
L'Arctique, un territoire convoité
Tous ces sacrifices en valaient peut-être la peine. Le passage du Nord-Ouest permet de gagner du temps par rapport à la voie maritime qui passe par le canal de Panama. La distance entre Londres et Tokyo en passant par le Canal est de 23 000 km, alors qu'elle ne fait que 16 000 km par le passage du Nord-Ouest. C'est une économie de 2 semaines de voyage. Mais comme le passage est gelé pratiquement tout au long de l'année, il est rarement utilisé, sauf par les brise-glace les plus performants.
Cependant, depuis que les scientifiques prédisent la fonte des glaces de l'Arctique, le passage devient une voie navigable potentielle de plus en plus convoitée. Quant à déterminer si les eaux du passage sont internationales ou si ce sont des eaux territoriales canadiennes, le problème demeure entier.
![]() Photo: La Presse Canadienne /BJO Le pétrolier américain Manhattan escorté par le brise-glace Louis Saint-Laurent sur la côte de l'île de Baffin, le 8 mai 1970 |
En 1969, un pétrolier américain, le S.S. Manhattan, a emprunté le passage du Nord-Ouest sans en demander la permission au Canada. Il voulait prouver que le passage était une voie praticable pour le transport du pétrole. Le Canada n'a pas tenté de l'arrêter, mais il l'a laissé passer et a même envoyé un brise-glace canadien l'escorter.
En 1970, le S.S. Manhattan a de nouveau emprunté le passage. Le Canada a alors imposé des règles environnementales à tout navire qui devait y passer. Mais cela ne résolvait toujours pas le problème de l'autorité sur les eaux du passage.
En 1985, le brise-glace Polar Sea de la garde côtière américaine a emprunté le passage sans en demander la permission au gouvernement du Canada. Ce défi à la souveraineté du Canada dans l'Arctique a eu des retombées politiques, notamment la signature de l'Accord sur la coopération dans l'Arctique par le premier ministre du Canada Brian Mulroney et le président américain Ronald Reagan. Selon les termes de l'Accord, les États-Unis doivent s'abstenir d'envoyer des brise-glace dans le passage du Nord-Ouest sans l'approbation du Canada. En retour, le Canada doit toujours accorder son consentement. Quant à savoir si les eaux du passage sont territoriales ou internationales, la question est encore une fois non résolue.