
![]() Simulation de l'effondrement du viaduc de la Concorde |
Les dernières semaines d'audiences de la commission Johnson amènent à la barre neuf experts en génie, ingénieurs ou professeurs d'université, ainsi que des porte-parole du ministère des Transports du Québec.
Après des mois d'analyse, qui auront coûté 1,4 million de dollars, soit le tiers du budget total de l'enquête, les experts engagés par la commission font part de leurs découvertes à propos de la tragédie.
Malgré quelques discours contradictoires, tout le monde en vient à trois consensus principaux.
![]() |
M. Mitchell a en outre mené des expériences sur une réplique grandeur nature du porte-à-faux du viaduc.
Ses découvertes montrent que le MTQ, en tirant la sonnette d'alarme lorsqu'il voit une fissure de 0,8 mm sur une structure, ne demande pas d'inspections systématiques assez rapidement.
Selon son analyse, M. Mitchell a pu déduire que l'effondrement du modèle s'est fait après qu'il eut remarqué une fissure de 0,2 mm. Le MTQ a promis d'agir rapidement pour réévaluer cet aspect de ses normes d'inspection.
L'état des infrastructures?...
Dans les jours suivant la tragédie, les 4924 structures de la province sont passées au peigne fin. De ce lot, 18 viaducs jugés semblables à celui du boulevard de la Concorde sont placés en observation, mais aucun ne présente de signes inquiétants à court terme.
En revanche, la sous-ministre adjointe Anne-Marie Leclerc précise que trois structures seront soumises à une enquête plus approfondie. Pour le viaduc qui relie les autoroutes 15 et 40 à Montréal, là encore, aucun problème n'est diagnostiqué. Il devra toutefois être remplacé dans des délais rapides, ajoute Mme Leclerc sans donner plus de détails.
...lamentable, selon les ingénieurs
Plusieurs experts sonnent à ce moment l'alarme. Il est grand temps, à leur avis, d'injecter des sommes colossales pour sécuriser le réseau routier du Québec.
![]() |
L'expert en planification urbaine Saïd Mirza croit que l'effondrement du viaduc à Laval est le résultat d'années de négligence des infrastructures de la part des différents niveaux de gouvernement. Il estime impérative la mise sur pied d'un programme national sur les infrastructures. Selon lui, il en coûterait 125 milliards de dollars pour remettre dans un état satisfaisant toutes les infrastructures au Canada.
Le Conseil canadien des ingénieurs et l'Association canadienne des automobilistes abondent dans le même sens. Une stratégie nationale pour les infrastructures est indispensable, tout comme la mise en place d'un financement stable. Ils rappellent que plusieurs des autoroutes n'ont pas été conçues pour un tel volume de trafic.
L'Ordre des ingénieurs du Québec croit, en octobre 2006, qu'il est prématuré de se prononcer sur les causes de l'effondrement du viaduc de la Concorde. Plusieurs pistes doivent être examinées, dont la pratique illégale du génie, la vérification des compétences et le comportement déontologique. Il reconnaît par ailleurs que les infrastructures sont vieillissantes dans la province.
Le président de la Société canadienne de génie civil, Ghani Razaqpur, pense de son côté que le poids des véhicules a peu à voir avec l'effondrement, vu la faible circulation sur le viaduc à ce moment. Dans tous les cas, cet incident devrait inciter les gouvernements à investir davantage dans l'entretien du réseau routier.
![]() Michel Gagnon (archives) |
Le président de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec, Michel Gagnon, rappelle, quelques heures après l'incident, que les ingénieurs du ministère des Transports avaient établi que l'armature du viaduc n'était pas placée au bon endroit. Cela révèle, selon lui, un problème de surveillance de chantier.
Dans la plupart des cas, experts et politiciens imputent la faute aux gouvernements, le maire de Laval Gilles Vaillancourt en tête de file.