer leur ambassade et leurs consulats de Djeddah et Dharan ont rendu les marchés pétroliers très inquiets. Aux menaces et attentats terroristes, s'est ajouté à la fin du mois d'août, une catastrophe naturelle d'une ampleur sans précédent aux États-Unis : l'ouragan Katrina. Dans un contexte où l'offre réussit déjà difficilement à suivre la demande, cet ouragan a créé une véritable onde de choc sur les marchés financiers où sont négociés l'essence et le pétrole. Imaginez: 80 % de la production de gaz naturel a été mise K.-O. dans le Golfe du Mexique et 95 % de la production de pétrole a été suspendue dans cette région dévastée par Katrina. La production reprend graduellement mais plusieurs installations pétrolières resteront fermées durant plusieurs mois. Face à l'urgence de la situation, le gouvernement américain a annoncé l'ouverture de ses réserves stratégiques de pétrole afin de permettre aux raffineries- en rupture de stocks- de continuer à produire de l'essence, de l'huile à chauffage et autres produits de transformation. Capacité insuffisante de raffinage Dans l'espoir de jeter du lest dans un marché extrêmement serré, l'OPEP a haussé sa production à plusieurs reprises depuis 2004. Le cartel a augmenté sa production de 2,2 millions de barils par jour en 2004, du jamais vu depuis la fin des années 80. Mais cela n'a pas suffi à calmer les inquiétudes des opérateurs sur les marchés. C'est que, même si on pompe davantage de pétrole, il n'y a pas, actuellement, assez de capacités de raffinage dans le monde permettant de transformer ce pétrole en essence, gaz naturel, mazout et autres produits de consommation. Si bien, qu'à son tour, la production de ces carburants réussit difficilement à suivre la demande. Les stocks d'essence et de mazout se remettent alors à baisser, ce qui contribue à la flambée des prix sur les marchés. L'institut français du pétrole estime que les stocks moyens d'essence sont passés de 30 à 23 jours au cours des 10 dernières années en Amérique du Nord. Cette baisse des stocks accentue donc la pression sur les prix. Explosion des prix de l'essence Selon l'Institut français du pétrole, les prix des différentes énergies ont plus que doublé entre 2002 et 2004 sur les marchés financiers. Après le passage de l'ouragan Katrina, le prix des contrats à terme sur l'essence pour livraison en septembre 2005 a atteint, le 31 août, 2,92 $US le gallon sur le NYMEX, la bourse de marchandises de New York. Étant donné que le prix de l'essence au détail est habituellement 65 ¢US de plus que le prix de gros, il faut donc s'attendre, selon les analystes, à ce que le prix de l'essence à la pompe dépasse largement les 3 $US le gallon aux États-Unis. Cette prévision s'est déjà concrétisée. Selon les chiffres de l'association américaine des automobilistes, le prix moyen de l'essence à la pompe a atteint, 3,01 $US le gallon, le 2 septembre, un record. L'essence au détail se vend 65% plus cher qu'il y a un an chez nos voisins américains! Chez nous, les prix ont suivi cette même tendance haussière. On a vu les prix à la pompe atteindre 1,47 $ le litre à Montréal, le 2 septembre 2005. Au Québec, plusieurs voix commencent d'ailleurs à s'élever pour réclamer une baisse des taxes sur l'essence dans l'espoir de donner un répit aux consommateurs. L'opposition péquiste a même demandé une enquête de la Régie de l'énergie sur les marges de profits des raffineurs. Des marges de profits records Il est vrai que l'explosion des prix a fait bondir les marges bénéficiaires des raffineurs. Avant même le passage dévastateur de Katrina, l'augmentation de la demande combinée à une saturation des capacités de raffinage et à une baisse des stocks de pétrole et d'essence avaient propulsé à la hausse les marges de profits des raffineurs. Selon l'Institut français du pétrole, déjà en 2004, les marges de profits de raffinage étaient à des niveaux records, c'est à dire, de 2 à 3 fois supérieures à la moyenne observée entre 1995 à 2003. Or, en 2005, les prix ont continué de flamber, de sorte que les marges bénéficiares sont aujourd'hui 5 fois supérieures à ce qu'elles étaient il y a un an, selon l'agence de presse Bloomberg! Solutions : augmenter l'offre? Alors, pour rétablir un meilleur équilibre entre l'offre et la demande, ne faudrait-il pas que les raffineurs et les pétrolières qui engrangent des profits records grâce à la hausse des prix, investissent davantage pour augmenter leurs capacités de production? L'OPEP a plaidé, le 17 août 2005, en faveur d'une augmentation des capacités de raffinage afin de réduire la pression sur les prix. L'Institut français du pétrole rappelle toutefois que les raffineurs, qui ont été durement affectés par un effondrement des prix du brut à 10 $US le baril en 1999, hésitent encore à investir, car ils ne sont pas convaincus que les prix actuels resteront élevés. (1) Par ailleurs, l'IFP montre du doigt la baisse des investissements en exploration et production: « on se trouve aujourd'hui à des niveaux d'investissements significativement plus faibles en dollars constants par rapport au début des années 80 alors que la consommation a augmenté de 30% (...) Ce phénomène de sous-investissement porte en lui les germes de tensions sur l'offre dans les années à venir. » (2) Cela dit, le marché pourrait finir par se réguler de lui-même. En théorie, une telle flambée des prix devrait entraîner, tôt ou tard, une baisse de la demande, qui à son tour, contribuera à faire reculer les prix. On constate toutefois que la hausse vertigineuse des prix du brut et des produits de raffinage n'a pas encore fait diminuer la demande de manière significative. En France, par exemple, la consommation de pétrole a diminué très légèrement lors du boom des prix au mois d'août 2005. Mais, à l'échelle mondiale, la demande a continué de s'accroître de 3,4% en 2004- sa plus forte croissance depuis près de 30 ans. Qu'en sera-t-il en 2005? Réduire la consommation Dans un contexte où l'offre réussit difficilement à suivre la demande, Jean-François Giannesini, de l'IFP, plaide pour une baisse de la consommation : « Nous sommes face à un problème extrêmement important. Il va falloir changer, en partie, nos habitudes de consommation : moins rouler dans les villes où on consomme énormément pour rien, prendre les transports en commun. Il va falloir vraiment changer beaucoup de choses. » (3) En attendant, de plus en plus d'analystes croient que les prix du pétrole poursuivront leur ascension. Le cauchemar des automobilistes ne semble donc pas près de toucher à sa fin. (1) La scène pétrolière et gazière internationale : Analyse de l'actualité 2004 et perspectives, Institut français du pétrole, Olivier Appert, président, p.5
(2) idem, p. 8
(3) Entrevue accordée à Radio Europe 1 et citée par l'Agence France-Presse, 10 août 2005 Suite: QUI EN PROFITE?
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