Journaliste
Stéphane Bordeleau

La charia, ses effets... ses victimes

Pour les talibans, tout ce qui représentait de près ou de loin le mode de vie ou la pensée occidentale était perçu comme une source de perversion engendrant le chaos. C'est pourquoi les talibans, dans un effort aveugle de retour aux sources et de réforme, ont fait de la charia l'ultime référence en matière de justice et de vie religieuse, politique et sociale.

Soucieux d'anéantir toute aspiration au progrès ou à des idéaux démocratiques, les talibans ont détruit, dès leur arrivée, tous les livres jugés subversifs et avec eux tous les trésors des musées. Les fêtes traditionnelles ont également été bannies. Toutes les photos, les bandes vidéo, les téléviseurs, les films et la musique non religieuse ont également été interdits. Après, ce fut le tour des jouets, des cerfs-volants, des poupées et des animaux en peluche. Exemple probant du délire autoritaire des talibans, des objets aussi inoffensifs que les bas blancs et les sacs de papier étaient interdits... on ne sait trop pourquoi.

« Un médecin a été arrêté et battu toute une nuit par les talibans. Son crime : avoir soigné une femme afghane. » 

Médecins du monde


Les femmes et les enfants

Sur le plan humain, le régime des talibans a été une véritable catastrophe, en particulier pour les femmes et les enfants, victimes faibles et silencieuses de la folie intégriste des maîtres de Kaboul. En effet, en 1997, les femmes afghanes ont vu s'abattre sur elles une pluie d'interdits et de règles ségrégationnistes destinés à les priver de toute liberté et de toute influence dans la société.

« La situation des veuves est particulièrement lamentable. Elles sont plus de 60 000, vivant avec 200 000 enfants. Elles n'ont pas le droit de travailler et ne reçoivent aucune aide du gouvernement taliban. »

Extrait d'une audition parlementaire sur la situation des femmes en Afghanistan, novembre 1998, Assemblée nationale

Pratiquement tout était interdit aux femmes. À commencer par le maquillage, les souliers à talons, les chevilles découvertes et même les éclats de rire. À cela s'ajoutait l'interdiction de travailler à l'extérieur de la maison, d'aller à l'école (90 % des Afghanes sont illettrées) et de sortir dans la rue sans être accompagnée d'un membre masculin de la famille. On les obligeait également à porter le burqua. Véritable prison de tissu, ce voile recouvre tout le corps de la tête aux pieds et ne laisse qu'un grillage de tissu brodé à la hauteur des yeux, pour la vue.

 

« De par sa nature même, la femme est un être faible et vulnérable à la tentation. Si on la laisse sortir de chez elle, hors de la surveillance des proches, elle aura vite fait de se laisser entraîner sur la voie du péché par des hommes qui ne recherchent que leur plaisir. »

Mollah Omar, chef des talibans

 

Dessin d'un enfant afghan réfugié à la frontière pakistanaise

Ce voile donnait aux femmes des allures de fantômes errant dans les rues. Avant l'arrivée des talibans, la fonction publique afghane était composée à 70 % de femmes. Quarante pour cent des médecins étaient également des femmes.

 La vie des femmes afghanes

 

Une catastrophe imposée

Toutes ces mesures étaient appliquées et contrôlées par une police religieuse inquisitrice et brutale dont les châtiments particulièrement horribles (mutilations, pendaisons, bastonnades et flagellations) gardaient la population dans un état de terreur perpétuel. La répression à l'égard du peuple était impitoyable. Personne ne se voyait épargné, pas même les enfants, dont 25 % mouraient avant l'âge de cinq ans, faute de soins, de nourriture et de vêtements chauds.

« Le 14 octobre 1996, une fillette de dix ans est condamnée à l'amputation de ses doigts pour avoir porté du vernis à ongle. »

Médecins du monde

 

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