R E P O R T A G E   M U L T I M É D I A
Le délicat jeu d'alliances

Les attentats du 11 septembre


B I L A N   D U   P R E M I E R  M O I S   D E   F R A P P E S

 

Le monde aura retenu son souffle pendant près de quatre semaines avant que les États-Unis et leurs alliés ne ripostent aux attentats qui ont fait des milliers de morts en sol américain. Le 7 octobre, à 21 h, heure de Kaboul, l'armée américaine, aidée des forces britanniques, a effectué ses premières frappes aériennes contre l'Afghanistan et le régime taliban, qui abrite Oussama ben Laden. Chasse au terrorisme, lutte entre deux religions, choc des civilisations, division entre pauvres et riches, séparation, enfin, entre les peuples qui ont des enjeux dans cette guerre et les exclus qui se sentent peu concernés par les récents événements; peu importe les opinions sur la nature du conflit en cours, l'humanité est divisée. Un mois après le début des bombardements, quel bilan peut-on tracer ?


« Les frappes se poursuivent »

Chaque jour, les positions des talibans ont été la cible de frappes. Et la suite des choses ne s'annonce pas différente, puisque l'opération « Liberté immuable » se poursuit — et se poursuivra, a annoncé Washington. Pour le moment, les résultats apparents obtenus semblent plutôt ténus. Oussama ben Laden demeure introuvable, les talibans s'accrochent au pouvoir et la population afghane continue de souffrir. Certains analystes ont affirmé que les États-Unis se retrouvaient dans une impasse, propos démentis par le Pentagone et la Maison-Blanche.

Même si aucun des grands objectifs n'est atteint, Washington continue de défendre sa stratégie, affirmant avoir détruit les défenses antiaériennes des talibans, perturbé leurs communications et amputé leur arsenal. Et, malgré des appels en ce sens des pays musulmans, le Pentagone n'entend pas interrompre la campagne militaire durant le mois du ramadan.

Au cours du premier mois de l'opération militaire, l'armée américaine a commis certaines bévues, comme le bombardement de locaux de la Croix-Rouge ou d'un village aux mains de leurs alliés de l'Alliance du Nord, raid au cours duquel une jeune femme est morte. L'ONU a également confirmé que les bombes à dispersion larguées par l'aviation américaine avaient tué ou blessé grièvement des civils, parmi lesquels se trouvaient des enfants. La liste des victimes civiles, appelées « dommages collatéraux » dans le langage militaire, s'allonge, même si on ne peut pas clairement préciser le nombre des victimes. Si l'opinion publique occidentale semble plus frileuse au fur et à mesure que les civils subissent les effets des frappes, leurs dirigeants politiques accordent aux États-Unis un soutien indéfectible.

 

L'Alliance du Nord dit avoir avancé

L'aviation et des conseillers militaires américains soutiennent maintenant l'Alliance du Nord. Après plusieurs semaines d'efforts infructueux, celle-ci affirme qu'elle progresse en direction de la ville stratégique de Mazâr-e Charif, dans le nord de l'Afghanistan.

Si les opposants afghans du régime de Kaboul arrivaient à conquérir cette ville, elle servirait de base avancée aux forces américaines. Ils affirment qu'un millier de talibans ont été capturés et près d'une centaine ont été tués. Les talibans continuent toutefois à opposer une résistance farouche à Mazar-i-Sharif.

L'Alliance continue de réclamer des armes et des munitions et se dit confiante d'attaquer Kaboul sous peu si les Américains accèdent à sa demande. Selon certaines estimations, l'Alliance du Nord ne pourrait opposer que 4000 hommes aux 6000 talibans disposés le long de la ligne de front, au nord de la capitale.

 

Guerre de mots

Les deux camps ont continué de se livrer bataille sur un autre front : celui des mots et de l'opinion publique. Le président américain, George W. Bush, parle de justice et de guerre au terrorisme. L'ennemi juré des Américains, Oussama ben Laden, rétorque en présentant les musulmans comme les victimes du « Grand Satan » américain et en les appelant à la guerre sainte.

Mais il s'agit d'une guerre des nerfs, aussi. Et elle ne fait que commencer, semble-t-il. Le secrétaire à la Défense américain, Donald Rumsfeld, a déclaré que les frappes se poursuivraient. Parlant de progrès mesurables et de lutte globale contre le terrorisme, où qu'il soit, il dit ne pas croire que la campagne actuelle durera des années. En attendant, le premier mois de bombardements n'est pas venu à bout du régime taliban, et ses porte-parole continuent de narguer les États-Unis. Un ministre du régime de Kaboul a affirmé que les talibans étaient prêts pour une longue guerre et qu'ils espéraient défaire ce que le reste du monde considérait comme une superpuissance. Un de ses collègues a mis les Américains au défi de venir combattre au sol, face à face.

Leur cause est noble, allèguent les talibans, car ils se défendent contre le « génocide » perpétré par les États-Unis. Mais les Américains aussi disent défendre une cause juste : George W. Bush a décrit le réseau Al-Qaïda d'Oussama ben Laden comme une menace pour la civilisation.

 

Alerte à la poudre blanche

La crainte concernant le bacille du charbon, « l'anthrax », s'est emparée des États-Unis. La maladie du charbon a touché la Floride, New York, le New Jersey et surtout la capitale, Washington, où une vingtaine de sites d'infections ont été trouvés.

Quatre personnes ont succombé à la forme pulmonaire de la maladie du charbon : un rédacteur de circulaires de Floride, deux postiers de Washington et une employée d'un hôpital de New York. Sur l'ensemble du territoire américain, 18 personnes ont contracté la maladie, soit sous sa forme respiratoire (la forme plus grave), soit sous sa forme cutanée. Les autorités ignorent toutefois comment la dernière victime, la femme new-yorkaise, a été contaminée.

Jusqu'à maintenant, quelques institutions fédérales ont été contaminées par des spores du bacille du charbon, obligeant les autorités à fermer certaines d'entre elles. Des traces de la bactérie ont aussi été trouvées dans le courrier de missions diplomatiques ou de consulats américains à l'étranger : à Ekaterinbourg (Russie), à Lahore (Pakistan), à Lima (Pérou) et à Vilnius (Lituanie). Les courriers ont été envoyés de Washington.

À en croire le président américain, son pays n'est pas au bout de ses peines, car, affirme-t-il, ben Laden est à la recherche d'armes chimiques, biologiques et nucléaires.

LES ÉTATS-UNIS DEPUIS LA RIPOSTE — EN BREF


C R I S E  H U M A N I T A I R E

En plus des bombardements, la famine menace également les Afghans, puisque l'aide humanitaire n'arrive qu'au compte-gouttes.

Le problème des réfugiés afghans devient de plus en plus aigu. Les dirigeants du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) en parlent comme l'un des pires casse-têtes auxquels ils aient été confrontés. Le HCR précise que, dans les dernières semaines, 80 000 Afghans sont entrés au Pakistan, un pays qui accueillait déjà deux millions de réfugiés afghans avant que les Américains ne déclarent la guerre au terrorisme. Mais les Afghans qui cherchent refuge dans les pays voisins, l'Iran et le Pakistan, sont la plupart du temps refoulés aux frontières. Et l'agence de l'ONU soutient ne pas être en mesure de les protéger s'ils demeurent en Afghanistan.

 

Selon des journalistes dépêchés au Pakistan, la population fait de plus en plus les frais de ces frappes. Le président pakistanais, Pervez Musharraf, refuse pourtant de céder aux demandes incessantes du HCR, qui lui demande d'ouvrir ses frontières aux Afghans. Islamabad estime que le conflit en Afghanistan coûtera entre deux et trois milliards de dollars à son pays.

Le HCR, qui n'a reçu que douze millions de dollars pour faire face à l'afflux de réfugiés, craint que la communauté internationale ne se désintéresse du sort des réfugiés afghans. Le HCR réclame cinquante millions de dollars.

« Dommages collatéraux »

L'ONU a confirmé que des civils afghans, dont des enfants, ont été tués ou grièvement blessés en touchant des bombes à dispersion. L'ONU ne dispose pas encore d'informations précises sur le nombre de civils tués par ces bombes, mais les premiers rapports officiels commencent à arriver. Au cours des derniers jours, quatre villageois sont ou morts ou dans un état critique, après avoir été en contact avec ces bombes.

Ces bombes, aussi appelées bombes-grappes, s'ouvrent au-dessus du sol en dispersant sur un secteur étendu — et ce, sans précision — des mini-munitions qui explosent au contact des cibles, se multipliant ainsi sur de longues distances. Ces munitions controversées sont dénoncées par les organisations non gouvernementales en raison de leurs effets meurtriers sur des populations civiles. Leur menace est assimilée à celle des mines, puisqu'une proportion importante de ces munitions n'explosent pas automatiquement, mais le feront lorsqu'elles seront touchées, des mois, voire des années plus tard. Certains experts estiment que c'est le cas de 10 % d'entre elles, d'autres n'hésitent pas à parler d'un seuil minimal de 30 %. Les équipes de déminage des Nations unies encore en place n'ont aucun moyen pour désamorcer ces centaines de bombes éparpillées un peu partout sur le sol afghan.

Les talibans parlent carrément de génocide pour qualifier l'opération militaire américaine. Les maîtres de Kaboul accusent l'ONU de rester indifférente à ce qui se passe en Afghanistan. Ils ont investi un bureau du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés. Les bombardements américains sont-ils responsables des blessés dont les images sont diffusées par la chaîne du Qata, Al-Jazira ? Certains en sont convaincus, d'autres émettent dres doutes.

 

 

P O U R  V E N I R  E N  A I D E  A U X  R É F U G I É S   A F G H A N S

Médecins sans frontières

Médecins du Monde

Unicef

Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés
(en anglais)

Médecins sans frontières — Doctors without Borders
(site en anglais, mieux documenté que son équivalent français)

Croix-Rouge canadienne



Depuis le début d'octobre, le Canada dispose d'un comité sur la sécurité, qui coordonne les stratégies des différents ministères dans sa lutte antiterroriste. Composé de 10 ministres, il s'agit, en quelque sorte, d'un cabinet de guerre, dont l'existence s'inscrit dans la foulée des attentats du 11 septembre. Selon le premier ministre Chrétien, ce Comité sur la sécurité et l'antiterrorisme se veut la réponse à la résolution 1373 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui réclame des États qu'ils prennent des mesures d'urgence pour prévenir les actes terroristes.

Plutôt que de présider lui-même le Comité, comme le fait par exemple son homologue britannique ou le président américain, Jean Chrétien a confié cette responsabilité à son ministre des Affaires extérieures, John Manley. Le chef du gouvernement s'est même exclu de ce mini-cabinet, qui pourrait éventuellement consulter d'autres ministres de façon ponctuelle. Qui sont les hommes et les femmes chargés de veiller sur notre sécurité intérieure et quels moyens mettent-ils en œuvre pour y parvenir ?

Pour en savoir plus 


 

       N O S  D O S S I E R S

Flash 5 requis


Depuis le 7 octobre, l'Afghanistan est quotidiennement la cible de frappes américano-britanniques. Une version résumée de chaque journée du premier mois de bombardements est disponible à partir de cette carte.

Kaboul : capitale politique d'Afghanistan
Kandahar : fief des talibans; capitale religieuse du pays
Herat : ville d'un million d'habitants
Mazâr-e Charif : plus grande ville du nord du pays,
aux mains des talibans depuis août 1998



LES DISCOURS DU 7 OCTOBRE 
Après les frappes sur l'Afghanistan, les dirigeants occidentaux se sont adressés à leur nation. Voici la transcription des allocutions de George W. Bush, Tony Blair, Jean Chrétien et Jacques Chirac, ainsi que le message préenregistré d'Oussama ben Laden, diffusé par la télévision du Qatar.

LUTTE ANTITERRORISTE :
QUI SONT LES JOUEURS-CLÉS
DERRIÈRE LES GRANDES DÉCISIONS ?

Certains font jour après jour la une des journaux, d'autres restent dans l'ombre, tout en exerçant une influence considérable. Modérés ou « faucons », ils conseillent le président américain. Qui sont-ils ?


DU PAIN ET DES BOMBES
Les Américains ont décidé d'assortir leur opération d'un volet humanitaire, larguant du haut des airs de la nourriture au peuple afghan, gravement menacé par la famine. Mais plusieurs organisations non gouvernementales ont des doutes sur l'efficacité de l'opération, et certaines ne se gênent pas pour parler de propagande.

NOS NOUVELLES
Toutes les nouvelles de Radio-canada.ca rédigées depuis le début des frappes américano-britanniques, le 7 octobre 2001. Opérations militaires, réactions et événements internationaux qui peuvent avoir une incidence sur le conflit, ce qui se passe au Canada, les menaces reliées au bacille du charbon, etc.




ÉMISSIONS D'AFFAIRES PUBLIQUES

Le Point
La fragile Alliance du Nord
Qu'est-ce que « l'anthrax » ?
L'après-taliban en Afghanistan
De musulman à intégriste
Les racines de la haine
Les hommes du président Bush

Zone libre
Le Pakistan : entre la haine et la peur
La rancœur des Arabes
Sur la piste du terrorisme
Voyage au cœur du Kaboul interdit
Une école de haute cuisine du Bronx venue en aide aux secouristes
À la recherche d'Oussama ben Laden

Dossier de la radio
Reportages de Dimanche magazine et des Années lumière

Michel Cormier
(Hodja Baoudine)

Tragédie afghane

Guy Gendron (Paris)
Terreur en France

Céline Galipeau (Quetta)
Aux portes de l’Afghanistan

Christine St-Pierre (Washington)
Une journée
pas comme les autres

 



Journaliste : Sophie-Hélène Lebeuf


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