40 jours plus tard, Theresa Spence maintient le cap

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
L'entrevue d'Anne-Marie Dussault avec la chef Theresa Spence

Les semaines à se nourrir seulement de bouillon de poisson et de thé ne l'ont pas fait fléchir: Theresa Spence est toujours aussi ferme de sa demande de rencontre avec le premier ministre canadien Stephen Harper et le gouverneur général, David Johnston, même 40 jours après le début de ses moyens de pression.

La chef de la communauté ontarienne d'Attawapiskat, devenue le symbole du mouvement Idle no more pour l'amélioration des conditions de vie des autochtones, a cessé de manger des aliments solides le 11 décembre. En entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes, elle a clairement dit qu'elle est déterminée à poursuivre sa grève de la faim jusqu'à ce que ses requêtes soient entendues.

« Ce que nous demandons depuis le début, c'est d'avoir une réunion entre nations avec nos partenaires signataires des traités », explique Theresa Spence, qui avoue être de plus en plus faible.

Même si Stephen Harper s'est entretenu avec certains chefs lors d'une rencontre de travail, et même si elle a pu discuter avec David Jonhston, une autre réunion est nécessaire selon elle. Elle vise la date du 24 janvier, un an après le sommet entre le gouvernement fédéral et les chefs autochtones tenu en 2012.

« Cette deuxième réunion que nous voulons serait une bonne démonstration de bonne volonté », a-t-elle estimé, ajoutant que le premier ministre n'a pas encore saisi les occasions pour faire preuve de sa bonne foi.

Elle se dit toujours prête à mourir pour la cause de son peuple. « Mon esprit sera avec lui et d'autres chefs seront également là pour lui. »

Loin d'un consensus

L'exigence d'une seconde réunion expose les divisions au sein des communautés autochtones du pays, alors que l'Assemblée des Premières nations et plusieurs autres chefs ont participé à la rencontre de travail tenue il y a une semaine. Les chefs autochtones qui avaient boycotté la réunion de la semaine dernière avec le premier ministre reviennent maintenant à la charge.

Les chefs manitobains disent avoir réussi à faire adopter par l'exécutif de l'Assemblée des Premières Nations (APN) une résolution réclamant une réunion entre les chefs autochtones, le premier ministre Stephen Harper et le gouverneur général David Johnston. Cette réunion devrait se tenir le jeudi 24 janvier, ont-ils précisé lors d'un point de presse, vendredi après-midi.

Ce dernier développement survient en l'absence du chef de l'APN, Shawn Atleo, au repos depuis quelques jours, et alors que les tentatives pour convaincre la chef Theresa Spence de mettre un terme à sa grève de la faim se multiplient.

Des femmes autochtones ont d'ailleurs livré vendredi une lettre au bureau du premier ministre Harper, faisant appel à son humanisme et lui réclamant une rencontre, toujours avec les mêmes intervenants qu'il a été impossible de réunir dans une même pièce le 11 janvier dernier, afin de convaincre la chef d'Attawapiskat de recommencer à manger.

« Il est urgent que cette rencontre ait lieu pour la santé et le bien-être de la chef Spence », peut-on lire dans la lettre signée, entre autres, par Ellen Gabriel de la Nation mohawk de Kanesatake.

« Quelles que soient les croyances spirituelles de M. Harper et du gouverneur général, ils doivent chercher au fond de leur coeur et leur esprit pour voir que c'est la vie d'un être humain qui est en jeu », a insisté Mme Gabriel après avoir laissé la lettre à la porte de l'édifice Langevin, immeuble qui abrite des bureaux du premier ministre.

Les chefs manitobains s'inquiètent eux aussi de la santé de la chef Spence que l'un d'entre eux a rencontrée, vendredi après-midi, sur l'île Victoria à Ottawa. Murray Clearsky dit avoir cherché à convaincre Mme Spence de « réévaluer » la situation, de « rentrer chez elle, auprès des siens ».

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