Le Mexique est un pays « sûr », selon Ottawa

Le ministre de l'Immigration du Canada, Jason Kenney (archives) Le ministre de l'Immigration du Canada, Jason Kenney (archives)  Photo :  PC/Sean Kilpatrick

Ottawa ajoute le Mexique à sa liste de pays qu'il considère comme 'sûrs', rendant les demandes d'asile des réfugiés mexicains beaucoup plus difficiles.

Le gouvernement fédéral a annoncé jeudi que sa liste controversée compterait désormais huit pays de plus : outre le Mexique, l'Islande, la Norvège, la Suisse, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et le Japon ont été ajoutés. Israël y figure désormais, mais Ottawa précise que cela exclut la Bande de Gaza et la Cisjordanie.

Cette désignation signifie que le Canada considère que ces pays, des démocraties, ne sont habituellement pas source de réfugiés.

Et elle comporte bon nombre de conséquences négatives pour les demandeurs de statut de réfugié.

Par exemple, si leur demande d'asile est refusée, ils n'auront pas la possibilité d'en appeler de cette décision devant l'instance d'appel comme les autres réfugiés. Ils seront aussi déportés beaucoup plus rapidement. Leur demande de statut devra être formulée dans des délais plus courts, soit de 30 à 45 jours, leur laissant moins de temps pour se préparer.

Ces réfugiés en provenance de pays considérés généralement comme « sûrs » n'auront pas droit aux soins médicaux de base, sauf pour le traitement de maladies qui pourraient être une menace pour la santé publique.

« Critères flous », rétorque l'opposition

Les partis d'opposition martèlent à nouveau que les critères de sélection semblent très flous et flairent une décision politique dans le cas du Mexique, où la violence sévit dans plusieurs régions, notamment en raison des cartels de drogue.

Le porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière d'affaires étrangères, Paul Dewar, souligne qu'on ignore sur quoi s'est basé le ministère de l'Immigration pour classer le Mexique comme « pays sûr ». Il aimerait le savoir pour déterminer si la classification est valide.

Car « il y a beaucoup de préoccupations dans beaucoup de régions du Mexique », a-t-il souligné.

Le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, rappelle qu'il y a des violations des droits de la personne au Mexique.

« Il y a même l'ONU qui est d'accord avec nous pour dire que le Mexique n'est pas un pays aussi sûr que le gouvernement du Canada le dit. Bon, bien, qu'est-ce que ça leur prend là? Encore une fois ça doit être une analyse complètement folichonne », a-t-il dit au sujet de la qualification.

Amnistie Internationale dénonce notamment l'augmentation de la torture et les mauvais traitements qu'ont subis des citoyens mexicains aux mains de la police et des forces de sécurité. Plusieurs journalistes y ont été assassinés au cours de la dernière année, et les homosexuels seraient aussi victimes de mauvais traitements, rapporte l'organisation non gouvernementale. Le système de justice serait inefficace, écrit l'organisation dans son rapport de 2011.

« Le gouvernement du Canada subitement, comme ça, veut faire plaisir à qui? Aux Américains? Je ne le sais pas », a poursuivi le chef bloquiste.

Le Mexique figure parmi les pays qui fournissent le plus de réfugiés au Canada. Tant sur le plan des demandes d'asile acceptées que sur le nombre de demandes refusées (en chiffres absolus).

Partenaire commercial

Mais le Mexique est aussi un important partenaire commercial du Canada, notamment au sein de l'ALÉNA. Il aurait pu être irritant pour le Mexique de se voir qualifié de pays « non sûr » par un pays exportateur comme le Canada.

En plus d'avoir un impact sur le tourisme : les plages mexicaines accueillent beaucoup de Canadiens et l'absence de désignation comme « pays sûr » aurait pu semer la crainte chez les touristes.

Le Canada avait déjà émis une première liste de 27 « pays sûrs » en décembre, tous situés en Europe, en plus des États-Unis. Trente-cinq pays sont désormais ainsi désignés.

Ottawa dit vouloir mettre un frein aux demandes d'asile frauduleuses qui coûtent très cher aux Canadiens.

« Le nouveau système permet d'offrir plus rapidement une protection aux réfugiés authentiques, tout en permettant de renvoyer plus rapidement du Canada les personnes dont la demande d'asile a fait l'objet d'un refus », a précisé jeudi dans un communiqué le ministre de l'Immigration, Jason Kenney.

Mais la réforme du système de réfugiés a eu son lot de critiques depuis qu'elle a été annoncée.

Ses opposants ont fait valoir que même si ces réfugiés en provenance de « pays sûrs » peuvent toujours formuler une demande - avec des privilèges en moins - le tort est déjà fait. Car le fait de provenir d'un pays jugé sûr entraîne un préjugé contre la légitimité de la demande, a affirmé Amnistie Internationale.

Le ministère de l'Immigration note dans son communiqué que « grâce à la Loi visant à protéger le système d'immigration du Canada, qui comprend le pouvoir de désigner les pays '' sûrs '', on s'attend à ce que les provinces et les territoires réalisent des économies d'au moins 1,6 milliard de dollars sur cinq ans en coûts liés à l'aide sociale et à l'éducation ».


Ailleurs sur le web Radio-Canada n'est aucunement responsable du contenu des sites externes.