
Le 29 avril 2005 - Journaliste: Nicolas Duguay 
 La Grande Bibliothèque en chiffres
- Superficie de 33 000 mètres carrés - 6 étages de collections - 1,2 million de livres - 1,2 million de revues et journaux - 1,6 million de microfiches - 90 000 disques compacts musicaux - 16 000 films - 400 postes multimédias - 2520 places assises
Environ 5000 personnes sont attendues, en moyenne, chaque jour
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Neuf ans, c'est le temps qu'il aura fallu, depuis cet éditorial de Lise Bissonnette qui réclamait l'érection d'une « très grande bibliothèque du Québec », pour que le projet se concrétise. Neuf ans au cours desquels politiciens, urbanistes, architectes, littéraires, gens d'affaires et simples citoyens se sont déchirés sur la place publique pour définir à ce projet un mandat, une amplitude, un emplacement ou encore un design... Initialement, c'est à un écho québécois de la gigantesque Bibliothèque nationale de France que la directrice du Devoir pensait en rappelant, ce 10 février 1996, au gouvernement péquiste de Lucien Bouchard la faiblesse de son dossier culturel. Séduit par l'idée même d'inscrire la marque de son gouvernement dans ce qui devrait devenir une institution culturelle majeure, le premier ministre de l'époque, Lucien Bouchard, lança officiellement le projet deux ans plus tard. Une bibliothèque pour qui, au juste? Si l'idée même d'injecter des fonds spéciaux à un grand projet culturel a eu tôt fait de rallier la plupart des acteurs du milieu, il n'en demeure pas moins que plusieurs voix se sont élevées pour s'interroger sur la validité de se lancer dans un grand projet d'envergure très centralisateur, et ce, alors même que les bibliothèques de quartier affichent un manque flagrant de livres.Dès 1997, l'éditeur Jacques Lanctôt dénonçait des dirigeants politiques « qui préfèrent miser sur des projets de prestige » qui feront le profit des Lavalin et consorts plutôt que d'aider financièrement une édition littéraire financièrement exsangue. Pour bien des observateurs de la scène culturelle québécoise, les quelque 141 millions de dollars qui auront été engloutis dans la seule construction de l'édifice, sur un coût total de 176,6 millions de dollars, auraient probablement été mieux investis en les injectant dans l'ensemble du réseau de bibliothèques québécoises.Comme certains n'ont pas hésité à le souligner, cette grande bibliothèque du Québec est avant tout la grande bibliothèque de Montréal... Reste à voir maintenant, comme l'indiquait récemment au quotidien La Presse le maire de Québec, Jean-Paul Lallier, si ses dirigeants sauront faire la preuve que « c'est bel et bien la Bibliothèque du Québec ». Encore des questions de brique et de béton... Une fois le mandat de la Bibliothèque nationale du Québec défini, il fallait lui trouver un emplacement. Quel site fallait-il privilégier? Devait-on opter pour un choix très géographiquement centré, quelque part dans un centre-ville qui n'a de littéraire que quelques librairies de grandes surfaces? Allait-on, plutôt, se cantonner au coeur historique d'une vie intellectuelle franco-montréalaise qui s'est depuis toujours définie le long de la rue Saint-Denis, dans le Quartier latin?Pour plusieurs urbanistes, c'est dans l'ancien magasin Simpson, rue Sainte-Catherine Ouest, qu'aurait dû être construite la BNQ. Pour les défenseurs de ce site, dont un grand nombre de gens d'affaires, le site du centre-ville avait entre autres avantages, celui d'être à la fois accessible aux Québécois francophones et anglophones. Toutefois, au sortir de trois jours d'audiences publiques, le site du Palais du commerce se dégageait clairement du peloton, principalement en raison de sa proximité avec ces autres institutions culturelles que sont le cégep du Vieux-Montréal, l'UQAM, la Cinémathèque québécoise et l'Office national du Film.À cela, il faut ajouter que le projet de la BNQ a été, depuis ses premiers balbutiements, très inspiré par la Très Grande Bibliothèque de France, elle-même construite sur un site décalé par rapport au centre-ville de Paris. Trois édifices soudainement très vides... Pour ouvrir la BNQ et y centraliser l'ensemble des collections, trois édifices historiques ont été vidés de leur contenu, laissant leurs propriétaires, le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal, avec des monuments patrimoniaux en panne d'utilité.Québec se demande donc quoi faire, maintenant, avec la Bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis, et la Bibliothèque Aegidius-Fauteux, à l'angle des avenues de l'Esplanade et Mont-Royal. Quant à la Bibliothèque centrale, face au parc Lafontaine, la Ville de Montréal se demande bien quelle vocation donner à ce qui fut pendant près de 100 ans la seule vraie bibliothèque publique de la métropole.
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