Le Canada et les États-Unis ont passé le pic de la deuxième vague de la grippe A (H1N1), mais tous les pays de l'hémisphère nord n'en sont pas là, selon la directrice de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En entrevue au journal français Le Temps, Margaret Chan estime qu'il faudra attendre encore de six mois à un an avant de crier victoire dans la lutte contre la pandémie.
Même si la pandémie de grippe H1N1 semble connaître un net recul, il faudra attendre encore de 6 à 12 mois avant de crier victoire, estime la directrice de l'Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan.
Margaret Chan, directrice de l'OMS
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PC/AP/Keystone, Martial Trezzini
Elle souligne que l'Afrique et les pays en voie de développement en Asie n'ont pas encore connu une explosion du nombre de cas. Selon Mme Chan, soit le système de santé est trop déficient pour les recenser, soit on n'a encore rien vu.
Interrogée sur les critiques selon lesquelles l'OMS aurait été trop alarmiste, elle rétorque que l'organisation a adopté « une attitude très prudente », puisque la grippe H1N1 aurait pu s'avérer plus virulente.
« Je n'aurais jamais déclaré l'état de pandémie si je n'avais pas eu la certitude d'avoir les preuves dans ce sens, affirme cette Chinoise de 62 ans qui a pris la tête de l'OMS en 2006. Nous avions un nouveau virus et celui-ci se propageait de façon durable dans plus de deux régions du monde. »
Elle réfute par ailleurs les accusations selon lesquelles l'OMS serait sous l'influence des entreprises pharmaceutiques. « Quand nous prenons une décision à l'OMS, la seule chose qui compte, ce sont les preuves scientifiques et ce sont elles seules sur lesquelles nous nous basons pour émettre nos recommandations », dit-elle, soulignant que des virologues, des épidémiologistes et des experts de la santé publique ont été consultés.
Les leçons de la grippe aviaire
Elle constate par ailleurs que la pandémie de la grippe A (H1N1) est gérée de façon « beaucoup plus sereine et plus organisée » que l'épidémie du SRAS de 2003, même si l'ampleur de la contagion est beaucoup plus grande avec le H1N1. Plus de 200 pays sont touchés par rapport à entre 30 et 40 lors du SRAS.
Selon Margaret Chan, la raison est que de nombreux États ont, depuis, mis en place des dispositifs efficaces d'alerte et de détection des maladies.
Mais, malgré toutes les leçons tirées de la dernière pandémie, Mme Chan avoue franchement que la planète n'est pas prête à gérer une pandémie de grippe aviaire H5N1.
« Je le dis sans hésitation: nous ne sommes pas prêts du tout. Je souhaite vraiment que le monde n'ait jamais à affronter une pandémie de grippe aviaire », dit-elle, lorsqu'elle est interrogée sur une telle éventualité.
À son avis, on n'a pas encore mesuré l'ampleur des dégâts causés par la grippe H1N1. Depuis l'apparition du virus au Mexique en mars 2009, près de 12 000 morts ont été recensés dans le monde. Un bilan approximatif qui pourrait s'alourdir, selon Mme Chan.
Elle estime que les vraies données seront connues lorsque tous les pays auront appliqué la même méthodologie pour mesurer la hausse de mortalité, ce qui prendra au moins deux ans.