Jugement sur la prière : confusion et retour en arrière selon Gérard Bouchard

L'entrevue d'Anne-Marie Dussault avec le maire Jean Tremblay et le sociologue Gérard Bouchard

L'ex-coprésident de la commission Bouchard-Taylor estime que le jugement sur la prière à Saguenay sème la confusion et ramène le Québec en arrière. Gérard Bouchard critique vertement le jugement rendu par la Cour d'appel dans la cause qui opposait la Ville de Saguenay au Mouvement laïque québécois.

Dans une entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes, Gérard Bouchard découpe l'argumentaire du jugement, qu'il estime contradictoire et confus.

« Ce jugement-là pourrait semer une énorme confusion dans le débat québécois sur la laïcité, qui était déjà assez compliqué comme ça » — Gérard Bouchard

Le jugement décrète qu'il ne s'agit pas d'une prière mais d'un énoncé qui ne place pas les conseillers municipaux sous l'influence d'une religion.

« C'est difficile à croire quand on se rappelle cette prière », s'exclame-t-il en lisant des extraits de la déclaration qui précède la séance mensuelle du conseil municipal de Saguenay.

La déclaration

« Dieu tout puissant, nous Te remercions des nombreuses grâces que Tu as accordées à Saguenay et à ses citoyens, dont la liberté, les possibilités d'épanouissement et la paix. Guide-nous dans nos délibérations à titre de membre du conseil municipal et aide-nous à bien prendre conscience de nos devoirs et responsabilités. Accorde-nous la sagesse, les connaissances et la compréhension qui nous permettront de préserver les avantages dont jouit notre ville afin que tous puissent en profiter et que nous puissions prendre de sages décisions.
Amen. »

« Comment croire que les conseillers ne sont pas sous l'influence d'une religion après avoir récité une déclaration comme celle-là? », s'exclame Gérard Bouchard.

Il s'interroge aussi sur le fait que le jugement parle d'un « énoncé de valeurs universelles ».

« Mais depuis quand les énoncés de valeurs universelles se drapent-ils de religieux? », dit l'auteur.

Gérard Bouchard s'inquiète de l'impact de la décision de la Cour d'appel.

« Il faut bien se rendre compte que ce jugement va faire jurisprudence. On va devoir vivre avec ça pendant très longtemps. C'est un véritable pavé dans la mare. C'est un jugement qui a un caractère historique en ce sens qu'il nous ramène très loin en arrière. Cela risque de compromettre le progrès difficile que faisait le débat public au Québec depuis une décennie sur la laicité, sur les clarifications que l'on commençait à entrevoir sur les concepts de neutralité, de séparation. Tout cela est compromis. » — Gérard Bouchard
Jean Tremblay, maire de Saguenay Jean Tremblay, maire de Saguenay  Photo :  Radio-Canada

Il ajoute que la définition du patrimoine dans le jugement ouvre la porte à tout le religieux. « Selon cette logique, on pourra réciter des messes à l'Assemblée nationale », affirme l'ex-coprésident de la commission Bouchard-Taylor.

Gérard Bouchard souhaite que la cause soit portée en appel, même s'il estime que le Mouvement laïque n'est pas le bon porte-parole dans cette affaire, puisqu'il « est aussi excessif que le maire Tremblay. »

Rectificatif

Une version précédente de cet article citait l'ancienne prière récitée au début du conseil municipale. Toutes nos excuses.

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