Attentats terroristes : perspectives d'utilisation du nucléaire

Le terrorisme nucléaire peut essentiellement prendre deux formes : une attaque terroriste contre une cible civile (centrale, convoi de plutonium ou de déchets radioactifs) ou l'utilisation par des terroristes d'une arme nucléaire rustique qu'ils auraient fabriquée eux-mêmes.

Des attentats contre des cibles nucléaires ?
On sait depuis longtemps qu'elles sont très vulnérables. Une étude américaine réalisée en 1985 avait souligné la vulnérabilité des salles de contrôle des turbines et des enceintes de confinement.

À propos de la bombe « sale »

Une bombe sale est une bombe composée d'un explosif classique auquel on a accolé des matériaux radioactifs afin de contaminer les populations alentours. Elle est qualifiée de « sale » par opposition aux bombes nucléaires ou aux armements traditionnels recouverts d'uranium appauvri.

La partie conventionnelle de la bombe est constituée de dynamite, ou C-4, qui lui confère ses capacités explosives. La partie non conventionnelle de la bombe est constituée de matières radioactives, sur lesquelles on peut mettre la main dans divers endroits du globe.

Mécanisme : une bombe sale explose; la dynamite agit comme agent de dispersion des particules radioactives dans l'air. La capacité de destruction d'un tel engin varie grandement, selon le type d'explosifs et de matières radioactives utilisés. Ce genre de bombe, aussi appelée radiologique, n'est pas forcément d'une très grande efficacité, selon Abel Gonzales, de la division de sûreté radiologique à l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique). Selon l'expert, l'effet de terreur psychologique lié aux fantasmes développés par les images de Hiroshima ou de Tchernobyl serait certainement très fort, même si le type de dégâts causés est très différent. La bombe sale ne provoque pas, en effet, d'explosion nucléaire comme telle, mais elle peut tuer un nombre important de gens sur un territoire restreint et contaminer l'endroit pour des mois, voire des années.

Les experts s'accordent pour dire que la fabrication de telles armes est relativement aisée et qu'il s'agit d'une arme idéale pour les terroristes.

 


Ce qu'en pense le Service canadien du renseignement de sécurité

En général, les agents chimiques et biologiques sont considérés comme moins chers et plus faciles à produire ou à obtenir que les armes nucléaires. Néanmoins, la saisie de matières fissiles spéciales sur le marché noir en Europe au cours des dernières années (en quantité insuffisante, toutefois, pour construire un dispositif nucléaire explosif) a donné une nouvelle crédibilité à la menace que le terrorisme nucléaire représente.

Les « spécialistes » ne semblent pas s’entendre lorsqu’on leur demande si un petit groupe de techniciens, comme ceux qu’un des groupes terroristes d’aujourd’hui serait en mesure de réunir, pourrait surmonter les difficultés techniques associées à la construction d’un dispositif nucléaire explosif.

Le vol d’une arme nucléaire intacte n’est pas considéré comme très probable, étant donné les mesures de sécurité rigoureuses adoptées par la plupart des États dotés de telles armes. Cependant, l’instabilité politique et la dégradation de la situation socioéconomique dans certains de ces États — dont ceux de l’ex-Union soviétique — soulèvent des craintes.

Sur le plan de la capacité de fabriquer un dispositif nucléaire explosif, le plus grand sujet de préoccupation est peut-être la sécurité des matières fissiles pouvant être utilisées à des fins militaires, qui sont conservées dans les instituts de recherche, et les réserves de combustible de la marine et autres installations nucléaires semblables, surtout dans les pays de l’ex-Union soviétique. La sécurité de certaines de ces installations demeure inadéquate. Cependant, le terrorisme radiologique, c’est-à-dire la dispersion de matières radioactives dans le but de contaminer l’air ou l’eau ou de rendre inutilisable une installation ou un secteur donné, représenterait une menace plus probable de terrorisme nucléaire.

Les matières radioactives qui pourraient être utilisées pour causer une telle contamination se trouvent dans une vaste gamme d’installations relativement peu sûres, comme les hôpitaux, les laboratoires médicaux et de recherche, les universités et les terrils. Certains types de contamination pourraient être plus difficiles à réaliser qu’on ne le croit généralement, mais étant donné l’inquiétude que le nucléaire sous toutes ses formes suscite largement dans le public, la simple menace d’utiliser des matières radioactives pourrait être un outil puissant aux mains de terroristes. Les mêmes considérations s’appliqueraient aux menaces d’attentat contre des installations nucléaires ou des chargements de matières nucléaires susceptibles de libérer des substances radioactives.

Terrorisme : la menace nucléaire (21 octobre 2001)


Les craintes des groupes opposés au nucléaire

Le plutonium isolé présente un risque important à l'échelle de la planète, car tout groupe bien équipé pourrait fabriquer une arme atomique très destructrice avec à peine quelques kilogrammes de cet élément. Un tel engin nucléaire pourrait être installé dans le coffre d'une voiture et déclenché à distance. La National Academy of Sciences des États-Unis signale qu'une telle arme, faite de n'importe quelle sorte de plutonium, aurait une force explosive équivalant à au moins mille tonnes de TNT et un rayon de destruction correspondant au tiers, au moins, de celui de la bombe d'Hiroshima.

Voici ce qu'en a dit Paul Nitze, conseiller du président des États-Unis en matière de sécurité, il y a plusieurs années : « On pourrait se lever dans quelques années et trouver la ville de Washington anéantie, et on ne pourrait même pas dire qui a fait ça. »

Une petite quantité de plutonium suffirait aussi pour fabriquer une arme radiologique terriblement efficace en répandant du plutonium dans l'atmosphère en concentrations suffisantes pour tuer plusieurs milliers de personnes. Il en résulterait aussi la contamination d'une vaste région : une contamination très persistante avec laquelle il est très difficile, dangereux et coûteux de composer (source : Regroupement canadien pour la surveillance du nucléaire).

« Lorsque, dans les années 1970, les manifestants antinucléaires scandaient “ Société nucléaire, société policière ! ”, c'est bien parce que les centrales nucléaires sont apparues comme des installations particulièrement vulnérables et que le système policier qu'elles devaient engendrer nous apparaissait comme peu souhaitable et inéluctable. »
- Bella Belbéoch, physicienne