Ben Laden, d'hier à aujourd'hui

Journaliste : Florence Meney  

L'EFFET FRANKENSTEIN  

Plusieurs observateurs et analystes estiment que les Américains sont au moins partiellement responsables de la puissance passée, et peut-être encore actuelle, du réseau terroriste de cet homme. On parle alors d'une sorte " d'effet Frankenstein ". Il n'y a pas si longtemps, en effet, le Pakistan était l'un des pays les plus favorisés par l'aide américaine en matière d'armement parce qu'il formait les moudjahidin qu'on lançait contre les troupes de Moscou en Afghanistan, et leur servait de base.

Ben Laden lui-même n'a pas toujours été l'ennemi de l'Amérique, bien qu'il soit maintenant l'homme le plus recherché par le FBI : en 1979, l'URSS envahissait l'Afghanistan. Le jeune ben Laden fut l'un des premiers Arabes à se porter volontaire pour combattre les Soviétiques. Pendant des années, il a reçu des millions de la CIA. C'est aussi avec la bénédiction de l'agence de renseignements américaine qu'il a fondé son premier camp d'entraînement en 1984 au Pakistan, puis en 1986 sur le sol afghan.

S'il échappe encore aux forces américaines, et ce, près de quatre ans après les attentats du 11 septembre 2001, c'est, selon de nombreux observateurs de la scène arabe, qu'il connaît lui-même très bien les méthodes des services secrets américains. À cela, il faut ajouter une grande expérience de la guérilla et un réseau de collaborateurs réparti dans le monde arabe.

Tenter de comprendre l'homme
Quelques déclarations de ben Laden

«  Nous cherchons à inciter la nation de l'Islam à se soulever, à libérer son territoire et à livrer la guerre sainte au nom de Dieu.  »
(Al-Jazira, 1999)

« Chaque Américain est un ennemi pour nous.  »

Dans un domaine plus personnel :

« Je n'ai jamais eu peur de la mort. En tant que musulman, je crois que quand on meurt, on va au ciel. Avant une bataille,
Dieu nous donne la sérénité. »

(1993)


Face à la riposte des alliés

Dimanche 7 octobre 2001 : à 21 h, heure de Kaboul, l'armée américaine, aidée des forces britanniques, effectue ses premières frappes aériennes contre l'Afghanistan et le régime taliban, qui abrite Oussama ben Laden. Près d'un mois se sera écoulé depuis les attentats du 11 septembre.
« Je jure par Dieu que l'Amérique ne connaîtra plus jamais la sécurité avant que la Palestine ne la connaisse et avant que toutes les armées occidentales athées ne quittent les terres saintes. »
- ben Laden
Dans un message enregistré avant les frappes et diffusé sur la chaîne de télévision du Qatar, Oussama ben Laden s'est ouvertement réjoui des attentats du 11 septembre, affirmant que l'Amérique avait été « atteinte dans son point le plus vulnérable ».
Ben Laden s'est félicité du fait que les attaques aient « répandu la terreur en Amérique », sans revendiquer clairement les attentats de New York et Washington. Ben Laden a appelé les musulmans à défendre leur religion. « L'heure est venue pour les humiliés de se rebeller contre les infidèles », a-t-il déclaré.


Extrait du message de ben Laden

« Au moment où nous parlons, un million d'enfants innocents sont injustement tués en Irak, sans que cela ne soit dénoncé et sans que les dirigeants et sultans arabes ne réagissent. Ces jours-ci, les chars israéliens pénètrent dans les villes palestiniennes — Ramallah, Rafah, Beit Jala — et dans bien d'autres terres musulmanes pour y semer la destruction, et personne n'élève la voix et ne bouge le doigt. Mais lorsque, après 80 ans, l'épée s'est abattue sur l'Amérique, l'hypocrisie, tête haute, a plaint ces tueurs qui ont joué avec le sang, l'honneur et les lieux saints de l'Islam. Le moins que l'on puisse dire au sujet de ces hypocrites est que ce sont des renégats égarés sur le mauvais chemin. Ils ont soutenu le boucher aux dépens de la victime, l'oppresseur plutôt que l'enfant innocent. Je trouve refuge en Allah contre eux et Lui demande de nous les montrer dans ce qu'ils méritent. »






25 octobre 2001 
L'Administration Bush s'avoue impuissante

Donald Rumsfeld, alors secrétaire américain à la Défense, admet du bout des lèvres qu'il sera peut-être difficile de capturer ou de tuer Oussama ben Laden. En entrevue au quotidien USA Today, M. Rumsfeld a en effet souligné que le monde était vaste et que ben Laden avait beaucoup d'argent et d'appuis. Il a dit qu'il ne savait pas si les États-Unis allaient réussir à le capturer.

La capture ou l'élimination de ben Laden, tenu pour responsable des attentats contre les États-Unis le 11 septembre, avait pourtant été présentée comme l'objectif essentiel de l'action militaire américaine en Afghanistan. M. Rumsfeld a ajouté que même si ben Laden disparaissait demain, le problème ne serait pas réglé, que l'objectif américain demeurait l'élimination de la terreur.



7 novembre 2001
La lutte contre l'argent de ben Laden

Incapable de mettre la main sur celui qui avait été décrit comme la cible prioritaire de la lutte contre la terreur, le président des États-Unis, George W. Bush, annonce le gel des avoirs de 62 personnes et organismes reliés à deux réseaux, Al-Taqwa et Al-Barakaat, soupçonnés de financer et de soutenir l'organisation Al-Qaïda. Il s'agit de réseaux informels, baptisés " hawalas ", qui ont pour principe le transfert de fonds basé sur la confiance et sans trace écrite.

Selon les Américains, ces deux groupes ont entre autres fourni des moyens de communication et organisé le transport d'armes pour les cellules terroristes de ben Laden. Les bureaux d'Al-Taqwa et d'Al-Barakaat ont été fermés dans quatre États américains (Massachusetts, Minnesota, Ohio et Washington).

Une perquisition a été menée dans des locaux d'Al-Barakaat, à Ottawa. Hors des États-Unis, les individus et organisations visés sont domiciliés aux Bahamas, en Italie, en Suède, en Somalie, en Suisse, en Autriche, à Dubai, au Liechtenstein et aux Pays-Bas.

Des perquisitions ont été menées au Canada, en Italie, au Liechtenstein et en Suisse, où deux responsables d'Al-Taqwa ont été arrêtés.




17 novembre 2001
La mort du bras droit de ben Laden

Le ministre des Affaires étrangères des talibans a confirmé, le 17 novembre 2001, la mort du chef militaire d'Al-Qaïda, Mohammed Atef. Ce dernier aurait été tué lors d'un bombardement de l'aviation américaine près de Kaboul. L'Égyptien est considéré par les autorités américaines comme le numéro deux du réseau Al-Qaïda.

Mohammed Atef était soupçonné d'avoir été, avec ben Laden, l'un des principaux organisateurs des attentats du 11 septembre. Le gouvernement américain avait offert une récompense de cinq millions de dollars pour toute information pouvant conduire à son arrestation.

Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a dit espérer que les Afghans seraient incités à pourchasser Oussama ben Laden et les autres dirigeants d'Al-Qaïda dans les tunnels et les grottes, évitant ainsi aux militaires américains de risquer leur vie.

 

Une preuve de culpabilité?

Après maintes hésitations, l'administration américaine a finalement diffusé la bande vidéo dans laquelle Oussama ben Laden discute des attentats du 11 septembre et de leurs préparatifs. Pour les États-Unis et leurs alliés, l'enregistrement constitue une preuve irréfutable de l'implication du chef d'Al-Qaïda aux attentats qui ont coûté la vie à plus de 3300 personnes.

Selon le Pentagone, la vidéocassette a été trouvée fin novembre 2001 dans une maison de Jalalabad, à l'est de l'Afghanistan. La date 09/11/01 est inscrite sur la cassette.

Extrait vidéo

 

Mis à jour le 30 avril 2005

 


 ILS ONT DIT DE LUI...
 

Le prince Saoud el Faiçal, d'Arabie Saoudite, a déclaré au magazine américain Time qu'il existait des « preuves claires » de la responsabilité du Saoudien déchu dans les attaques terroristes de Washington et de New York. (9 octobre 2001)


La Maison-Blanche déclare que la guerre contre le terrorisme lancée par les États-Unis dépasse largement le cas d'Oussama ben Laden, laissant ainsi transparaître sa volonté de ne pas transformer le chef fondamentaliste en martyr aux yeux du monde islamique. (9 octobre 2001)

« Oussama ben Laden abuse de la cause palestinienne pour justifier le terrorisme. »
- Tony Blair

 
  Le porte-parole d'Al-Qaïda, Soleïman Abou Ghaith, a affirmé que la déclaration de guerre contre l'Afghanistan et contre les combattants dirigés par Oussama ben Laden était considérée comme une « déclaration claire de guerre à l'islam et aux musulmans ».
(octobre 2001)
  Un homme honni par les uns, admiré par les autres
 

Chez les musulmans radicaux de plusieurs pays, dont le Pakistan, Oussama ben Laden demeure un modèle à suivre, un héros défenseur de leur cause.

Cet appui s'est exprimé par des manifestations antiaméricaines dans plusieurs pays musulmans, au lendemain des frappes alliées contre l'Afghanistan.
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