Droits de scolarité au Québec : un débat de société

Québec invite les étudiants à discuter de la gratuité, tout en l'écartant

Le compte rendu de Catherine Gauthier

L'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) veut des clarifications du ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, qui a invité les associations étudiantes à discuter, notamment de la gratuité scolaire, lors du Sommet sur l'enseignement supérieur. Il a toutefois maintenu que cette approche n'était pas envisagée par son gouvernement à moyen terme.

Le ministre Duchesne répondait à l'ultimatum de l'ASSE, qui exige que la gratuité scolaire soit à l'ordre du jour au sommet. L'association menace de boycotter le sommet si le gouvernement ne répond pas à ses trois conditions.

« L'approche du gouvernement là-dessus est de dire qu'on ne peut se payer la gratuité d'ici le sommet. C'est évident. » — Pierre Duchesne

Tout en affirmant que le Québec « ne peut pas se payer la gratuité d'ici le sommet », le ministre a néanmoins invité les associations étudiantes à en débattre. « S'ils veulent en parler, s'ils veulent développer, s'ils veulent en faire la promotion, ils auront l'espace pour le faire », a indiqué M. Duchesne. « On n'a jamais empêché les gens de parler, on a multiplié les lieux de rencontre. » Le ministre précise que le gouvernement déposera des documents, lors du sommet, sur les coûts de la gratuité.

Le ministre Duchesne croit qu'il y a de l'espace pour la discussion entre les solutions extrêmes que constituent, selon lui, la gratuité et les « hausses excessives » de l'ancien gouvernement. « Et là, vous avez un paquet de suggestions qui peuvent être discutées, avance le ministre. Ça va du gel aux différentes formes d'indexation, aux modulations des frais de scolarité avant, après les études, selon les disciplines. Il y a beaucoup de propositions sur la table. »

« Si des gens voient la gratuité comme un idéal qu'on peut faire à moyen, long terme, ils peuvent nous exprimer tout ça et on verra. » — 

Le ministre de l'Enseignement supérieur tient toutefois à se concentrer sur des pistes de solutions sur lesquelles il estime avoir des chances de succès. « Je souhaite que ce sommet se termine sur des décisions, sur des chantiers, sur peut-être même des projets de loi. Les Québécois veulent des résultats. »

Le Sommet sur l'enseignement supérieur doit avoir lieu les 25 et 26 février prochains.

L'ASSE ne voit pas plus clair

Jérémie Bédard-Wien, porte-parole de l'ASSE Jérémie Bédard-Wien, porte-parole de l'ASSE

L'ASSE déplore la réponse du ministre Duchesne, qui « laisse les étudiants dans le noir ». « Nous ne considérons pas que la réponse qu'il a donnée ce matin était claire », explique le porte-parole de l'ASSE, Jérémie Bédard-Wien. « Nous lui avons demandé des réponses claires. Est-ce que nous serons entendus au sommet? C'est que nous lui demandons. »

« Si nous pouvons parler au sommet, mais que la gratuité scolaire est écartée d'emblée, qu'elle n'est pas considérée comme un idéal, est-ce que l'ASSE participera au sommet? Eh bien ce sera une question que nous nous poserons dans les prochains jours. » — 

« Ce que l'ASSE demande au gouvernement, ce n'est pas de faire la gratuité scolaire dans les deux prochains jours, ce n'est pas de faire la gratuité scolaire dans les deux prochains mois. C'est de fixer la gratuité scolaire comme un objectif », a précisé Jérémie Bédard-Wien.

Les dés sont pipés, selon le PLQ

Le député du PLQ Gerry Sklavounos Le député du PLQ Gerry Sklavounos

De son côté, le porte-parole de l'opposition libérale dans le dossier, le député Gerry Sklavounos, a parlé d'« une opération de relations publiques ».

Il a déclaré que « les dés de [ce] sommet sont pipés. Ça vient des deux bords, de gens qui sont extrêmement différents dans la position qu'ils veulent défendre. Ils disent que le sommet du ministre est orienté et que ce n'est pas un exercice crédible ».

Les libéraux demandent également au gouvernement de préciser sa position sur le droit de grève des étudiants et sur les compressions de 130 millions de dollars imposées aux universités.

Le PLQ croit que le ministre Duchesne s'apprête à reconnaître un droit de grève aux étudiants, qui ne sont pas des travailleurs de l'État, alors que le gouvernement précédent insistait pour parler de boycottage des cours.

De plus M. Sklavounos réclame que le gouvernement précise si les compressions imposées aux universités seront récurrentes.

La rectrice de l'Université McGill parle de « farce »

Après les associations étudiantes, c'est la rectrice de l'Université McGill, Heather Munroe-Blum, qui ajoute sa voix aux dénonciations dans les pages du journal Le Devoir. Elle a critiqué le Sommet de l'enseignement supérieur, le qualifiant de « farce ». Elle a déploré aussi l'absence de représentants de la société, dont les gens d'affaires, aux rencontres préparatoires du sommet.

« Il y a une personne du Conseil du patronat, mais elle n'a pas de voix formelle. Et les recteurs sont dans la salle; et écouter quelqu'un qui nous dit comment gérer nos universités, c'est une farce. » — 

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