L'empire contre-attaque
Les
États-Unis bombardent l'Afghanistan
depuis le 7 octobre, parce que le régime taliban refuse
de leur livrer Oussama ben Laden. Aux dires du président
Bush, l'opération militaire menée en Afghanistan
est un succès. Il a averti les
Américains que la guerre contre le terrorisme prendrait
le temps nécessaire, tout en promettant qu'elle serait gagnée.
Une large majorité
de la population appuie son dirigeant : selon un sondage
effectué peu après le début des frappes,
plus de 90 % des Américains approuvent les bombardements
en Afghanistan.
Lors d'une conférence de presse, le
11 octobre, George W. Bush a déclaré qu'il donnait
une nouvelle chance aux maîtres de Kaboul, disant qu'ils
pouvaient encore obtenir la fin des bombardements s'ils décidaient
finalement de livrer Oussama ben Laden. Il a
par ailleurs rejeté l'offre des talibans qui se disaient
prêts à livrer ben Laden à un pays neutre,
à condition que sa culpabilité dans les attentats
du 11 septembre soit prouvée et que les États-Unis
cessent ses raids aériens.
Plus de 30 000 réservistes et soldats de la
Garde nationale ont été mobilisés depuis les attentats du
11 septembre aux États-Unis.
La terreur liée à
la maladie du charbon
Aux
États-Unis, la crainte reliée au bacille du
charbon, crainte qui vire à l'angoisse chez certains,
continue de se répandre. Mais il faut dire que
les cas de contamination continuent de s'ajouter. Treize personnes
sont présentement infectées par le bacille et, depuis le 15 octobre,
trois personnes en sont mortes.
Dans l'ensemble du pays, quelques dizaines
d'autres personnes ont été contaminées sans pour autant contracter
la maladie. La Maison-Blanche a indiqué que tous les foyers
américains recevraient une carte postale expliquant comment
reconnaître des lettres ou des paquets suspects.
Les autorités ont en effet confirmé
le diagnostic de la maladie du charbon chez deux employés
des services postaux, qui sont décédés.
Les employés travaillaient dans un centre de tri postal qui
traite le courrier à destination du Congrès américain, où
des traces de la bactérie ont été trouvées.
Une
enveloppe contenant une forme très puissante du bacille du
charbon a été trouvée dans le courrier adressé au leader de
la majorité démocrate au Sénat, Tom Dashle, à Washington.
Près d'une trentaine de ses employés ont eux aussi
été exposés à la bactérie charbonneuse. Les autorités ont
décidé de fermer le Capitole du 17 au 23 octobre. La Chambre
des représentants, de même que le Sénat, feront l'objet
d'inspections, et toutes les lettres reçues seront vérifiées.
Le président de la Chambre des représentants, Dennis Hastert,
a pour sa part déclaré que des spores du bacille du charbon
ont été découvertes dans le système de ventilation du Sénat.
Le gouverneur de New York, George
Pataki, a annoncé que des spores du bacille du charbon avaient
été trouvées dans ses bureaux de Manhattan. Personne n'aurait
cependant été contaminé. Trois des réseaux
américains, soit NBC, ABC et CBS, ont été
touchés par la présence de la bactérie. Les derniers cas recensés
sont ceux d'une employée du quotidien New York Post
et d'un postier du New Jersey.
Les analyses d'échantillons du
bacille du charbon trouvé à New York, à Washington
et en Floride indiquent que les souches sont identiques.
Le secrétaire
américain à la Santé, Tommy Thompson, a parlé de bioterrorisme.
Le procureur général des États-Unis,
John Ashcroft, a pour sa part affirmé qu'il était
possible que le réseau terroriste d'Oussama ben Laden
soit relié aux cas de contamination.
Washington offre une récompense
d'un million de dollars pour toute information qui mènera
à l'arrestation des responsables des enveloppes piégées au
bacille du charbon. Pendant ce temps, les alertes au bacille
du charbon se multiplient.
L'essentielle paix en périphérie
de l'Afghanistan
Plus que jamais, les États-Unis réalisent
combien les conflits qui secouent la région risquent de se
répercuter sur la bataille qu'ils mènent.
Aux prises avec le sentiment antiaméricain
qui fait rage dans le monde arabe, Washington tente une nouvelle
percée diplomatique pour trouver une solution durable et définitive
à la question palestinienne. Washington s'est prononcé
en faveur d'un État palestinien, à la condition que
celui-ci reconnaisse le droit d'Israël à exister.
Sur
un autre front, l'administration Bush tente d'atténuer
les tensions qui divisent l'Inde et le Pakistan au sujet du
Cachemire. Le 16 octobre, le secrétaire d'État américain,
Colin Powell, est arrivé en Inde, au lendemain d'une visite
au Pakistan. Colin Powell a promis au président Musharraf
un accroissement de l'aide économique de Washington, ainsi
qu'une prise en compte des intérêts pakistanais concernant
l'avenir de l'Afghanistan et du Cachemire.
D'autres pays dans la ligne de tir ?
George Bush a averti l'Irak de
Saddam Hussein qu'il était dans le collimateur des
États-Unis. En visite à Washington, le secrétaire
général de l'OTAN, George Robertson, a réaffirmé
l'engagement politique et militaire de l'organisation envers
les États-Unis. Il affirme toutefois que l'OTAN aura
besoin de plus d'informations avant de donner son aval à
des interventions militaires contre d'autres pays.
Sécurité accrue
Des édifices gouvernementaux aux stades, en
passant par les ports et les aéroports, la sécurité, déjà
renforcée depuis les attentats, a été accrue sur tout le territoire
américain.
Certaines missions diplomatiques
sont fermées, tandis que d'autres sont sous haute surveillance,
particulièrement dans les pays membres de l'OTAN.
Il faut dire que l'organisation Al-Qaïda menace de frapper
de nouveau en Amérique et partout où se trouvent des intérêts
américains dans le monde.
Le Sénat américain
a approuvé, le 11 octobre, un arsenal de lois qui élargissent
les mesures antiterroriste, en donnant plus de pouvoirs aux
services policiers. On parle notamment d'écoute téléphonique,
de gardes à vue de suspects qui pourront durer jusqu'à
sept jours et de saisies des avoirs des terroristes. Le Sénat
américain a également adopté une loi
antiterroriste, destinée à améliorer
la sécurité dans les aéroports. La loi
autorise notamment les pilotes à porter une arme.
L'OTAN a en outre déployé
des avions-radars Awacs pour assurer la sécurité
aérienne des États-Unis.
Tom
Ridge, nommé par décret présidentiel directeur du Bureau de
la sécurité intérieure, est entré en fonction le 8
octobre. Le bureau qu'il dirige a été créé après
les attentats du 11 septembre, dans le but de renforcer la
défense intérieure et de coordonner la protection de toutes
les grandes infrastructures du pays.
Atteinte à la liberté
d'expression ou demande légitime ?
Le
10 octobre, la Maison-Blanche a demandé aux réseaux
américains de télévision de ne pas diffuser
intégralement les messages enregistrés par Oussama
ben Laden ou par ses lieutenants. Se défendant d'exercer
la censure, l'administration Bush dit percevoir comme de la
propagande ces messages, qui pourraient, affirme-t-elle, contenir
des instructions cachées aux terroristes pour qu'ils lancent
de nouvelles attaques. Les cinq
réseaux américains de télévision
se rendent à la demande de la Maison-Blanche, mais
l'organisme Reporters sans frontières voit dans cette
mesure une dérive de la liberté de la presse.
Faire échec aux terroristes
Les autorités américaines
ont publié une nouvelle liste des terroristes les plus
recherchés au monde. Oussama ben Laden et ses principaux
lieutenants figurent en haut de cette liste de 22 hommes traqués
par le FBI et par la plupart des policiers de la planète.
Washington offre des millions de dollars pour toute
information qui mènera à leur arrestation.
Trois des quatre membres du réseau Al-Qaïda
reconnus coupables des attentats perpétrés contre
les ambassades américaines de Tanzanie et du Kenya, en 1998,
ont été condamnés, le 18 octobre, à la prison à vie. La sentence
du quatrième accusé sera connue plus tard. Les attentats
avaient fait 200 morts.
L'administration Bush a aussi renforcé
sa lutte financière contre le terrorisme, ajoutant
39 noms à la liste des organisations ou individus visés
par le gel de leurs avoirs. Ces noms s'ajoutent à une
liste initiale de 27 noms publiée précédemment.
Dans sa chronique mensuelle dans
le journal français Les Échos, l'Américain
Joseph Stiglitz, l'un des lauréats du dernier Nobel
d'économie, accuse son gouvernement d'hypocrisie dans
la guerre financière menée contre le terrorisme.
Il dénonce les paradis fiscaux et l'idéologie
du « tout privatisable », qui a selon
lui contribué à la tragédie du 11 septembre.
Il critique également les politiques du Fonds monétaire
international et de la Banque mondiale.