Conférence de l'ONU sur les changements climatiques

Réchauffement climatique, progrès réalisés dans la foulée du protocole de Kyoto, immobilisme des États-Unis, contribution des pays émergents, marché des gaz à effet de serre... La planète se donne rendez-vous à Montréal, du 28 novembre au 9 décembre, pour aborder ces enjeux à la Conférence de l'ONU sur les changements climatiques. Une première en Amérique du Nord.

25 novembre 2005 - Journaliste: Sophie-Hélène Lebeuf

Le sommet se tient au Palais des congrès.

Avec ses 10 000 participants originaires de 189 pays (représentants gouvernementaux, scientifiques, entrepreneurs et organisations non gouvernementales), cet événement est le plus important à être organisé dans la métropole québécoise depuis Expo 67, exception faite des grands rassemblements sportifs.

S'il s'agit de la 11e réunion depuis l'adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, au Sommet de la Terre, à Rio, au Brésil, en 1992, la rencontre revêt une importance particulière cette année. C'est la première fois depuis la ratification du protocole de Kyoto, en février dernier, que les signataires se rencontrent.

Pour l'ONU, le sommet de Montréal est le plus vaste depuis celui du Japon, qui a mené 160 États, en 1997, à adopter le protocole sur la réduction des gaz à effet de serre (GES), comme le dioxyde de carbone (CO2), le méthane et le protoxyde d'azote.

Pour que le Protocole entre en vigueur, il devait être ratifié par au moins 55 pays, dont les émissions combinées représentent 55 % du total des émissions de 1990.

Qui sont les joueurs présents?

Les États représentés à la Conférence se divisent en trois grandes catégories. D'abord, les 34 pays industrialisés qui ont ratifié l'accord de Kyoto, le premier du genre à avoir force de loi. Parmi eux, le Canada, le Japon, les pays de l'Union européenne et la Russie. Ils se sont conjointement engagés à réduire d'ici 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % par rapport à leurs niveaux de 1990. Les objectifs varient toutefois selon les pays.

Puis, 107 pays en développement, dont la Chine, l'Inde, le Brésil, la Corée du Sud, l'Indonésie et l'Afrique du Sud, qui, même s'ils ont ratifié le protocole, sont présentement exemptés d'objectifs. Ils sont pour leur part conviés à contrôler leurs émissions de gaz à effet de serre et à établir des inventaires. L'accord prévoit que les pays riches leur procureront un soutien technique et financier des pays riches et transféreront des technologies « propres ».

Enfin, les pays qui ont tout simplement refusé d'apposer leur signature au Protocole, États-Unis en tête, pourtant responsables du quart des émissions actuelles de GES, ou encore l'Australie.

La parole aux scientifiques et aux écologistes

À Montréal, les scientifiques feront le point sur leurs recherches et présenteront l'évolution de la situation. Fait important à noter: les organisations non gouvernementales écologiques (ONGE) seront des joueurs-clés de cette conférence. Ils feront valoir leur point de vue et suivront les négociations. Quotidiennement, ils désigneront le « fossile du jour », pour désigner le pays qui freine le plus les discussions.

Les ONGE nomment le « fossile du jour » depuis 1999. Les « médaillés » qui ont remporté le plus souvent ce triste titre sont:
1) Les États-Unis
2) Le Canada
3) L'Arabie saoudite

Dresser le bilan et réfléchir à l'après-Kyoto

De leur côté, les signataires devront présenter les progrès qu'ils ont réalisés. Certains pays (comme la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne) sont en voie d'atteindre leurs objectifs, mais certains sont très mal partis. Et c'est le pays hôte qui est le plus éloigné de ses objectifs...

Les signataires les moins respectueux de leurs engagements:
1) Canada (différence de 30,2 % avec son objectif de réduction de 6 %)
2) Autriche (différence de 29,5 % avec son objectif de réduction de 13 %)
3) Danemark (différence de 27,8 % avec son objectif de réduction de 21 %)
4) Espagne (différence de 26,7 % avec son objectif de ne pas augmenter de plus de 15 %)
5) Nouvelle-Zélande (différence de 22,5 % avec son objectif de rester stable)
Source: rapport 2005 de la Convention-cadre de l'ONU sur les changements climatiques

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Les pays présents se pencheront également sur l'après-Kyoto. Les scientifiques évoquent un réchauffement de 2 degrés d'ici 2060. Mais l'impact du réchauffement de la planète se fait déjà sentir dans plusieurs régions du globe, et plusieurs scientifiques craignent qu'il s'intensifie dans un avenir rapproché. Si les engagements demeureront au-delà de l'horizon de 2012, un consensus international émerge pour dire que, selon le scénario le plus optimiste, il faudrait conclure au moins 10 traités comme celui de Kyoto...

Les pays tenteront notamment de voir ce qui pourra être fait pour le grand joueur qui n'a pas signé: les États-Unis. L'administration Bush rejette le traité, mais plusieurs États et villes américaines veulent y adhérer. Leur fera-t-on une place, et comment? Il faut prévoir une belle lutte politique américaine lors de la conférence, et la Maison-Blanche risque de tenter de faire dérailler le processus.

On doit également prévoir un débat sur ce qu'on peut espérer de ces grands émetteurs de GES de demain, comme la Chine, le Brésil et l'Inde. La Chine est déjà le deuxième producteur de gaz à effet de serre et, devant l'industrialisation de ce pays qui dépasse les 1,3 milliard d'habitants, la situation ne fera qu'empirer.

Il sera également question d'une « bourse » du carbone, qui permettra aux pays qui n'atteignent pas leurs objectifs d'acheter des crédits aux pays qui dépassent les leurs. Les États devraient adopter les mécanismes de ce marché lors de la conférence.

Les plus grands émetteurs de GES depuis 1990:
1)
Espagne (hausse de 41,7 %)
2) *Monaco (37,8 %)
3) Portugal (36,7 %)
4) Grèce (25,8 %)
5) Irlande (25,6 %)
6) Canada (24,2 %)
7) *Australie (23,3 %) *
8) Nouvelle-Zélande (22,5 %)
9) Finlande (21,5 %)
10) Autriche (16,5 %)
11) *États-Unis (13,3 %) *
12) Japon (12,8 %)
* n'a pas ratifié Kyoto
Source: rapport 2005 de la Convention-cadre de l'ONU sur les changements climatiques

« Un monde de solutions »

Regroupés sous le thème « Un monde de solutions », de multiples événements se tiendront en marge du sommet. Au complexe Guy-Favreau, mais aussi à d'autres endroits, des industriels, des scientifiques et des écologistes tiendront des conférences, ouvertes au public. Il y aura aussi des débats, des expositions, des documentaires...

Les artistes ne seront pas en reste. Avant l'ouverture du Sommet, le spectacle Mtl05: La Veille, organisé par Équiterre, réunira par exemple sur la scène du Metropolis des artistes comme Arianne Moffatt, Yann Perreault, Taima et Florent Vollant, pour inciter les gouvernements à agir. De son côté, Richard Desjardins présentera son spectacle Kanasuta au Spectrum, mais d'autres artistes se produiront pour soutenir la cause environnementale.

Et, évidemment, les citoyens sont invités à participer à d'autres activités organisées par les ONGE, notamment la grande marche mondiale pour le climat, le samedi 3 décembre.