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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

En profondeur

Ce que les experts disent

Mise à jour le lundi 23 juillet 2007 à 14 h 28
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Ce que les experts disent

Simulation de l'effondrement du viaduc de la Concorde, à Laval

Simulation de l'effondrement du viaduc de la Concorde

Les dernières semaines d'audiences de la commission Johnson amènent à la barre neuf experts en génie, ingénieurs ou professeurs d'université, ainsi que des porte-parole du ministère des Transports du Québec.

Après des mois d'analyse, qui auront coûté 1,4 million de dollars, soit le tiers du budget total de l'enquête, les experts engagés par la commission font part de leurs découvertes à propos de la tragédie.

Malgré quelques discours contradictoires, tout le monde en vient à trois consensus principaux.

  • Un viaduc d'une autre époque: Selon le professeur en génie civil de l'École polytechnique de Montréal, Bruno Massicotte, le porte-à-faux du viaduc, qui supportait la partie centrale de la structure, était conçu pour un trafic de 1966. Les nombreux camions et voitures d'aujourd'hui ont créé une surcharge qui a provoqué un déséquilibre, résume-t-il dans son témoignage du 17 juillet.

  • Normes d'inspection adéquates: Selon Reed Ellis, qui travaille maintenant en Alberta, mais qui a un contrat avec le MTQ, les normes du ministère sont égales ou supérieures à ce qui existe ailleurs. Le procureur en chef de la commission, Michel Décary, remet sa crédibilité en doute, estimant qu'il est en conflit d'intérêts.

  • Une tragédie inévitable: Répondant aux nombreuses critiques contre son organisme, Jacques Gagnon, le directeur du MTQ pour Montréal et l'ouest de la province, indique que l'effondrement du viaduc était imprévisible. Il précise par ailleurs que les normes du MTQ ont été temporairement relâchées en 2004 pour répondre à des exigences budgétaires, ce qui explique que l'inspection du viaduc de la Concorde en 2004 n'ait pas mené à une réparation.

  • Une tragédie évitable: Le directeur du département de génie civil l'Université McGill, Denis Mitchell, croit que le MTQ a eu deux occasions d'apercevoir d'importantes fissures dans la structure du viaduc. Lors d'une réparation en 1992 et d'une inspection spéciale en 2004, les ingénieurs du MTQ auraient dû exiger la fermeture du viaduc, mentionne-t-il, le 10 juillet.

    Grues aux abords du viaduc Concorde

    M. Mitchell a en outre mené des expériences sur une réplique grandeur nature du porte-à-faux du viaduc.

    Ses découvertes montrent que le MTQ, en tirant la sonnette d'alarme lorsqu'il voit une fissure de 0,8 mm sur une structure, ne demande pas d'inspections systématiques assez rapidement.

    Selon son analyse, M. Mitchell a pu déduire que l'effondrement du modèle s'est fait après qu'il eut remarqué une fissure de 0,2 mm. Le MTQ a promis d'agir rapidement pour réévaluer cet aspect de ses normes d'inspection.

  • Les trois consensus: Les neuf experts s'entendent pour dire que la mauvaise qualité du béton utilisé lors de la construction du viaduc, sa conception inadéquate et la mauvaise position de l'acier d'armature dans le porte-à-faux (la structure verticale située au-dessus de l'autoroute) ont conduit à l'effondrement.

    L'état des infrastructures?...

    Dans les jours suivant la tragédie, les 4924 structures de la province sont passées au peigne fin. De ce lot, 18 viaducs jugés semblables à celui du boulevard de la Concorde sont placés en observation, mais aucun ne présente de signes inquiétants à court terme.

    En revanche, la sous-ministre adjointe Anne-Marie Leclerc précise que trois structures seront soumises à une enquête plus approfondie. Pour le viaduc qui relie les autoroutes 15 et 40 à Montréal, là encore, aucun problème n'est diagnostiqué. Il devra toutefois être remplacé dans des délais rapides, ajoute Mme Leclerc sans donner plus de détails.

    ...lamentable, selon les ingénieurs

    Plusieurs experts sonnent à ce moment l'alarme. Il est grand temps, à leur avis, d'injecter des sommes colossales pour sécuriser le réseau routier du Québec.

    Images du viaduc à Laval

    L'expert en planification urbaine Saïd Mirza croit que l'effondrement du viaduc à Laval est le résultat d'années de négligence des infrastructures de la part des différents niveaux de gouvernement. Il estime impérative la mise sur pied d'un programme national sur les infrastructures. Selon lui, il en coûterait 125 milliards de dollars pour remettre dans un état satisfaisant toutes les infrastructures au Canada.

    Le Conseil canadien des ingénieurs et l'Association canadienne des automobilistes abondent dans le même sens. Une stratégie nationale pour les infrastructures est indispensable, tout comme la mise en place d'un financement stable. Ils rappellent que plusieurs des autoroutes n'ont pas été conçues pour un tel volume de trafic.

    L'Ordre des ingénieurs du Québec croit, en octobre 2006, qu'il est prématuré de se prononcer sur les causes de l'effondrement du viaduc de la Concorde. Plusieurs pistes doivent être examinées, dont la pratique illégale du génie, la vérification des compétences et le comportement déontologique. Il reconnaît par ailleurs que les infrastructures sont vieillissantes dans la province.

    Le président de la Société canadienne de génie civil, Ghani Razaqpur, pense de son côté que le poids des véhicules a peu à voir avec l'effondrement, vu la faible circulation sur le viaduc à ce moment. Dans tous les cas, cet incident devrait inciter les gouvernements à investir davantage dans l'entretien du réseau routier.

    Michel Gagnon

    Michel Gagnon (archives)

    Le président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec, Michel Gagnon, rappelle, quelques heures après l'incident, que les ingénieurs du ministère des Transports avaient établi que l'armature du viaduc n'était pas placée au bon endroit. Cela révèle, selon lui, un problème de surveillance de chantier.

    Dans la plupart des cas, experts et politiciens imputent la faute aux gouvernements, le maire de Laval Gilles Vaillancourt en tête de file.