Un cocktail de financement du PLQ sous la loupe de la SQ

Le reportage d'Alain Gravel

Exclusif - Une soirée de financement du Parti libéral du Québec (PLQ) au désormais célèbre 1000, rue de la Commune Est, a fait l'objet d'une enquête de la Sûreté du Québec (SQ) qui s'intéressait au lien entre le milieu politique et celui de la construction.

Selon ce qu'a appris Radio-Canada, deux personnes liées au crime organisé y étaient présentes, notamment Louis-Pierre Lafortune, qui a été accusé plus tard de blanchiment d'argent et de gangstérisme.

L'événement visait à amasser des fonds pour le député Jean-Marc Fournier, alors ministre au sein du gouvernement Charest. M. Fournier, aujourd'hui chef intérimaire du PLQ, soutient ne pas connaître Louis-Pierre Lafortune.

Le 1000 de la Commune Est abrite probablement l'un des plus chics condos en ville : cinq étages de grand luxe d'une valeur estimée de 5 millions de dollars.

Son propriétaire, l'homme d'affaires Mark Bruneau, s'est déjà présenté comme candidat du Parti libéral du Canada.

Plusieurs soirées de financement ont eu lieu dans son condo, pour les libéraux fédéraux, et plus récemment pour la Coalition avenir Québec.

Mais la Sûreté du Québec s'est surtout intéressée à un cocktail de financement pour Jean-Marc Fournier, actuel chef intérimaire du PLQ.

Cet événement s'est tenu le 8 mai 2008 et a rapporté plus de 25 000 $. À l'époque, Jean-Marc Fournier était ministre du Revenu. C'est l'ancien vice-président de l'entreprise SM, Serge Marcil, aujourd'hui décédé, qui avait organisé la soirée.

Le 1000, rue de la Commune Est, à Montréal

SM est cette firme de génie-conseil mise en cause par Michel Lalonde dans son témoignage à la commission Charbonneau comme faisant partie d'un stratagème de collusion à Montréal. Rien ne prouve que Serge Marcil était au courant de ce stratagème.

Ce qui a attiré l'attention de la SQ, c'est la présence à cette soirée de deux personnes liées au crime organisé, dont Louis-Pierre Lafortune, accusé plus tard de blanchiment d'argent pour le compte du membre des Hells Angels Normand « Casper » Ouimet, et de gangstérisme.

Selon nos informations, M. Lafortune souhaitait rencontrer Jean-Marc Fournier, mais il n'a réussi qu'à le saluer, sans plus.

Jean-Marc Fournier ne se souvient pas de lui avoir parlé et soutient ne pas le connaître.

« On n'a pas de boule de cristal. On n'a pas fiché les gens qu'on rencontre, que ce soit dans des activités de financement ou dans la rue ou dans des conseils généraux de parti. On ne fiche pas des bâtiments où on est », affirme M. Fournier en entrevue.

Mark Bruneau, que nous avons joint au téléphone, dit ne pas connaître lui non plus Louis-Pierre Lafortune.

Sur le fait que le 1000 de la Commune Est est comparé à un bunker abritant des membres du crime organisé, Mark Bruneau dit espérer que la police y fera le ménage.

« C'est désolant que dans un édifice de luxe, il y ait des personnages pas gentils et j'espère que la police a bien fait sa job et pris en main ceux qu'il fallait », affirme M. Bruneau.

Les informations découlant de l'enquête de la Sûreté du Québec sur le 1000 de la Commune Est et sur cette soirée de financement pour Jean-Marc Fournier sont connues de la commission Charbonneau.

On ne sait toutefois pas si elles seront soulevées lors des audiences.

D'après un reportage d'Alain Gravel

Jean-Marc Fournier réagit

Dans un communiqué publié jeudi soir, le chef de l'opposition officielle, Jean-Marc Fournier, a précisé que l'activité du 8 mai 2008 « respecte les règles de financement des partis politiques ».

Le député libéral de Saint-Laurent ajoute qu'il « n'était pas au courant de l'identité du promoteur de cet immeuble et des personnes qui ont été ou qui sont actuellement propriétaires d'un condo dans cet édifice lors de la tenue de cette activité de financement ».

« Quant aux personnes présentes à l'activité de financement et qui ont fait l'objet d'accusations en novembre 2009, M. Fournier ne pouvait être au courant que deux de celles-ci feraient l'objet d'accusations plus d'un an après la tenue de l'activité de financement. Cette activité a eu lieu il y a près de cinq ans et en aucun temps M. Fournier n'a été questionné par les autorités policières et il n'a jamais été mis au courant qu'il y avait une enquête », indique le communiqué.

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