Journaliste : Florence Meney     

Qui compose l'Alliance du Nord?

Rarement sans doute un groupe aura-t-il aussi mal porté son nom : l'Alliance du Nord, ou Front islamique uni pour le salut de l'Afghanistan, n'a rien d'un bloc uni d'hommes partageant la même philosophie, les mêmes idéaux, ni les mêmes moyens d'atteindre leurs buts respectifs. En fait, la plupart de ses membres se sont battus entre eux à une époque ou à une autre, même si les choses se sont stabilisées depuis 1997. Il s'agit plutôt d'un groupe de guerriers, de moudjahidines d'origine ouzbèke, tadjike et hazara, issus des différentes factions qui ont combattu les troupes soviétiques jusqu'à leur retrait, en 1989. Certains sont de la ligne islamisque radicale, d'autres, des modérés. L'Alliance compte autant des intellectuels que des quasi-illettrés, et aussi un certain nombre de mercenaires.

Ces combattants, une force estimée à environ 15 000 hommes, mais dont les rangs fluctuent grandement, ont versé dans la guerre civile au début des années 1990, puis ont été délogés par les talibans, issus de la communauté pachtoune. Le nom Alliance du Nord vient du fait que cette coalition est très solidement implantée dans le nord du pays, où elle s'est retranchée pendant des années (jusqu'à ces derniers jours) et où elle trouve ses appuis.

L'organe dirigeant de l'Alliance est le Conseil suprême de l'État islamique d'Afghanistan (EIA), qui siège à Dalan-Sang, dans la vallée du Panjshir.

Au coeur de l'Alliance, un chef devenu mythe après sa mort...
le commandant Massoud

Ahmed Chah Massoud a été assassiné le 9 septembre 2001 à Kwaja-Bahauddin, quartier général militaire de l'Alliance situé près de la frontière tadjike. Il avait 47 ans. Avant la prise de Kaboul par les talibans, Massoud occupait le poste de ministre de la Défense au sein du gouvernement du président Rabbani.

Il fut le leader militaire et charismatique de l'Alliance du Nord. Ancien combattant contre l'envahisseur soviétique, il mena ensuite la lutte contre le régime des talibans. Ce fut le seul homme à réussir à stopper l'avance des talibans. Massoud finançait son combat à partir des mines d'émeraudes de sa vallée natale du Panjshir. Ses qualités de stratège militaire et ses idées éclairées forçaient le respect de ses adversaires. Sa mort a porté un dur coup au moral des troupes de l'Alliance.


Les luttes fratricides entre les clans composant l'Alliance ont mené à la guerre civile en Afghanistan dans les années 1990 et, ultimement, au règne des talibans. Il aura fallu tout le charisme et le leadership du commandant Ahmed Chah Massoud pour unifier les factions de l'Alliance en une armée semi-professionnelle. Son assassinat par des kamikazes juste avant les attentats du 11 septembre a privé l'Alliance de son leadership. Le second de Massoud, le général Mahmoud Fahim, a pour l'instant pris la relève sur le plan militaire, mais non sur le front politique.Les forces de l'Alliance sont maintenant unies par la perspective de la victoire, mais cette belle harmonie de surface pourrait être éphémère.

Les hommes de l'Alliance sont majoritairement d'origine ouzbek, tadjike et hazara, trois communautés minoritaires en Afghanistan mais qui, réunies, représentent 60 % de la population.Ils ne comprennent pas de leaders pachtounes, qui composent le plus important groupe ethnique de la société afghane. Cette situation les prive, aux yeux de la population, d'une certaine légitimité.

 
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 DANS LE MONDE
 
Pour le Front uni, c'est un véritable tournant dans la guerre. Des maquisards qui peinaient à maintenir leurs positions sur 10 % de l'Afghanistan sont en train, deux mois après la mort de leur chef historique, Ahmed Chah Massoud, de conquérir l'un après l'autre les verrous stratégiques du nord du pays.

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