Histoire d'une terre meurtrie
Siège
de très anciennes civilisations, l'Afghanistan a vu passer
au fil des siècles quelques-uns des plus grands empires
de l'histoire, dont celui des Achéménides, des
Macédoniens, des Chinois, des Hindous et, surtout, des
Arabes. Au IXe siècle de notre ère, ces derniers
ont insufflé aux Afghans une profonde croyance en l'islam.
À la croisée de
routes ancestrales
De
tout temps, l'Afghanistan a représenté un enjeu
géopolitique et stratégique important en Asie
centrale. À la jonction de routes commerciales et militaires
ancestrales, l'Afghanistan est une zone névralgique où
convergent depuis des siècles les puissances d'Asie et
d'Europe.
Terre hostile
entourée de hautes montagnes, l'Afghanistan constitue
une véritable place forte située à la jonction
d'empires puissants comme la Chine, l'Iran, la Russie et l'Inde.
Au fil des siècles, nombreux sont ceux qui ont risqué
la conquête de l'Afghanistan. Mais aucun, aussi puissant
soit-il, n'a pu venir à bout de la détermination
de ses habitants. Les Afghans sont un peuple rude, composé
d'une trentaine d'ethnies, les Pachtounes, les Tadjiks et les
Hazaras étant les plus puissantes et influentes.
Chronologie
La
création de l'État afghan remonte à 1747.
Le Chah Dorrani Ahmad, chef suprême du peuple, fonde un
empire qui jette les premières bases véritables
d'un État afghan dirigé par les Pachtounes.
De 1832 à 1842,
les Britanniques, soucieux de contrer l'avance de l'empire russe
en Asie centrale, envahissent l'Afghanistan et tentent de placer
un roi fidèle à la couronne anglaise sur le trône
afghan. L'entreprise échoue et les Britanniques sont
chassés du pays. Les Afghans déclarent leur indépendance.
En 1879, une seconde invasion
britannique se solde par la signature du traité de Grandmark.
La couronne anglaise annexe plusieurs régions de l'Afghanistan
et prend le contrôle de ses affaires extérieures.
Une frontière particulièrement contestée
est aussi tracée entre le Pakistan et l'Afghanistan.
En 1919, une troisième
guerre anglo-afghane conduit à la signature du traité
de Rawalpindi, par lequel l'Afghanistan obtient son indépendance
totale de l'Angleterre et reprend le contrôle de ses affaires
extérieures.
1953 : Mohamed Daoud Khan
devient premier ministre du pays et développe des relations
importantes avec l'URSS. L'armée afghane est entraînée
et équipée par l'URSS. Daoud démissionne
dix ans plus tard devant le refus du roi Zaher d'accéder
à ses demandes de réformes démocratiques.
Le pays demeure une monarchie constitutionnelle.
1965 : Le roi Zaher interdit
et démantèle le parti communiste afghan qui conteste
l'autorité et la légitimité de la monarchie
en place.
1973 : Soutenu par les communistes,
Mohamed Daoud renverse le roi Zaher et proclame la république.
Le roi s'exile à Rome. Des opposants appelés moudjahidin
(combattants de la guerre sainte) se rebellent contre le pouvoir
communiste.
1978 : Assassinat de Mohamed
Daoud. Le Parti démocratique populaire afghan mène
avec succès un coup d'État et instaure un régime
prosoviétique.
1979 : À la suite d'un coup d'État mené par le premier ministre Hafizullah Amin (communiste radical et sectaire redouté par Moscou) contre le président Noor Mohammad Taraki, 80 000 soldats soviétiques entrent en Afghanistan. Moscou prétend avoir répondu à un appel à l'aide du gouvernement afghan, mis en danger par l’assassinat du président Taraki.
En fait, l’URSS ne tolérait pas l’émergence d’un régime ultra-nationaliste et rébarbatif à ses frontières. Hafizullah Amin est exécuté par les Soviétiques la même année. Si le KGB approuve l’invasion de l’Afghanistan, l’état-major soviétique émet quant à lui de sérieuses réserves.
Une guerre d'usure s'amorce avec les rebelles moudjahidin, opposés aux communistes et à la présence des Soviétiques dans leur pays. L’Afghanistan s'enfonce dans une spirale d'horreurs et d'atrocités qui dévastera le pays. Opposés à ce coup de force de Moscou, les États-Unis arment les rebelles afghans via le Pakistan, qui avait lui aussi des visées secrètes sur son voisin afghan.
1989 : Après dix ans
d'une guerre qui a complètement ravagé le pays,
l'armée soviétique, incapable de contenir la résistance
des rebelles moudjahidin, se retire définitivement d'Afghanistan.
L'aventure aura fait plus de 13 000 morts, 35 000 blessés
et 300 disparus dans les rangs soviétiques. Les
forces rebelles s'attaquent ensuite au régime communiste
prosoviétique, désormais laissé à
lui-même.
1991 : Les États-Unis
et la Russie mettent fin aux livraisons d'armes aux factions
rivales engagées dans une guerre civile pour le contrôle
du pays depuis le départ des Soviétiques.
1996 : Les talibans prennent
le contrôle des deux tiers du territoire afghan en repoussant
les forces de l'Alliance du Nord, commandée par le général
Massoud. Ils entrent dans Kaboul le 26 septembre et décrètent
l'instauration de la charia (loi islamique) sur tout le territoire
conquis après avoir sauvagement torturé et exécuté
l'ancien président communiste Najibullah. Un véritable
régime de terreur s'installe. Les femmes et les enfants,
privés de tout droit ou considération sociale,
en sont les premières victimes.
2001 :
Les talibans défient la communauté internationale
en détruisant à la dynamite deux immenses statues
de Bouddha datant du Ve siècle.
11 septembre 2001 : Quatre
avions de lignes détournés par des islamistes
reliés à Oussama ben Laden sont volontairement
précipités contre les tours jumelles du World
Trade Center, à New York, ainsi que sur l'édifice
du Pentagone à Washington. Ces attentats font plus de
2800 victimes en une seule journée aux États-Unis.
7 octobre 2001 : Devant le
refus catégorique du gouvernement taliban de livrer Oussama
ben Laden à la justice américaine, les États-Unis
entrent en guerre contre l'Afghanistan aux côtés
de la Grande-Bretagne. Des semaines de bombardements intensifs
contre les positions des talibans permettront à l'Alliance
du Nord de progresser.
12 novembre 2001 : Les talibans
abandonnent Kaboul sous les bombes américaines. L'Alliance
du Nord entre dans les rues de la capitale. Les Américains
préparent l'élaboration d'un gouvernement de transition.