Qui sont les talibans ?
Les
talibans, mot qui signifie « étudiants »
en arabe, sont un mouvement armé, créé
au début des années 1990, composé de moudjahidin
pachtounes démobilisés, de jeunes réfugiés
afghans et de Pakistanais défavorisés endoctrinés
dans un réseau d'écoles coraniques (madrasas)
établies le long de la frontière afghane. Financées
par l'Arabie Saoudite, ces écoles coraniques dispensaient
à leurs jeunes disciples un islam obscur et primaire,
inspiré des principes les plus durs de la charia, loi
canonique islamique. Également formés pour la
guerre, ces jeunes « théologiens »,
dont la majorité était d'origine ethnique pachtoune,
ont rallié par milliers les troupes de mollah Omar, leur
chef, qu'ils ont élevé au rang de demi-dieu.
|
Qui est leur chef ?
Chef
suprême des talibans depuis 1996, Amir-ul-Mumineen
Mollah Mohammad Omar Muhadjid, dit mollah Omar, a établi
le siège de son gouvernement dans la ville de Kandahar.
Presque jamais filmé ni même photographié,
il a été vu par très peu de gens.
Mollah Omar serait marié à trois femmes
et père de cinq enfants. Issu d'une famille de
paysans pachtounes, il serait né vers 1959, dans
le village afghan de Nodeh. Obligé de se réfugier
avec sa famille au Pakistan sous l'occupation soviétique,
c'est là qu'il aurait été endoctriné
par le djihad. Son charisme et ses prouesses militaires
lui vaudront par la suite la plus haute estime de ses
compatriotes talibans, qui feront de lui leur chef spirituel
et politique.
Pendant
son « règne », mollah Omar
vivait officiellement dans la ville de Kandahar, dans
un bunker construit et payé par le milliardaire
terroriste saoudien, Oussama ben Laden. Ce dernier serait
d'ailleurs marié en sixièmes noces à
l'une des surs de mollah Omar. Ces derniers temps,
des sources affirment que le mollah Omar aurait quitté
Kandahar pour échapper à l'avancée
des forces de l'Alliance du Nord et des bombardements
américains.
|
Ainsi,
toute parole du mollah Omar avait force de loi. Et c'est avec
un zèle fanatique que les talibans veillaient à
ce que la population afghane se plie de gré ou de force
à tous les interdits et devoirs religieux que décrétait
le mollah Omar. On ne compte plus, dans les rues des villes
d'Afghanistan, les exécutions publiques, les lapidations,
les mutilations de toutes sortes et les flagellations. Vivre
en Afghanistan était déjà périlleux
sous le régime soviétique; sous les talibans,
c'était un enfer.
|
Un retour au Moyen Âge
Le
27 février 1998, une foule de 30 000 hommes
et adolescents a été rassemblée dans
un stade de Kaboul pour assister à la flagellation
d'une jeune femme, coupable d'avoir marché dans
la rue avec un homme qui n'était pas de sa famille.
Si elle avait été mariée au moment
de son « crime », on l'aurait lapidée
à mort plutôt que fouettée. Également
au programme, l'amputation de la main droite de deux hommes
accusés de vol.
|
Quel était leur but ?
Profitant
du vide idéologique laissé par la guerre civile
qui a succédé au départ des Soviétiques,
les talibans se sont donné comme mission de pacifier
l'Afghanistan et d'y rétablir l'ordre et la morale. Une
morale en tout point conforme aux principes de la charia, la
loi islamique. Porteurs d'une idéologie forte et astreints
à des principes moraux très stricts, les talibans
ont rapidement gagné la sympathie des populations souvent
opprimées et rançonnées par les bandes
de moudjahidin qui se disputaient le contrôle du pays.
On voyait alors en mollah Omar un réunificateur puissant.
Une perception qui n'a guère duré.
Une conquête commandée
à distance
Sur
les plans politique et stratégique, toutefois, le règne
des talibans ressemblait plus à une prise de contrôle
du territoire afghan par le Pakistan qu'à une quelconque
croisade unificatrice. En effet soucieux d'étendre son
influence en Asie centrale et de régler à son
avantage l'épineuse question de la ligne Durand
frontière tracée par les Britanniques en 1919
entre les deux pays , le Pakistan a profité du
chaos en Afghanistan pour y instaurer, par l'entremise des talibans,
un régime fidèle à ses intérêts.
Comme
le Pakistan ne pouvait directement envahir l'Afghanistan sans
déclencher une crise majeure dans la région, il
a trouvé dans les milliers de réfugiés
afghans qui s'entassaient à sa frontière la clé
qu'il lui fallait pour entrer chez son voisin. Pourquoi, en
effet, ne pas confier à des Afghans la tâche de
conquérir l'Afghanistan ? Les talibans étaient
nés.
Une question d'influence
Endoctrinés
dans les écoles coraniques (madrasas) et lourdement
armés par les services secrets pakistanais, ces jeunes
qu'on envoyait à la conquête de leur propre pays
allaient en fait offrir au Pakistan, sur un plateau d'argent,
un accès à l'Asie centrale qui lui permettrait
d'étendre son influence idéologique et militaire
jusqu'aux portes des ex-républiques russes et au Nord
de l'Iran. De plus, en satellisant l'Afghanistan, le Pakistan
une puissance nucléaire trouvait dans
le régime taliban un allié important dans sa lutte
de plusieurs années contre l'Inde, au Cachemire.
Quant
aux talibans, ils trouvaient également leur compte dans
cette opération puisque, en plus d'obtenir le contrôle
des deux tiers du pays, ils pouvaient alors étendre à
l'ensemble du territoire afghan la domination des Pachtounes
(patrie des talibans) face aux autres ethnies qui composent
la population afghane. Les Pachtounes, qui parlent une langue
indo-iranienne, le pachto, tentent en effet depuis longtemps
d'imposer leur langue aux autres ethnies, qui elles parlent
majoritairement le dari (persan), langue véhiculaire
de l'Afghanistan.
|
« En faisant
éclater le pays selon les lignes de partage ethniques
et religieuses, la guerre civile a réduit à
néant cette tradition de tolérance. Alors
qu'il avait été un facteur d'unité,
l'islam est devenu une arme mortelle entre les mains
d'extrémistes, une force de division et de fragmentation. »
Ahmed Rashid, « Les
talibans au cur de la déstabilisation régionale »
Le Monde diplomatique, novembre 1999
|
Et les Saoudiens dans tout cela ?
Pour
les Saoudiens, les talibans étaient, grâce aux
écoles coraniques qu'ils financent au Pakistan et en
Afghanistan, un puissant vecteur de propagation en Asie centrale
de la doctrine orthodoxe wahhabite, ligne idéologique
des émirs saoudiens prônant un islam fondamental
et rigoriste. De plus, les talibans étant majoritairement
sunnites tout comme les Saoudiens ils maintenaient
une pression constante sur leurs voisins chiites iraniens qui,
comme par hasard, sont de farouches opposants de la monarchie
saoudienne.
Washington, toujours à l'affût
de bonnes affaires
Les
États-Unis, qui ont soutenu les talibans jusqu'en 1997,
voyaient dans cette milice religieuse un allié qui leur
permettrait d'obtenir les droits de passage et les contrats
liés à la construction, par la compagnie Unocal,
d'un important oléoduc reliant l'Asie centrale et le
Pakistan via le territoire de l'Afghanistan. De plus, la haine
farouche que vouent les talibans aux Iraniens servait également
assez bien les intérêts stratégiques de
Washington dans la région.
Mais
après les attentats à la bombe contre les ambassades
américaines du Kenya et de Tanzanie, en août 1998,
par les hommes d'Oussama ben Laden, Washington s'est distancié
du Pakistan et des talibans, qui refusent catégoriquement
de livrer le milliardaire terroriste à la justice occidentale.
À la suite des attentats du 11 septembre 2001, menés
contre les tours du World Trade Center et le Pentagone, Oussama
ben Laden et les talibans sont devenus les ennemis jurés
de l'Amérique.