Journaliste : Sophie-Hélène Lebeuf

LA RIPOSTE


Octobre 2001

Depuis le début d'octobre, le Canada dispose d'un comité sur la sécurité, qui coordonne les stratégies des différents ministères dans sa lutte antiterroriste. Composé de 10 ministres, il s'agit, en quelque sorte, d'un cabinet de guerre, dont l'existence s'inscrit dans la foulée des attentats du 11 septembre. Selon le premier ministre Chrétien, le Comité ministériel sur la sécurité publique et l'antiterrorisme se veut la réponse à la résolution 1373 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui réclame des États qu'ils prennent des mesures d'urgence pour prévenir les actes terroristes.

Plutôt que de présider lui-même le Comité, comme le fait par exemple son homologue britannique ou le président américain, Jean Chrétien a confié cette responsabilité à son ministre des Affaires extérieures, John Manley. Le chef du gouvernement s'est même exclu de ce mini-cabinet, qui pourrait éventuellement consulter d'autres ministres de façon ponctuelle. Qui sont les hommes et les femmes chargés de veiller sur notre sécurité intérieure et quels moyens mettent-ils en œuvre pour y parvenir ?

 

John Manley a annoncé que le Canada dépenserait 280 millions de dollars pour la mise en œuvre de divers programmes destinés au renforcement de la sécurité et à l'amélioration des services de renseignement au Canada. Plusieurs des ministres ont déjà rendu publiques leurs mesures.

Toutefois, la réponse du gouvernement fédéral aux attentats du 11 septembre ne se limite pas à la sécurité intérieure. Selon le Globe and Mail, le coût total des mesures annoncées dépassera le milliard de dollars. Outre les sommes allouées à la sécurité, il faut tenir compte d'autres dépenses :
- participation militaire : 750 millions de dollars
- aide financière aux compagnies aériennes : plus 200 millions de dollars

 

MEMBRES DU COMITÉ DE SÉCURITÉ EN OCTOBRE 2001

JOHN MANLEY
(AFFAIRES ÉTRANGÈRES)
ANNE MCLELLAN
(JUSTICE)

ART EGGLETON

(DÉFENSE)
ELINOR CAPLAN 
(IMMIGRATION ET CITOYENNETÉ)
DAVID COLLENETTE
(TRANSPORTS)

PAUL MARTIN
(FINANCES)
MARTIN CAUCHON
(REVENU NATIONAL ET DOUANES)
LAWRENCE MACAULEY
(SOLLICITEUR GÉNÉRAL)
HERB GRAY
(VICE-PREMIER MINISTRE)
STÉPHANE DION
(AFFAIRES INTERGOUVERNEMENTALES)



SANTÉ ET ENVIRONNEMENT

MIEUX VAUT PRÉVENIR QUE GUÉRIR
Le Canada ne devrait pas manquer d'antibiotiques pour traiter la maladie du charbon, le ministère de la Santé y a vu, et deux fois plutôt qu'une. Retour sur l'épisode Bayer-Apotex, qui a certainement mis le ministre Rock sur la sellette, et un coup d'œil sur les autres mesures visant à assurer la sécurité des Canadiens en matière de santé.

METTRE UN FREIN AU TERRORISME
Comme les terroristes carburent à l'argent, le ministre de l'Environnement, David Anderson, y va de sa solution pour mettre un frein au terrorisme.

 

LE CANADA AUX CÔTÉS DES ÉTATS-UNIS

DISCOURS DE JEAN CHRÉTIEN
Allocution prononcée le 7 octobre 2001, après le début de l'opération militaire américaine en Afghanistan.

 

LIGNE TÉLÉPHONIQUE ANTICRIME

1-888-349-9963

 


JOHN MANLEY :
MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Président du comité de guerre, celui qui est ainsi devenu le numéro un de la lutte antiterroriste au Canada n'occupe le poste de ministre des Affaires étrangères que depuis octobre 2000. La crise suscitée par les attentats survenus aux États-Unis lui a permis de se démarquer et d'apparaître comme un des piliers du gouvernement canadien. Ouvert au libre-échange et à la mondialisation, ce ministre bilingue, qui appartient davantage à l'aile droite du Parti libéral, perçoit l'axe canado-américain comme la pierre angulaire de la politique étrangère canadienne. Il rejette toutefois l'idée d'un périmètre de sécurité nord-américain et d'une harmonisation des lois des deux pays. Il jongle avec l'idée de créer un service de renseignement qui agirait à l'extérieur des frontières canadiennes. Auparavant, ce politicien de 51 ans, candidat potentiel à une éventuelle course à la chefferie du Parti libéral, a notamment été ministre de l'Industrie.

LE CANADA VEUT FAIRE ENTENDRE SA VOIX À L'ÉTRANGER

« Le Canada croit que la violence conduit à davantage de violence, et que ce cycle doit être rompu. »
John Manley

Comme d'autres représentants occidentaux avant lui, John Manley a effectué, fin octobre, une tournée diplomatique au Proche-Orient. Le périple de cinq jours du ministre des Affaires étrangères l'a entre autres amené en Iran, en Syrie, au Liban, en Israël et dans la bande de Gaza. Les dirigeants avec qui il s'est entretenu peuvent avoir une incidence sur le conflit israélo-palestinien, dont les développements risquent de se répercuter à leur tour sur l'ampleur de la coalition internationale contre le réseau islamiste de ben Laden. Le double but de la visite du ministre canadien des Affaires étrangères était de rallier les gouvernements des pays visités à la lutte antiterroriste menée par Washington et de relancer le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Défi de taille.

John Manley a notamment demandé aux dirigeants d'Iran, de Syrie et du Liban — des pays qui ont autant condamné les attentats du 11 septembre que les représailles américaines en Afghanistan — d'inciter le Hezbollah libanais et certains groupes palestiniens armés, comme le Hamas et le Djihad islamique, à cesser leurs actes de violence à l'endroit d'Israël. Mais, pour ces pays musulmans, c'est l'État hébreu, par son occupation des territoires palestiniens, qui est responsable des problèmes au Proche-Orient. À leurs yeux, ces groupes ne devraient pas être assimilés au terrorisme, mais plutôt considérés comme des groupes de résistance armée face à l'occupation étrangère. Et, pour les dirigeants musulmans, les attentats du 11 septembre, même s'ils ne sont pas justifiés, découlent de la politique étrangère américaine, qu'ils jugent favorable à Israël.

« Quand un pays froid comme le Canada vient dans une région chaude comme le Proche-Orient, ses idées glacées risquent de fondre et de perdre leur cohésion. »
Walid Husseini, éditeur du quotidien de gauche libanais Al Kifah Al Arabi

« J'avais parfois l'impression d'être une mouffette
au milieu d'un jardin. »

John Manley

LOI SUR LA SÉCURITÉ PUBLIQUE

Déposé en novembre par le ministre des Affaires étrangères, John Manley, et par le ministre des Transports, David Collenette, ce projet de loi omnibus a une portée très large. Il s'agit du deuxième volet du plan antiterroriste du gouvernement Chrétien. La Loi sur la sécurité publique modifie 19 lois en vigueur. D'autres mesures relatives à la sécurité dans les transports seront probablement dévoilées lors du budget du ministre des Finances, Paul Martin, le 11 décembre prochain.

POINTS SAILLANTS

 

P O U R   E N   S A V O I R   P L U S

Ministère des Affaires étrangères
Transports Canada présente la Loi sur la sécurité publique
(communiqué)
La lutte contre le terrorisme
(site du gouvernement du Canada)


ANNE MCLELLAN :
MINISTRE DE LA JUSTICE
Membre important du comité sur la sécurité, Anne McLellan a déposé le projet de loi omnibus C-36, pièce maîtresse de la stratégie gouvernementale en matière de lutte antiterroriste. Pour donner à la loi canadienne la même portée qu'aux lois similaires des autres pays d'Occident, la ministre s'est entretenue avec certains de ses homologues européens et américain. Ministre de la Justice et procureure générale du Canada depuis quatre ans, Anne McLellan a auparavant été titulaire du ministère des Ressources naturelles. Elle est âgée de 51 ans.


PROJET DE LOI ANTITERRORISTE

MODIFICATIONS AU PROJET DE LOI C-36

 

P O U R   E N   S A V O I R   P L U S

Ministère de la Justice
Projet de loi C-36

Projet de loi antiterroriste
(page du Point du 15 octobre 2001, une entrevue avec John Manley)

Terrorisme : une loi pour qui, pourquoi ?
(article du quotidien Le Devoir)

Et les libertés ?
(reportage de l'émission Sans Frontières du 30 octobre 2001)


ART EGGLETON :
MINISTRE DE LA DÉFENSE
À ce titre, le ministre de la Défense, partisan d'un règlement militaire du conflit antiterroriste, occupera un rôle important dans les prochaines semaines, voire les prochains mois ou les prochaines années. Dans la foulée de cette riposte militaire, Art Eggleton aimerait bien voir augmenter le budget de son ministère. À la tête de la Défense nationale depuis 1997, il a eu un rôle à jouer lors des bombardements de l'OTAN à l'endroit de la Yougoslavie, en 1999, lors de la crise du Kosovo. Depuis qu'il a fait le saut en politique fédérale, cet ancien maire de Toronto (poste qu'il a occupé pendant plus de dix ans) a été ministre du Commerce international, président du Conseil du Trésor et ministre responsable de l’Infrastructure. Il a 58 ans.


PARTICIPATION MILITAIRE CANADIENNE

P O U R   E N   S A V O I R   P L U S

Opération Apollo
(participation canadienne dans le cadre de la campagne contre le terrorisme)
Opération Support
(« soutien aux passagers et aux équipages des lignes aériennes qui ont été détournés dans des terrains d'aviation canadiens et une plus grande capacité d'intervention en cas d'urgence »)

Le Canada est-il prêt pour la guerre ?
(page du Point du 2 octobre 2001)

Le Canada devrait-il s'impliquer davantage ?
(sujet traité à la Tribune du Québec le 9 octobre 2001)

L'armée canadienne en piteux état ?
(sujet traité à la Tribune du Québec le 28 septembre 2001)


ELINOR CAPLAN :
MINISTRE DE L'IMMIGRATION ET DE LA CITOYENNETÉ
Davantage considérée comme l'une des « colombes » du gouvernement Chrétien, la ministre a toutefois présenté le projet de loi C-11, qui resserre les critères en matière d'immigration. À la tête de son ministère depuis 1999, elle s'était jusqu'alors toujours refusé de restreindre radicalement l'accès en sol canadien aux demandeurs d'asile. Elle a déjà œuvré sur la scène politique ontarienne: elle a notamment été ministre des Services gouvernementaux, puis ministre de la Santé. Elle est âgée de 57 ans.


POINTS SAILLANTS DU PROJET DE LOI C-11

P O U R   E N   S A V O I R   P L U S

Ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration
Projet de loi C-11 sur l'immigration et la protection des réfugiés
Renforcement des mesures en matière d'immigration pour lutter contre le terrorisme
(communiqué du ministère)

Passeports canadiens à vendre
(page du Point du 28 septembre 2001)

La « carte feuille d'étable » : une nouvelle carte d'identité imposée aux immigrants
(sujet traité à la Tribune du Québec le 12 octobre 2001)

Faut-il réviser les politiques d'immigration pour contrer le terrorisme ?
(sujet traité à la Tribune du Québec le 24 septembre 2001)

Le Canada, une passoire ?
(article de La Presse)



DAVID COLLENETTE :
MINISTRE DES TRANSPORTS
David Collenette fait partie des modérés du comité de sécurité. Dans son rôle d'assurer la sécurité en transport aérien, il n'a pas l'intention de rendre obligatoire la présence de policiers armés à bord des appareils, contrairement aux Américains. Il a toutefois dû se plier aux exigences des États-Unis pour que les appareils d'Air Canada puissent atterrir à l'aéroport Reagan de Washington. Il a déposé, conjointement avec son collègue des Affaires étrangères, John Manley, la Loi sur la sécurité publique (voir plus haut). Le ministre Collenette doit assumer une autre responsabilité : aider les entreprises aériennes, qui ont coupé des emplois par milliers, à faire face aux difficultés financières suscitées par les attentats survenus aux États-Unis. Des voix s'élèvent toutefois pour rappeler au ministre que l'industrie éprouvait déjà des difficultés avant le 11 septembre. Ces tristes événements, clament-elles, ne doivent pas servir de prétexte pour effacer à coups d'aide financière ce qui n'allait pas avant. Élu pour la première fois en 1974, David Collenette est au ministère des Transports depuis 1997 et est également responsable de la Région métropolitaine de Toronto. Au cours des années précédentes, il a notamment été ministre de la Défense nationale, ministre des Anciens combattants et ministre d'État au Multiculturalisme.

PRINCIPALES MESURES DE SÉCURITÉ ANNONCÉES
EN MATIÈRE DE TRANSPORT AÉRIEN

P O U R   E N   S A V O I R   P L U S

Ministère des Transports
Lutte contre le terrorisme au Canada en ce qui concerne les transports
Nouvelles initiatives pour accroître la sûreté aéroportuaire

(annoncées conjointement par les ministres des Transports,
du Revenu national et le solliciteur général)
Transports Canada présente la Loi sur la sécurité publique
(communiqué)

La sécurité dans les aéroports
(sujet traité à la Tribune du Québec le 12 octobre 2001)



PAUL MARTIN :
MINISTRE DES FINANCES

Avec sa politique du déficit zéro au cours des dernières années, le ministre des Finances est l'un des politiciens qui a eu le plus de poids dans le Parti libéral. Les récents événements confèrent un double rôle à celui que certains imaginent un jour à la tête de la formation politique. Il doit d'une part prendre des mesures pour atténuer les effets possibles d'une éventuelle récession au Canada. Il a annoncé qu'il déposerait bientôt un budget, qui évaluera notamment l’impact des attentats du 11 septembre sur l’économie canadienne. Le ministre des Finances doit, d'autre part, s'attaquer au financement des groupes terroristes, conformément à la résolution 1373 des Nations unies. D'autres mesures en ce sens seront d'ailleurs déposées dans le budget. Député depuis 1988, Paul Martin gère le portefeuille des Finances depuis 1993.

PRINCIPALES MESURES ANNONCÉES POUR CONTRER
LE FINANCEMENT DU TERRORISME

P O U R   E N   S A V O I R   P L U S

Ministère des Finances
Élargissement du cadre de la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité
pour inclure les questions liées au financement du terrorisme

Peut-on retracer les transactions des terroristes ?
(sujet traité à la Tribune du Québec le 25 septembre 2001)



MARTIN CAUCHON :
MINISTRE DU REVENU NATIONAL ET DES DOUANES

À 39 ans, Martin Cauchon est le plus jeune ministre au sein du « cabinet de guerre » canadien. Élu en 1993, il est ministre du Revenu depuis 1999. À ce titre, il est responsable de l'Agence des douanes et du revenu du Canada. Partisan d'un périmètre de sécurité nord-américain, il a annoncé une réforme aux douanes. « Notre frontière du nord est devenue une porte d'entrée pour les individus frayant avec le terrorisme », disait le procureur général des États-Unis, John Ashcroft, deux semaines après les attentats. Dans un contexte où les Américains resserrent leurs mesures de contrôle aux douanes, le jeune ministre souhaite leur prouver que, de l'autre côté de la frontière, Ottawa lutte adéquatement contre le terrorisme. Si la situation semble se régulariser, les attentats du 11 septembre ont perturbé la circulation des biens, tout comme celle des personnes, entre les deux pays.

Un projet de loi visant à modifier la gestion des douanes, qui se retrouve maintenant devant la Chambre des communes, avait déjà été déposé avant les événements du 11 septembre, soit le projet de loi S-23 (Loi modifiant la Loi sur les douanes et d'autres lois en conséquence). Adoptée par le Sénat en juin 2001, la législation créerait notamment des zones de contrôle des douanes dans les aéroports internationaux du Canada.

PRINCIPALES MESURES ANNONCÉES POUR
LES POSTES-FRONTIÈRES

P O U R   E N   S A V O I R   P L U S

Agence des douanes et du revenu du Canada
Nouvelles mesures pour lutter contre la menace du terrorisme aux douanes
Projet de loi S-23


LAWRENCE MACAULEY :
SOLLICITEUR GÉNÉRAL
Responsable du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), Lawrence MacAulay devrait à ce titre jouer un rôle-clé dans la lutte contre le terrorisme. Dans les circonstances, il est resté relativement discret, son collègue John Manley occupant davantage le devant de la scène. Le solliciteur général a tout de même laissé entendre que le SCRS avait joué un rôle dans la décision des États-Unis d'émettre à la population américaine un avertissement sur de possibles attaques terroristes, fin octobre ou début novembre. L'opposition l'a alors accusé de compromettre la lutte contre le terrorisme en divulguant trop d'informations. Lawrence MacAuley a notamment été ministre du Travail, avant de devenir solliciteur général, en 1998. En politique fédérale depuis 1988, il est âgé de 55 ans.

 

PRINCIPALES MESURES EN MATIÈRE DE
RENSEIGNEMENT ET DE SERVICES POLICIERS

P O U R   E N   S A V O I R   P L U S

Solliciteur général du Canada
Service canadien de renseignement de sécurité
Gendarmerie royale du Canada
Communiqués de la GRC sur les mesures de sécurité prises


HERB GRAY :
VICE-PREMIER MINISTRE

Âgé de 70 ans, Herb Gray a passé près de 40 ans en politique active. Il a notamment été ministre du Revenu national, ministre de la Consommation et des Corporations, ministre de l'Industrie et du Commerce, ministre de l'Expansion économique régionale, président du Conseil du Trésor et solliciteur général du Canada. Il occupe le poste de vice-premier ministre depuis 1997. Opéré en août dernier pour un trouble cardiaque, il a éprouvé plusieurs problèmes de santé dans les dernières années.


STÉPHANE DION :
MINISTRE DES AFFAIRES INTERGOUVERNEMENTALES
Ministre des Affaires intergouvernementales depuis bientôt six ans, Stéphane Dion siège au comité de sécurité afin de s'assurer de la collaboration des provinces et des territoires. Il n'est cependant pas sur la ligne de front comme le sont ses collègues, qui ont annoncé plusieurs mesures pour combattre le terrorisme. Depuis son accession au cabinet, Stéphane Dion a piloté certains dossiers délicats, comme le projet de loi sur la clarté référendaire et les dossiers sur les langues officielles. Il est également président du Conseil privé. Acteur de la politique fédérale depuis 1996, il est âgé de 46 ans.


MIEUX VAUT PRÉVENIR QUE GUÉRIR

ALLAN ROCK :
MINISTRE DE LA SANTÉ
Le Canada n'a pas été la cible de menaces précises, et aucun cas de la maladie de charbon n'a été décelé au pays. À titre de précaution, le ministre de la Santé a dévoilé un plan de 12 millions de dollars contre le bioterrorisme, plan destiné à contrer d'éventuelles attaques chimiques ou biologiques. Parmi les mesures annoncées, c'est l'achat d'antibiotiques au fabricant canadien Apotex plutôt qu'à son concurrent Bayer qui a monopolisé le plus d'attention. Le ministre Rock a dû affronter la tempête et faire marche arrière.

La saga Apotex-Bayer

Avec deux compagnies disposées à fournir des antibiotiques pour traiter la maladie du charbon, les Canadiens ne manqueront pas de médicaments. Santé Canada disposera de suffisamment de comprimés pour traiter 100 000 personnes si jamais cela s'avérait nécessaire. Auparavant, ses stocks n'auraient pu accommoder que 40 000 personnes.

Le Canada a failli se retrouver avec deux fois plus de médicaments que prévu, mais également avec la double facture qui les aurait accompagnés. Initialement, le ministère avait commandé un million de capsules génériques à l'entreprise canadienne Apotex. Or, le brevet de fabrication de l'antibiotique utilisé pour combattre la maladie du charbon est détenu jusqu'en 2004 par Bayer Canada. La compagnie pharmaceutique n'a pas apprécié qu'Ottawa commande des antibiotiques à un concurrent, une décision qui contrevenait à la Loi canadienne sur les brevets. Le ministre Rock a nié toute responsabilité et a allégué que la décision avait été prise par des fonctionnaires. Il a affirmé qu'ils avaient contacté Bayer à deux reprises et que, chaque fois, la compagnie avait répondu ne pas détenir suffisamment d'antibiotiques Cipro pour répondre à la demande. Une allégation aussitôt rejetée par Bayer.

Avec la menace de poursuite judiciaire en trame de fond, Santé Canada et Bayer ont conclu une entente à l'amiable. Ottawa respectera la Loi sur les brevets et ne distribuera les génériques achetés à Apotex que si Bayer se révèle incapable de livrer la quantité nécessaire de Cipro. Les génériques seront entreposés chez Bayer. Apotex a pour sa part accepté de rembourser les comprimés qui ne seront pas utilisés. Bayer a ensuite décidé de vendre son antibiotique à Santé Canada à un prix réduit.

PRINCIPALES MESURES POUR
LUTTER CONTRE LE BIOTERRORISME

P O U R   E N   S A V O I R   P L U S

Information à propos du bacille du charbon et des colis suspects
à l'intention de la population

(page de Santé Canada)

Bioterrorisme
(dossier de Radio-canada.ca)

Le bioterrorisme, une menace réelle ?
(dossier de l'émission Découverte)

Mesures prises pour contrer le bioterrorisme : doit-on être rassuré ?
(sujet traité à la Tribune du Québec le 19 octobre 2001)



METTRE UN FREIN AU TERRORISME

« Quand on me demande ce que chaque individu peut faire pour combattre le terrorisme, je réponds que c'est très simple : il faut se servir moins de l'automobile. »
- David Anderson, ministre de l'Environnement