Une menace pour l'Asie
centrale
L'arrivée
des talibans aux commandes de l'État afghan a confirmé
l'existence d'un phénomène qu'on craignait et
combattait depuis longtemps en Asie centrale : la montée
de l'intégrisme musulman. Un phénomène
qui a débordé les frontières afghanes et
qui s'est étendu jusqu'en Ouzbékistan, au Tadjikistan
et au Kirghizistan. Ces anciennes républiques soviétiques,
avec leurs populations musulmanes sunnites, constituent une
terre particulièrement fertile à l'éclosion
de mouvements intégristes et de cellules terroristes.
Les ex-républiques soviétiques
menacées
En
Ouzbékistan, des terroristes musulmans ont déjà
tenté d'assassiner le président du pays, Islam
Karimov, en plus d'enlever plusieurs ressortissants japonais
et américains. Même scénario dans les républiques
voisines du Tadjikistan et du Kirghizistan, où les forces
gouvernementales croisent régulièrement le fer
avec des mouvements intégristes armés.
Parmi
ces cellules terroristes, le Mouvement islamique d'Ouzbékistan
est l'une des plus actives. Composé d'environ un millier
de combattants, le mouvement a juré publiquement de renverser
les pouvoirs en place et de les remplacer par des gouvernements
religieux.
Cette
vague de déstabilisation personnifiée par les
talibans et leurs alliés a engendré une forte
polarisation des États en Asie centrale. D'un côté,
le Pakistan et l'Arabie Saoudite soutenaient les talibans et
les mouvements intégristes musulmans, tandis que les
gouvernements post-communistes d'Ouzbékistan, du Tadjikistan
et du Kirghizistan renforçaient l'Alliance du Nord. Avec
eux, le gouvernement chinois, qui partage une frontière
avec l'Afghanistan, et qui craint qu'un pouvoir musulman intégriste
aussi près de ses frontières n'encourage les musulmans
de la région du Xinjiang à prendre eux aussi les
armes. Mais, paradoxe oblige, la Chine est également
un allié très proche du Pakistan.
Les
Russes, pour leur part, voyaient également d'un très
mauvais il un tel pouvoir musulman gagner en influence
si près de leurs frontières alors que les canons
sont à peine refroidis en Tchétchénie.
C'est pourquoi Moscou a permis aux Américains d'utiliser
des bases dans les anciennes républiques pour attaquer
les talibans. Quant à l'Iran, farouche ennemi des talibans,
la solution était fort simple : boucler la frontière
afghane pour parer à toute tentative d'infiltration et
soutenir militairement les troupes de l'Alliance du Nord.
Le piège de la répression
Pour
tous ces pays dont les populations sont partiellement ou en
totalité musulmanes, la montée de l'intégrisme
est un problème extrêmement complexe et délicat,
alors que la stratégie des intégristes est, quant
à elle, fort simple.

En
menant des attentats et des attaques terroristes dans les pays
limitrophes de l'Afghanistan, les intégristes engendrent
chez leurs voisins une répression musclée des
pouvoirs en place à l'endroit des populations musulmanes.
Une répression qui entraîne généralement
une montée de sympathie des opprimés à
l'égard des révolutionnaires intégristes.
Un effet pervers qui oblige ensuite les gouvernements en place
à resserrer davantage leurs mesures répressives.
C'est notamment le cas de l'Ouzbékistan, où on
soupçonne l'existence de camps de concentration pour
musulmans.
La
spirale étant sans fin, le régime visé
finit un jour ou l'autre par s'effondrer, laissant le champ
libre aux intégristes, qui instaurent généralement
un régime pire encore. Comme ce fut le cas en Iran, au
Soudan et en Afghanistan, notamment.
