Le maire adjoint de Toronto et le frère du maire divergent d'opinion quant à l'option à privilégier si Rob Ford perd son appel en cour et est destitué.
Le sort du maire Ford est entre les mains de trois juges après une journée d'arguments plutôt techniques pour et contre une décision judiciaire disant qu'il devrait être destitué pour conflits d'intérêts.
Le maire adjoint Doug Holyday a indiqué, lundi, qu'il inciterait le conseil municipal à nommer M. Ford comme maire intérimaire jusqu'aux prochaines élections en 2014, s'il était débouté par les tribunaux. Selon lui, ce serait « équitable », parce que la sanction imposée, soit la destitution, est exagérée compte tenu des faits reprochés. Le maire, lui, a penché dans le passé en faveur de la tenue d'une élection partielle, malgré le coût de plusieurs millions de dollars lié à l'organisation d'un tel scrutin.
De son côté, le frère du maire, le conseiller municipal Doug Ford, a prôné lui aussi, lundi, la tenue d'une partielle.
Le conseiller Ford a ajouté que les Torontois auraient alors le choix de garder ou pas son frère à la tête de la Ville.
Arguments en appel
L'avocat du maire, Alan Lenczner, a notamment plaidé à la Cour divisionnaire, lundi, que M. Ford était un politicien ouvert et honnête qui a été ordonné de quitter son emploi par un juge qui avait mal interprété la loi.
Les opposants du maire ont pour leur part fait valoir que le maire avait délibérément bafoué les règles sur les conflits d'intérêts, et que la décision du juge de première devait être considérée avec révérence aussi longtemps qu'elle était raisonnable.
M. Lenczner a appelé à la Cour divisionnaire de renverser la décision de destituer le maire Ford, disant qu'il n'y avait jamais eu de cause contre le maire.
Ce dernier n'a jamais réalisé de gains financiers en demandant du financement pour sa fondation de football en utilisant du papier avec l'en-tête de la Ville. Et il a été clair lorsqu'il a pris la parole lors d'un vote du conseil municipal, disant qu'il essayait seulement de venir en aide à des jeunes désavantagés.
« Il a été parfaitement clair et honnête », a argumenté M. Lenczner.
En novembre, le juge Charles Hackland, de la Cour supérieure de l'Ontario, a ordonné que M. Ford soit chassé de la mairie en raison de sa participation à ce vote du conseil municipal, car il avait des intérêts personnels dans le dossier.
En guise de réplique, Me Lenczner a souligné lundi que le maire avait participé à ce vote parce qu'il croyait qu'il n'avait rien fait de mal.
« Ce n'est pas le montant d'argent qui le motive à parler et à voter, c'est le principe de la chose », a-t-il plaidé aux trois juges, dans une salle d'audience remplie à craquer.
Il a argumenté qu'on ne pouvait s'attendre à ce que M. Ford comprenne les complications légales de l'affaire, puisque « M. Ford est diplômé d'une école secondaire ».
Les avocats pour le résidant torontois Paul Magder, qui avait porté la cause devant la justice, ont argumenté que la décision du juge Hackland devait rester.
L'un d'eux, Clayton Ruby, a rejeté l'argument que M. Ford avait commis une erreur de jugement de bonne foi.
Il a argumenté que le maire avait refusé de coopérer avec le commissaire à l'intégrité de la ville, qui avait averti M. Ford de ne pas participer au vote, mais le juge Then a refusé cet argument, disant que chaque fois qu'il a été averti qu'il y avait un conflit d'intérêt, M. Ford avait pris l'avertissement en considération.
Il a ajouté que M. Ford avait arrêté d'utiliser du papier à en-tête de la ville pour solliciter des dons pour la fondation de football et qu'il avait écrit aux donateurs pour savoir s'il pouvait leur remettre l'argent.
Les trois juges de la cour divisionnaire rendront leur décision au cours des prochaines semaines.
« Appel difficile »
Selon l'avocat torontois et président de l'Association des juristes d'expression française de l'Ontario Paul Le Vay, M. Ford a seulement 25 % des chances de l'emporter.
De son côté, le créateur publicitaire Philippe Garneau de la firme torontoise GWP pense que le jugement contre le maire n'est « pas vraiment une tache noire », si on compare la situation aux allégations de corruption au Québec ou à la condamnation pour consommation de cocaïne contre l'ex-maire de Washington Marion Barry. Ce dernier s'était fait réélire quelques années après son emprisonnement.
M. Garneau pense, toutefois, que le maire Ford devrait présenter de véritables excuses publiques, s'il est débouté par les tribunaux, pour éviter que la question ne vienne le hanter durant une prochaine campagne à la mairie, s'il se présente à nouveau, comme il a promis de le faire.
Parmi ses adversaires potentiels : la conseillère municipale et ancienne chef du budget Shelley Carroll et la députée fédérale et veuve de Jack Layton, Olivia Chow.
Quant à M. Ford, les tribunaux ont rejeté en décembre dernier la poursuite en diffamation de 6 millions de dollars d'un restaurateur contre lui. Toutefois, il n'est pas au bout de ses peines : un autre résident a porté plainte en cour relativement à ses dépenses électorales en 2010.