Ottawa défend sa décision de financer un groupe anti-gais

Le ministre canadien de la Coopération internationale, Julian Fantino, en Chambre, le 11 février.

Le ministre fédéral responsable de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) défend la décision de financer un groupe religieux qui décrit l'homosexualité comme un « péché » et une « perversion ».

Contrairement à ce que le ministre Julian Fantino laissait entendre sur Twitter dimanche soir, les fonds que l'ACDI donne à Crossroads ne sont pas gelés en attendant un examen de l'organisme et de ses déclarations sur les homosexuels.

La Presse Canadienne révélait dimanche que l'ACDI subventionne Crossroads à hauteur d'un demi-million de dollars pour creuser des puits, construire des latrines et faire de la sensibilisation à l'hygiène en Ouganda, jusqu'en 2014. Sur son site web, l'organisme religieux condamne l'homosexualité en des termes très clairs. Or, le Parlement ougandais se penche justement sur un projet de loi qui pourrait imposer la peine de mort aux gais dans ce pays d'Afrique subsaharienne.

Devant la pluie de réactions suscitées par l'affaire, dimanche, le ministre Julian Fantino s'est exprimé sur Twitter.

« Bien que le contenu original [du site web] ne soit plus là, j'ai demandé qu'on réexamine l'organisme avant que d'autres paiements soient faits », pouvait-on lire sur son fil.

En Chambre lundi, le ministre Fantino ne faisait cependant plus référence aux vérifications, comme si l'organisme avait déjà reçu la note de passage pour son examen.

« Nous finançons des projets basés sur les résultats - pas des organismes - et les projets sont livrés sans contenu religieux, incluant ce projet particulier », a-t-il affirmé en réponse à une question de la néo-démocrate Hélène Laverdière.

Et en soirée, lundi, la porte-parole de l'ACDI Amy Mills confirmait que Crossroads n'a rien à craindre. « Nous avons déterminé que [l'organisme] respecte l'entente conclue [avec l'ACDI] », a-t-elle écrit dans un courriel.

Elle a précisé que Crossroads a déjà empoché 388 807 $ pour son projet en Ouganda et recevra les 156 006 $ restants comme prévu.

Après les déclarations du ministre Fantino aux Communes, le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, n'a pas caché son indignation de voir des fonds publics financer des groupes qui promeuvent des valeurs qu'il juge contraires à celles des Canadiens.

« C'est choquant d'entendre le ministre Fantino défendre l'indéfendable, se lever aujourd'hui et défendre un groupe qui, sur son site web, attaque quelque chose qui est reconnu et protégé par la loi canadienne », a-t-il tranché.

Autres cas?

Le chercheur François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire, croit que Crossroads n'est sûrement pas le seul organisme aux positions controversées que l'ACDI subventionne, compte tenu du grand nombre de groupes qui reçoivent des fonds.

« Il y a sûrement d'autres trésors cachés, d'autres organisations qui font des propagandes idéologiques sous des financements civils de l'aide canadienne. Et c'est ça qui est inquiétant, c'est que l'ACDI n'a pas fait ces vérifications-là », a-t-il signalé en entrevue.

M. Audet a étudié récemment l'attribution des fonds de l'ACDI aux ONG, depuis plus ou moins l'arrivée des conservateurs à Ottawa. Ses conclusions : alors que l'aide accordée aux ONG religieuses a bondi de 42 % entre 2005 et 2010, celle destinée aux ONG laïques n'a cru que de 5 %. Selon lui, ces données ne sont pas anodines.

« Ce n'est pas le fruit d'une simple erreur administrative. J'ai vraiment l'impression - et je ne suis pas le seul à le dire dans la communauté scientifique - qu'il y a une idée derrière ça d'une stratégie délibérée de financer probablement des groupes qui ont des rapprochements idéologiques avec le gouvernement conservateur actuel », a-t-il avancé.

Depuis dimanche, plusieurs lancent des appels pour que l'ACDI retire sa subvention à Crossroads. Parmi ces appels, celui du Centre pour l'enquête, une organisation éducative qui compte 4000 membres et qui s'annonce sceptique et athée. Le groupe a diffusé un communiqué réclamant que le gouvernement fédéral cesse le financement de tout organisme qui afficherait « un code d'éthique discriminatoire ».

« Ils disent qu'ils vont faire enquête et ils le disent maintenant, seulement à cause de la tempête médiatique qui a été soulevée. [...] Eh bien, ils auraient dû enquêter longtemps avant de leur donner un sou », s'est offusqué Michael Payton, du Centre pour l'enquête, en entrevue téléphonique depuis ses bureaux à Toronto.


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