Projet hydroélectrique Muskrat Falls : Québec dénonce une concurrence déloyale

Le reportage de François Cormier

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a confirmé vendredi sa promesse électorale de contribuer au financement du projet hydroélectrique terre-neuvien de Muskrat Falls. Une décision que dénonce Québec.

Cette contribution consiste en une garantie de prêt de 6,3 milliards de dollars sur une période 35 à 40 ans. Cette garantie permettra à Terre-Neuve d'économiser 1,2 milliard de dollars en frais d'intérêts.

Ottawa affirme que le projet est soutenu « au moyen de la cote de crédit du Canada ».

« Cette garantie de prêt créera de nouveaux emplois et de la croissance économique pour la population du Canada atlantique et fournira de plus une source d'énergie stable et durable pour la région », a déclaré M. Harper.

Une intrusion dans les compétences provinciales, dit Marois

Le gouvernement de Pauline Marois estime que cette décision est une intrusion du gouvernement fédéral dans un champ de compétence provinciale.

Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, et la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, ont dénoncé la concurrence qui est ainsi faite - à même les impôts des Canadiens, et donc des Québécois - à l'hydroélectricité québécoise.

« Muskrat Falls [est] un projet contraire aux intérêts du Québec, estime M. Cloutier. Le gouvernement fédéral va venir subventionner de l'hydroélectricité, alors que les Québécois ont toujours eu à payer pour leur propre électricité. »

Le projet de Muskrat Falls prévoit produire de l'hydroélectricité au Labrador, l'acheminer à Terre-Neuve et en Nouvelle-Écosse, grâce à un câble sous-marin, avant de l'exporter vers les États-Unis.

« Ça crée une concurrence déloyale. » — Alexandre Cloutier

Une électricité trop chère?

La ministre Ouellet a attaqué la décision d'Ottawa d'un point de vue économique. Elle déplore que le gouvernement fédéral utilise l'argent des contribuables canadiens - et Québécois - dans un projet dont la rentabilité est « loin d'être démontrée ».

La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet doute de la rentabilité du projet de Muskrat Falls. La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet doute de la rentabilité du projet de Muskrat Falls.

« Selon les derniers chiffres que l'on a, l'électricité serait produite à 14,3 cents le kilowattheure, selon les chiffres de la Commission fédérale et Terre-Neuve. C'est plus du double du projet de La Romaine, explique Mme Ouellet. Avec les bas coûts de l'électricité aux États-Unis et des coûts [de production] aussi élevés, la rentabilité du projet est loin d'être démontrée. »

« Notre argent va être utilisé contre nous pour venir subventionner l'électricité de Terre-Neuve contre l'électricité du Québec. C'est contre les règles de libre concurrence du marché de l'électricité. » — Martine Ouellet

La ministre Ouellet souligne que l'électricité produite à Muskrat Falls pourrait emprunter le réseau de distribution québécois à un coût moindre. Elle soutient que le gouvernement québécois est très ouvert à une collaboration avec Terre-Neuve pour le transport de son électricité, mais elle déplore que l'on envisage d'utiliser l'argent des contribuables québécois pour financer un projet qui concurrencera leur électricité.

Muskrat Falls Muskrat Falls

Un bras de fer Québec-Ottawa

L'Assemblée nationale s'est prononcée à l'unanimité contre le projet de Muskrat Falls en 2011. Des négociations se poursuivent. « On espère que l'opposition se joigne au gouvernement pour que le Québec parle d'une seule voix pour exprimer son désaccord devant cette nouvelle initiative du gouvernement fédéral [...] », explique Alexandre Cloutier.

« Les meilleurs juristes de l'État sont au travail », a-t-il indiqué, laissant entendre que le gouvernement québécois étudiait les recours juridiques qui pourraient s'offrir à lui.

Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier. Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier.

M. Harper doit se rendre à Terre-Neuve-et-Labrador vendredi pour annoncer l'approbation de la garantie de prêt permettant à la province d'aller de l'avant avec son projet. La première ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Katy Dunderdale, attendait l'annonce de l'aide fédérale pour entériner le projet.

Le projet de 7,4 milliards de dollars devrait être réalisé par une entreprise de la Nouvelle-Écosse. Les travaux consistent à aménager le cours du fleuve Churchill et d'acheminer l'électricité par des câbles sous-marins vers l'île de Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse.