
8 juin 2006 - Journaliste: Isabelle Montpetit 
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 Chronologie Octobre 1966 : Naissance à Zarqa, en Jordanie, sous le nom d'Ahmed Fadil Al-Khaleyleh 1989 : Départ pour l'Afghanistan 1993 : Condamnation à 15 ans de prison en Jordanie pour possession d'armes 1999 : Libération à la faveur d'une amnistie 2000 : Direction d'un camp qui regroupe des combattants jordaniens à Herat en Afghanistan; condamné en son absence à 15 ans de prison en Jordanie, pour y avoir planifié des attentats Octobre 2002 : Accusation d'avoir orchestré le meurtre du diplomate américain Lawrence Foley, à Amman, en Jordanie 2003: Création en Irak de liens entre son mouvement Al-Tawhid wa'l-Jihad (Unité et guerre sainte) et le mouvement terroriste kurde Ansar Al-Islam (Partisans de l'islam) 2003-2005 : Revendication par son groupe d'une série d'attentats et de meurtres, dont plusieurs décapitations, en Irak Janvier 2004 : Interception par les forces américaines d'une lettre attribuée à Zarqaoui et destinée à Oussama ben Laden Avril 2004 : Condamnation à mort en son absence en Jordanie pour le meurtre de Lawrence Foley Octobre 2004 : Serment d'allégeance à Al-Qaïda sur un enregistrement audio qui lui est attribué, adoption par son groupe du nom Comité Al-Qaïda pour le djihad en Mésopotamie Décembre 2004 : Reconnaissance par Oussama ben Laden comme chef d'Al-Qaïda en Irak Avril 2005 : Le magazine américain Time l'inscrit dans sa liste des 100 personnes les plus influentes au monde Novembre 2005 : Revendication par son groupe d'un triple attentat contre des hôtels à Amman, en Jordanie, qui font 60 morts 7 Juin 2006 : Abou Moussab Al-Zarqaoui meurt lors d'un raid aérien américain contre son repaire près de la ville de Bakouba, au nord de Bagdad
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Les forces américaines d'occupation en Irak ont finalement réussi à éliminer Abou Moussab Al-Zarqaoui, le chef de la branche irakienne d'Al-Qaïda. Le Palestinien d'origine jordanienne, dont la tête était mise à prix pour 25 millions de dollars américains, a trouvé la mort lors d'un raid aérien de l'armée américaine le 7 juin 2006. Abou Moussab Al-Zarqaoui et six personnes, dont un de ses lieutenants, ont péri dans leur repaire près de Bakouba, au nord de Bagdad. Sa mort, annoncée le lendemain par le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki, a été confirmée peu après dans un communiqué publié sur le site Al-Hesbah, considéré comme le site officiel de l'organisation terroriste Al-Qaïda. Une photo de son cadavre a été présentée par l'armée américaine lors d'une conférence de presse. L'homme de 39 ans était considéré par les États-Unis comme le « suspect numéro un » dans une longue liste d'attentats meurtriers en Irak depuis la chute du régime de Saddam Hussein, notamment l'attentat contre les bureaux de l'ONU à Bagdad, en août 2003.  | | Le quartier général de l'ONU à Bagdad, après l'attentat du 19 août 2003. |
| Des groupes affiliés à Zarqaoui ont revendiqué l'enlèvement et la décapitation de plusieurs otages, dont de nombreux Occidentaux.Pourtant, plusieurs observateurs croient qu'on a exagéré le rôle de Zarqaoui dans ces attentats, tout comme son influence au sein du réseau Al-Qaïda. Il semble en outre que certains sunnites d'Irak aient eu un poids supérieur au sien dans la lutte armée contre les forces américaines et leurs auxiliaires irakiens. À quelques reprises dans le passé, les forces américaines avaient annoncé l'avoir encerclé, mais il leur avait toujours échappé. Pour ajouter au mystère, les informations biographiques qui circulent sur Zarqaoui sont souvent contradictoires et leurs sources, plus ou moins crédibles. Qui est Abou Moussab Al-Zarqaoui ? Zarqaoui est né à Zarqa, en Jordanie, en 1964, dans une famille modeste, sous le nom d'Ahmed Fadil Al-Khaleyleh. Son pseudonyme Abou Moussab Al-Zarqaoui signifie « père de Moussab, de Zarqa », une forme employée couramment au Moyen-Orient. L'adolescence de Zarqaoui est ponctuée de violence, de délinquance et d'abus d'alcool, selon de nombreux témoignages recueillis par son biographe Jean-Charles Brisard. Il se serait fait tatouer tout le corps, ce que l'islam proscrit.  | | Les multiples visages d'Abou Moussab Al-Zarqaoui |
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Dans les années 80, il commence à fréquenter les séances d'enseignement religieux d'une mosquée d'Amman qui prône le salafisme, c'est-à-dire le conservatisme le plus strict et le rejet de toute innovation dans l'islam. Zarqaoui obéit désormais à l'islam et rêve d'aller faire le djihad (guerre sainte) contre les Soviétiques en Afghanistan.  | | Des combattants talibans |
| Il s'y rend en 1989, après que les Soviétiques eurent quitté le pays, y rencontre des théoriciens du djihad proches du réseau Al-Qaïda, et adopte des positions de plus en plus extrémistes. Après le départ des Soviétiques, il participe à la guerre civile au côté des talibans, contre l'Alliance du Nord, dirigée par le commandant Massoud.Il reçoit également une formation militaire dans le camp terroriste de Sada. Il retournera en Afghanistan en 2000, pour y diriger, à Herat, un camp d'entraînement d'Al-Qaïda. Entre-temps, il est condamné à 15 ans de prison, en 1996, par la justice jordanienne, pour son appartenance à un groupe terroriste. Il est libéré en 1999, à la faveur d'une amnistie décrétée par le roi Abdallah, qui vient de succéder au roi Hussein. En 2002, il reçoit une nouvelle peine de 15 ans de prison, par contumace, pour avoir fomenté des complots en Jordanie. En 2004, la justice jordanienne le condamne à la pendaison, toujours par contumace, pour sa participation à l'assassinat de Lawrence Foley, un diplomate de l'Agence américaine internationale pour le développement, tué à Amman en octobre 2002.Le djihad en Irak Après la chute des talibans, en 2001, Zarqaoui se replie sur le Kurdistan irakien, où foisonnent de nombreux groupes islamistes. Au fil des mois, il tisse des liens avec le groupe extrémiste Ansar Al-Islam, dont il prendra même le contrôle, selon son biographe.  | | La décapitation de Nicholas Berg |
| En 2004, il crée le groupe Tawhid Wal Djihad (Unité et djihad), qui serait une coalition de plusieurs groupes djihadistes. Le groupe adoptera ensuite le nom de Comité Al-Qaïda pour le djihad en Mésopotamie. Un enregistrement attribué à Oussama ben Laden désigne Zarqaoui, en décembre 2004, comme le chef du réseau Al-Qaïda en Irak.En Irak, Zarqaoui et ses fidèles sont devenus virtuoses de l'utilisation des technologies de la communication pour répandre leur message de terreur. En mai 2004, le monde est frappé d'horreur par la diffusion, sur un site islamiste, de la décapitation de l'otage américain Nicholas Berg. La vidéo s'intitule « Cheikh Abou Moussab Al-Zarqaoui abat un infidèle américain ». La mise en scène sera répétée de nombreuses fois par la suite avec des otages de nationalités diverses. Abou Moussab Al-Zarqaoui s'est opposé avec véhémence à la tenue d'élections en Irak, menaçant la population de représailles si elle se prêtait à l'exercice. Malgré ces menaces, 60 % des électeurs inscrits ont voté. Des ramifications internationales Les réseaux de Zarqaoui bénéficient, selon les autorités américaines et irakiennes, du soutien actif de la Syrie et de la tolérance de l'Iran, où Zarqaoui aurait longuement séjourné. Ils seraient financés par des donateurs saoudiens et des organisations caritatives islamiques. Ces réseaux se ramifient bien au-delà du Moyen-Orient. Les services secrets allemands et italiens ont démantelé, sur leur territoire, des cellules qui leur étaient affiliées. Les membres du réseau Zarqaoui sont également actifs dans plusieurs pays d'Europe - France, Royaume-Uni, Espagne -, de même qu'en Russie, selon un exposé de l'ex-secrétaire d'État américain Colin Powell au Conseil de sécurité des Nations unies, le 5 février 2003. À la mi-mars 2005, le magazine américain Time affirmait que Zarqaoui envisageait de commettre des attentats sur des cibles « faciles » aux États-Unis, comme des restaurants, des cinémas et des écoles. L'idéologie de Zarqaoui Zarqaoui s'oppose vigoureusement à toute forme de démocratie, qu'il considère comme une hérésie. Il souhaite l'instauration d'un pouvoir religieux basé sur les préceptes de l'islam le plus fondamentaliste, à l'image du régime taliban.Il prône également le rejet de la modernité, le retour aux sources de l'islam, la destruction de l'État d'Israël et l'élimination de tous les « infidèles ». Il en veut tout particulièrement à la monarchie jordanienne qui, selon lui, ne respecte pas l'islam. En Irak, ses discours haineux visent spécialement les chiites, qui composent la majorité de la population. Dans un message qui lui est attribué, il les qualifie de « scorpions malicieux et rusés », de « serpents sournois » et « d'obstacles insurmontables ». Ce message, qui serait destiné à Oussama ben Laden, aurait été intercepté par les forces américaines, qui l'ont diffusé en février 2004. Zarqaoui y déplore également la mise sur pied d'une armée irakienne. Selon lui, les forces irakiennes connaissent mieux les activités des groupes terroristes que les forces américaines, et gagnent plus facilement l'appui de la population. Il s'acharne également contre les chrétiens, les juifs et les Américains. Mais en fait, tous ceux qui ne pensent pas comme lui sont considérés comme des ennemis. Ainsi, il déplore la faiblesse des principes des Frères musulmans, mouvement politique islamiste présent dans plusieurs pays arabes, mais interdit dans d'autres. Sources : Zarkaoui Le nouveau visage d'Al-Qaïda Jean-Charles Brisard et Damien Martinez Fayard, 2005Terrorisme : comment on fabrique les ennemis publics Courrier International, 21 au 27 octobre 2004Voir aussi les hyperliens ci-dessous
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