Navires militaires : l'opposition dénonce l'« incompétence » du gouvernement

Le reportage de Marc Godbout

Les partis d'opposition sont montés aux créneaux, mercredi, après avoir appris qu'Ottawa avait sous-évalué le coût réel des nouveaux navires de la Marine canadienne.

Le chef de l'opposition officielle, Thomas Mulcair, a évoqué une « simple question d'incompétence administrative ». « Nous appuyons le programme pour remplacer les navires de la marine canadienne, mais nous sommes préoccupés de voir que les conservateurs sont en train de répéter les mêmes erreurs qu'avec les avions de chasse F-35 », a-t-il dit.

Mêmes échos du côté libéral. « Ce sont des milliards de dollars de coûts au cours des années, donc c'est une incompétence incroyable. Ça veut dire que l'on n'aura pas assez de navires ou on devra dépenser des milliards de dollars de plus que ce qui était prévu », a pour sa part clamé le porte-parole libéral en matière de finances, John McCallum.

Radio-Canada a révélé mardi qu'Ottawa avait sous-évalué les coûts du remplacement des navires interarmées, parce qu'il avait sous-estimé les taux d'inflation.

Ce taux, principal facteur de risque dans l'industrie navale militaire, a été largement sous-estimé lorsque le gouvernement a débloqué l'enveloppe de 33 milliards de dollars pour remplacer les navires. Selon un document de la Défense nationale obtenu par Radio-Canada, la Marine canadienne a prévu une inflation d'à peine 2,7 % pour la construction des navires de soutien interarmées alors que les taux d'inflation reconnus dans ce secteur varient entre 7 et 11 %, soit plus du double.

Le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, a défendu le gouvernement et les critiques de l'opposition. « On prévoit toujours construire les navires de combat puis ceux d'approvisionnement et, selon l'enveloppe budgétaire, ce qu'on peut négocier avec les entreprises, on va maximiser le nombre de navires tout en incluant beaucoup d'équipement. Il s'agit évidemment de bien plus que de simplement tailler de l'acier et fabriquer des coques, il va y avoir beaucoup d'équipement et de technologie à bord », a-t-il dit.

À la Chambre des communes, la ministre des Travaux publics, Rona Ambrose, a mis l'accent sur les 15 000 emplois annoncés et les 2 milliards de dollars de retombées prévues par le gouvernement au cours des 30 prochaines années, grâce à ces projets de construction navale. « Les estimés auxquels se réfère le député proviennent de planificateurs militaires. Bien sûr, ils impliquent des vérificateurs, des estimateurs de coûts et sont supervisés par le secrétariat du Conseil du Trésor. Mais ne sous-estimons pas l'importance de ces projets pour l'avenir », a-t-elle déclaré.

Déjà discuté en comité parlementaire

Cette question des taux d'inflation avait été abordée au comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires du 22 novembre dernier.

Voici un extrait des échanges entre le député libéral John McCallum et le contre-amiral Patrick Finn, chef d'état-major, Groupe des matériels, au ministère de la Défense nationale :

John McCallum : Si, par exemple, le taux d'inflation est supérieur à celui que vous avez prévu pour les prochaines annnées, cela signifie-t-il que le budget va rester le même et que vous serez alors obligés de réduire le nombre de navires, comme c'est le cas avec le F-35, ou bien allez-vous essayer d'obtenir plus d'argent pour pouvoir acheter le nombre de navires prévu? Je parle d'un taux d'inflation supérieur à ce que vous avez prévu ou de toute autre éventualité.

Contre-amiral Patrick Finn : Monsieur, chaque fois qu'il s'agit de procéder à une acquisition de cette importance, nous essayons de rester dans les limites de l'enveloppe qui nous a été accordée, mais nous nous devons aussi de signaler au gouvernement, puisqu'il s'agit d'une politique publique, que nous nous étions fondés sur certaines hypothèses pour calculer le budget, mais que, pour des raisons économiques qui échappent à notre contrôle, le prix des matériaux et autres composantes a considérablement augmenté - ça nous est déjà arrivé dans le passé. Nous demandons à ce moment-là au gouvernement s'il veut que nous nous en tenions au même budget et que nous achetions moins de navires, avec moins de capacités, ou bien s'il veut réviser notre budget à la hausse pour poursuivre le projet comme prévu.

Tout dépend, en fait, de... Si la différence de coût est telle que la provision que nous avions prévue se révèle insuffisante, nous demandons au gouvernement de décider s'il veut maintenir le cap.

John McCallum : Ça me paraît sensé.

En toute fin de séance, à une question de M. McCallum demandant de chiffrer le taux d'inflation évoqué plus tôt, le représentant du ministère des Travaux publics, Tom Ring, a promis de fournir une réponse écrite.