Soupçonné d'être à la tête d'un réseau terroriste aux ramifications très étendues dans le monde, ce milliardaire saoudien est considéré comme le grand responsable des attentats du 11 septembre 2001 et l'un des principaux ennemis des États-Unis sur le plan international. C'est l'un des 10 criminels internationaux les plus recherchés par le FBI. Pourtant, il n'a pas toujours été l'ennemi des États-Unis.

Journaliste : Florence Meney  et Nicolas Duguay 


Oussama ben Laden, c'est le nom même, pour un grand nombre d'Occidentaux, de la menace terroriste; c'est aussi, pour la plupart des Américains, la cible à abattre dans une lutte à finir qui s'est amorcée voilà près de quatre ans dans le ciel de New York, et qui s'est étendue aujourd'hui aux ruelles de Kaboul et de Karachi.

Mais qui est donc cet homme mystérieux qui tient en échec la plus puissante armée du monde? Qui est-il, celui-là qui a réussi à faire sombrer les États-Unis dans des excès de sécurité qui n'ont eu d'égaux que lors des plus sombres années de la guerre froide?

Qui est-il encore, cet homme mystérieux qui compose des poèmes à la gloire d'actes terroristes passés et qui déclame, à propos d'un attentat-suicide ayant tué 17 marins américains : " Les morceaux des corps des infidèles volaient comme des particules de poussière. Si vous aviez vu ce spectacle, vous auriez été très satisfaits et votre cœur aurait été rempli de joie! "?

Oussama ben Laden a vu le jour au sein d'une famille aisée en 1957, à Riyad, en Arabie Saoudite. Ses proches, originaires du Yémen voisin, entretenaient des rapports privilégiés avec la monarchie saoudienne.

Son père, entrepreneur dans le domaine de la construction, a fait fortune dans le sillage du boom pétrolier des années 70, alors que le royaume saoudien, submergé de pétrodollars, se dotait d'infrastructures somptueuses.

Le jeune Oussama, destiné à prendre un jour les rênes de la florissante entreprise familiale, étudie l'administration et les affaires dans l'une des meilleures universités saoudiennes. Déjà très pieux, il consacre aussi du temps aux études religieuses avant de finalement se joindre à l'entreprise de son père.

L'expérience afghane

a Oussama ben Laden est considéré par les autorités américaines comme le maître d'œuvre de la campagne d'attentats islamistes lancée ces dernières années contre des cibles américaines dans le monde arabe et en Afrique.

En 1973, c'est un Oussama ben Laden imprégné de religion qui commence à fréquenter les cercles islamistes saoudiens. À la fin de l'année 1979, alors que les troupes soviétiques envahissent l'Afghanistan, il se joint à ces nombreux jeunes musulmans de tout le monde arabe qui quittent leur pays pour participer à ce qui est déjà présenté comme une guerre sainte contre l'envahisseur soviétique.

Très vite, il joue un rôle prédominant dans l'organisation logistique des combats du contingent arabe qui appuie les moudjahidin afghans. Les détails sur d'éventuelles participations directes d'Oussama ben Laden aux combats varient toutefois selon les sources, mais il est presque certain que c'est essentiellement grâce à la fortune familiale des ben Laden qu'Oussama peut financer ses activités de résistance.

C'est aussi à cette époque qu'il tisse des liens étroits avec les mouvements islamistes de plusieurs pays et qu'Al-Qaïda voit le jour.

Naissance de " la base "

La lutte contre l'envahisseur soviétique est regroupée, tout au long des années 80, autour d'une organisation appelée Makhtab al-Khidamat (MAK). Vers la fin du conflit, toutefois, certains commandants de composantes du MAK veulent étendre la lutte armée à d'autres régions du monde. C'est ainsi que naît Al-Qaïda, en 1988, sous l'impulsion du saoudien Oussama ben Laden.

Le but premier d'Oussama ben Laden est d'établir un califat islamiste à travers le monde musulman, sorte de panarabisme fondé non pas sur l'État de droit, mais plutôt sur la loi islamique dans son acceptation la plus fondamentale.

À la mort du fondateur du MAK, le Palestinien Abdullah Azzam, en 1989, un nombre considérable de ses membres migrent vers Al-Qaïda qui doit, dès lors, créer une véritable structure d'apprentissage du terrorisme dans divers camps, pour la plupart implantés en Afghanistan.

Une fois rompus aux techniques de la lutte terroriste, les militants d'Al-Qaïda s'impliquent activement dans de nombreux conflits existants comme en Algérie, en Bosnie, en Égypte, en Indonésie, au Kosovo, en Somalie, au Yémen ou encore aux Philippines.

Le " Grand Satan " comme cible

En 1990, l'Irak de Saddam Hussein, décrié par les radicaux islamistes en raison de ses vues socialistes, envahit le Koweït. Encore galvanisé par l'expérience afghane, Oussama ben Laden demande aux autorités saoudiennes de financer ses troupes pour qu'elles aillent combattre les Irakiens.

Cette demande est toutefois rejetée, et des soldats américains se déploient rapidement en Arabie saoudite, ce qui attise la colère de ben Laden. Il accuse le roi Fahd d'avoir vendu les lieux saints au "
Grand Satan ".

Oussama ben Laden s'oppose alors au régime et continue d'appuyer des groupes armés islamistes, dont certains sont ouvertement en lutte contre une dynastie saoudienne qu'ils estiment corrompue. L'Arabie saoudite réplique en lui retirant son passeport en1992, puis en lui ôtant sa nationalité, deux ans plus tard, en 1994.

Ben Laden, désormais apatride, s'installe au Soudan, qui ouvre ses portes à tout musulman, même sans visa, en geste de solidarité.

Les premiers attentats

Le 29 décembre 1992, une bombe explose à Aden, au Yémen, dans une base militaire américaine temporaire. Les soldats ayant déjà quitté l'endroit, seuls deux touristes sont tués. Les services de renseignements américains affirment qu'il s'agit de la première attaque terroriste mettant directement en cause ben Laden et ses associés.

Pourchassé, Oussama ben Laden trouve alors refuge dans l'Afghanistan des talibans, qui lui fourniront asile et protection jusqu'à la chute de leur régime.

En 1996, ben Laden est accusé d'être impliqué dans une tentative d'assassinat du président égyptien Hosni Moubarak. Il doit alors quitter le Soudan, qui plie sous la pression de la communauté internationale l'accusant de soutenir le terrorisme. Il trouve refuge en Afghanistan, d'où il commence à décréter régulièrement des fatwas (condamnations religieuses) contre ses anciens bailleurs de fonds, les États-Unis.

En 1998, il fonde le Front islamique international, dont la raison d'être est de livrer la " guerre sainte ".


S'il est contraint à l'exil et à vivre caché en Afghanistan, ben Laden s'y voit néanmoins rejoint par des milliers de fondamentalistes qui trouvent dans sa diatribe anti-américaine un écho à leurs frustrations et à leur désir d'unifier le monde arabe sous un régime islamiste.

La terreur comme politique

Ben Laden est soupçonné d'être le cerveau ou le parrain de toute une série d'attentats, dont ceux commis contre les ambassades américaines de Nairobi, au Kenya, et Dar-es-Salaam, en Tanzanie, en août 1998. À la suite de ces attentats, les États-Unis ont mené une vaste opération de bombardements en Afghanistan, sans toutefois parvenir à neutraliser ben Laden.

Si les attentats d'août 1998 et celui, en octobre 2000, contre un navire de guerre américain à Aden, au Yémen, sont considérés comme parmi les plus importantes actions d'Al-Qaïda, ceux du 11 septembre 2001, aux États-Unis, feront de son chef le plus important terroriste au monde.

On estime qu'Oussama ben Laden, s'il est encore vivant, pourrait " tirer les ficelles " d'une armée de 5000 extrémistes musulmans répartis dans de nombreux pays dans le monde.

Les sanctions de l'ONU contre l'Afghanistan
(août 1999)

Une apparition remarquée

Une vie entourée de mystère, et de rumeurs démenties

Même avant les événements du 11 septembre 2001, les talibans étaient frappés d'un embargo aérien et d'un gel de leurs avoirs financiers à l'étranger imposés par les États-Unis et par l'ONU (avec le soutien de la Russie).

Cible : États-Unis

Depuis les années 70, les États-Unis ont été la cible de dizaines d'attentats. Pour les islamistes extrémistes, cette puissance est littéralement " le Grand Satan ". Selon les experts, la puissance américaine est honnie en raison des idées qu'elle véhicule et de sa culture.

Ben Laden est soupçonné d'être responsable, entre autres, des deux attentats du 7 août 1998 contre les ambassades des États-Unis à Nairobi et à Dar-es-Salaam. Bilan : 224 morts, dont 12 Américains, et 4000 blessés.

Il est également soupçonné d'être le commanditaire d'une attaque à l'explosif contre le destroyer américain USS Cole. Le 12 octobre 2000, un canot pneumatique piégé a sauté à côté du destroyer à Aden (Yémen), faisant 17 morts et 35 blessés.

 

>> Principaux attentats terroristes
menés contre les États-Unis <<

Pourquoi les soupçons se sont-ils portés sur ben Laden dans les attentats du 11 septembre 2001?

Au sein de l'univers terroriste, les groupes islamistes sont plus enclins que les autres à commettre des attentats-suicides. Sur les 10 groupes qui ajoutent le suicide à leur arsenal, 8 sont islamistes. Un seul transcende les frontières, Al-Qaïda (La Base), dirigé par Oussama ben Laden.

Cette organisation est la seule dont la raison d'être soit exclusivement religieuse et dont le profil permette de réaliser des attentats de grande ampleur, selon les services de renseignements américains.

D'ailleurs, ben Laden lui-même a affirmé être responsable de ces événements, dans un enregistrement diffusé quelque temps après les attentats.

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 IL A DIT...
 


« Le serpent, c'est l'Amérique. Il faut couper la tête du serpent. »

 

 ILS ONT DIT DE LUI...
 


CIA
 : « Le réseau terroriste de ben Laden représente aujourd'hui la menace la plus immédiate et la plus sérieuse pour la sécurité des États-Unis. »
(CIA) 

Bill Clinton, au sujet de l'attentat commis contre le USS Cole : « Vous ne serez à l'abri nulle part, car nous vous trouverons et justice sera rendue. »

 

OUSSAMA BEN LADEN À L'HEURE D'INTERNET
 
Des responsables américains affirment que ben Laden et d'autres extrémistes musulmans enseignent les techniques de cryptage dans des camps d'entraînement au Soudan et en Afghanistan, et qu'ils utilisent Internet pour diffuser leur message.

 

  QUELQUES HYPERLIENS
 


-Département d'État aux Affaires africaines (États-Unis)

-Le terrorisme international

-Les attentats commis en Afrique (déclaration de Bill Clinton)

-Pentagone

-L'Afghanistan, un pays miné et « implosé »